L’affaire de l’ancien président des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, demeure l’une des crises politiques les plus profondes et les plus sensibles de l’histoire contemporaine de notre pays. Huit années après le début de sa détention et plusieurs années après sa condamnation à la réclusion à perpétuité dans le cadre de l’affaire dite de la citoyenneté économique, les interrogations demeurent nombreuses, les passions restent vives et les fractures nationales semblent plus visibles que jamais.
Par Abdourahim Bacari
Ahmed Abdallah Mohamed Sambi a été illégalement mis en prison, c’est certain. Le maquillage juridique n’a trompé personne. Cela peut expliquer les voix qui s’élèvent depuis huit pour demander sa libération.

Feu Saïd Hassane Saïd Hachim a sans doute été la première personnalité politique à demander une grâce présidentielle pour Sambi, sans obtenir de réponse. Des politiques, juristes et personnalités de la société civiles ont aussi demandé sans jamais obtenir de réponse. Le pire arrive, mais l’orgueil de ceux qui nous dirigent doublé d’un manque d’humanisme et de foi en Dieu risquent de replonger notre pays dans une crise sociale profonde sans précédente.
Ces dernières semaines, plusieurs responsables politiques, acteurs de la société civile et militants ont exprimé leurs inquiétudes quant à la dégradation de l’état de santé de l’ancien Raïs. Quelles que soient les opinions que l’on puisse avoir sur son action politique ou sur les accusations portées contre lui, une question fondamentale s’impose : aucun Comorien ne devrait se réjouir de voir un ancien chef d’État dépérir dans des conditions qui suscitent autant de préoccupations.
Au-delà de la personne de Sambi, c’est la question de l’État de droit qui est posée. Une démocratie véritable ne se mesure pas seulement à sa capacité à organiser des élections, mais également à sa manière de traiter ses opposants, ses anciens dirigeants et les citoyens qui contestent le pouvoir en place. La justice doit être perçue comme indépendante, impartiale et crédible. Lorsqu’une partie importante de la population doute de cette impartialité, c’est la confiance dans les institutions qui s’effrite.
Nombreux sont ceux qui considèrent que la responsabilité politique de cette situation incombe au régime du président Azali Assoumani. Ils rappellent que le procès ayant conduit à la condamnation de l’ancien président a été marqué par de nombreuses controverses, notamment le refus de l’accusé de participer à certaines audiences, estimant ne pas bénéficier des garanties nécessaires à un procès équitable. D’autres soutiennent au contraire que la procédure judiciaire a suivi son cours et que les décisions rendues relèvent exclusivement des juridictions compétentes. Cette divergence d’appréciation illustre l’ampleur de la fracture politique qui traverse aujourd’hui le pays.
Cependant, le danger le plus préoccupant n’est peut-être plus uniquement judiciaire ou politique. Il est désormais social et national. Depuis plusieurs années, le débat autour de l’affaire Sambi tend de plus en plus à être interprété à travers le prisme des appartenances insulaires. Certains citoyens originaires d’Anjouan considèrent cette condamnation comme l’expression d’une domination politique exercée par des élites de la Grande-Comore. À l’inverse, d’autres y voient une lecture dangereuse qui transforme un différend politique en opposition identitaire.
Cette évolution est particulièrement inquiétante. Car, lorsque les citoyens cessent de voir un conflit entre pouvoir et opposition pour y voir un conflit entre îles, les fondements mêmes de l’unité nationale commencent à vaciller.
Les discours de haine et les messages de division qui circulent aujourd’hui sur les réseaux sociaux constituent à cet égard un signal d’alarme. L’histoire de nombreux pays montre que les conflits ne naissent pas soudainement. Ils sont précédés par des années de méfiance, de stigmatisation et de discours qui finissent par convaincre des citoyens qu’ils appartiennent à des camps irréconciliables. Les Comores doivent éviter ce piège à tout prix.
L’urgence aujourd’hui n’est pas de savoir qui remportera la bataille politique. L’urgence est d’empêcher que cette affaire ne se transforme en crise nationale majeure. Si l’état de santé de l’ancien président Sambi venait à se détériorer davantage ou si un drame survenait durant son emprisonnement, les conséquences pourraient être graves pour la cohésion nationale. Il ne s’agit pas d’une prédiction, mais d’un risque qu’aucun responsable politique sérieux ne devrait ignorer.
L’affaire Sambi n’est plus seulement le dossier d’un ancien président. Elle est devenue un test pour la justice, pour les institutions, pour la démocratie et surtout pour la capacité des Comoriens à demeurer un seul peuple malgré leurs divergences. C’est pourquoi la préservation de la paix civile, le respect de la dignité humaine et la recherche d’une solution qui rassemble plutôt qu’elle ne divise devraient constituer une priorité nationale.















