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Le ventre de la discorde. la nouvelle épidémie qui frappe les hommes comoriens

Mots clés: Edition 548Trending
8 septembre 2025
Temps de lecture : 5 mins
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Le ventre de la discorde. la nouvelle épidémie qui frappe les hommes comoriens
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Aux Comores, l’obésité androgénique, caractérisée par une accumulation excessive de graisse abdominale chez l’homme, s’impose comme une menace de santé publique majeure. Ce phénomène, loin de se limiter à un simple souci esthétique, est l’expression d’un bouleversement profond des modes de vie, conjuguant une transition alimentaire défavorable, des conditions sociales précaires, une sédentarité accrue et des normes culturelles valorisant la rondeur.

Par Dr AHMED BACAR REZIDA Mohamed, Médecin, Économiste de la Santé, Auteur de « La rédemption des iguanes » aux Éditions Cœlacanthe

Surnutrition et malnutrition : Le double fardeau nutritionnel en pleine explosion

Une étude publiée dans The Pan African Medical Journal menée par le Dr Mohamed Anssoufouddine, le Dr Samir Mohamed et Mouhidine Mounir, avec le concours de plusieurs spécialistes marocains, sur la « Transition nutritionnelle, prévalence de la double charge de la malnutrition et facteurs de risque cardiovasculaires chez les adultes de l’île comorienne d’Anjouan » (2020), illustre à quel point ce problème est enraciné. Sur un échantillon de 902 individus âgés entre 25 et 64 ans, 28,6 % sont en surpoids et 22,2 % obèses, tandis que la sous-nutrition continue de sévir, traduisant une coexistence paradoxale de malnutrition et de surnutrition sur cette île comorienne. Cette double charge nutritionnelle s’accompagne d’une transition alimentaire marquée par la consommation croissante d’aliments riches en glucides raffinés et en graisses saturées, au détriment des produits locaux traditionnels plus sains. La précarité économique pousse à la consommation d’aliments bon marché, généralement moins nutritifs, amplifiant ainsi la progression de l’obésité abdominale, souligne la même étude.

Un héritage culturel aux conséquences ambivalentes

Les critères esthétiques comoriens valorisent historiquement la rondeur, vue comme un signe extérieur de richesse, de fertilité et de réussite sociale. Durant les cérémonies de mariage, de grands Majilis, les Barzange ou simplement sur la place publique, le ventre proéminent des hommes est souvent perçu comme un gage de stabilité et d’abondance, détournant ainsi l’attention des risques sanitaires associés. Ce regard culturel crée un paradoxe où l’obésité devient socialement acceptable, voire souhaitable, malgré son impact délétère sur la santé.

La sédentarité, conséquence directe de l’urbanisation rapide et du changement des habitudes de travail, contribue largement à l’accroissement de la graisse viscérale. Dans le journal Alwatwan du 7 avril 2017, le cardiologue Ali Mohamed soulignait déjà l’émergence inquiétante des maladies cardiovasculaires chez des patients toujours plus jeunes, causées en grande partie par le manque d’activité physique et un mode de vie sédentaire. En 2016, 108 cas d’accidents cardiovasculaires ont été recensés dans un seul service à l’hôpital El-Maarouf, dont 36 chez des moins de 50 ans. Ce constat pose la question du profil sanitaire d’une population dont l’espérance de vie pourrait fortement se dégrader si rien n’est fait.

Chiffres alarmants du diabète et maladies chroniques

Les Comores affichent l’un des taux les plus élevés de prévalence du diabète dans la région Afrique, avec 10,8 % d’adultes touchés en 2024, soit environ 39 000 personnes, elles représentent le deuxième taux de prévalence du diabète des 20 et 79 ans le plus élevé de la région. Ce chiffre est en constante augmentation, prévoyant presque un doublement à l’horizon 2050 selon la Fédération Internationale du Diabète. Pire, près de la moitié des diabétiques comoriens ignorent leur maladie, retardant ainsi la prise en charge, remonte le rapport national sur le diabète 2011/2050. L’obésité abdominale, facteur de risque majeur du diabète et des maladies cardiovasculaires, reste un moteur central de cette crise sanitaire. Par ailleurs, les maladies coronariennes représentent environ 7,75 % des décès totaux aux Comores, soulignant l’urgence d’une approche préventive.

Conséquences désastreuses sur la santé et la société

L’obésité androgénique induit une cascade de troubles métaboliques : hypertension, dyslipidémie, résistance à l’insuline et perturbe la production de testostérone, essentielle à la fonction reproductive masculine. Pour rappel, il est connu des plus avertis que chez l’homme atteint d’obésité, il se produit une conversion de l’hormone masculine (testostérone) à l’œstrogène. Celle-ci entraîne une diminution des niveaux d’hormone masculine et de gonadotrophines qui se répercute par une baisse de la quantité et de la qualité du sperme. Le volume de l’éjaculat, le nombre de spermatozoïdes et leur mobilité diminuent et des altérations morphologiques apparaissent. La hausse de la température au niveau testiculaire chez les hommes en surpoids favorise et aggrave également ces altérations par les modifications au niveau de l’ADN des spermatozoïdes qu’elle provoque. Résultat, des troubles de la reproduction apparaissent inéluctablement. Le déclin de la fertilité masculine lié à ces facteurs fragilise un pan essentiel de la cohésion familiale comorienne, ancrée dans des dynamiques sociales traditionnelles. Plus largement, ces pathologies constituent une charge économique et sociale inévitable, exacerbée par un système de santé encore peu et mal équipé pour répondre à cette urgence.

Un appel à une mobilisation collective et urgente

L’obésité androgénique, ce ventre de la discorde, cette nouvelle épidémie qui frappe les hommes comoriens n’est pas en soi une fatalité. Elle est le reflet dramatique d’une transition nutritionnelle mal maîtrisée, mue par des logiques sociales et culturelles. C’est un signal d’alarme que la société comorienne ne peut plus ignorer ni s’y accommoder sous peine de voir s’éroder la santé, la fertilité et la vitalité même de sa population.

Face à ce triptyque menaçant, il devient vital que les autorités comoriennes, les directions de santé de chaque île en collaboration avec les acteurs locaux, mettent en œuvre des politiques publiques fortes. L’éducation nutritionnelle, la promotion d’une alimentation locale équilibrée, le développement d’infrastructures sportives accessibles, ainsi que la lutte contre la précarité doivent constituer le socle d’une stratégie nationale voulue et cohérente. Seule une action multidimensionnelle permettra de briser le cercle vicieux de l’obésité androgénique et d’éviter une explosion de ces maladies non transmissibles, qui pourraient compromettre gravement l’avenir du pays.

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