Les réseaux sociaux, principalement Facebook, deviennent les arènes principales de la contestation. Cela a pu être constaté encore une fois avec l’affaire Sambi et la récente arrestation de deux journalistes.
Par Hachim Mohamed
Le directeur de publication et le secrétaire de rédaction de La Gazette des Comores, respectivement Elhad Said Omar et Toufé Maecha, ont été arrêtés simultanément le 8 juin, en début de soirée, l’un au siège du journal à Moroni et l’autre à son domicile, dans son village de Nyumadzaha.

En quelques heures, les publications et les commentaires des internautes ont remis en cause la parole de l’exécutif et polarisé le débat public contre le discours de l’exécutif. Le communiqué de la ministre de l’information, comme celui de la Procureure plus tard, a été décortiqué pour discréditer les narratifs officiels justifiant ces arrestations.
La fracture entre l’État et l’opinion publique est devenue immédiatement visible dans les réseaux sociaux.
Plusieurs heures après l’arrestation de ces journalistes, les autorités ont été incapables de fournir les faits qui leur étaient reprochés. Le ministère de l’Information a sorti un communiqué dans lequel on pouvait lire que la cause était « un article du journaliste qui avait reproduit et publié les éléments précis d’un rapport médical confidentiel, dont la détention et la publication sont encadrées par la loi ».
Les internautes ont commencé à dénoncer une déconnexion entre le discours officiel et la réalité de terrain en ciblant des annonces perçues comme de la manipulation.
« Le ministère aurait pu se taire. Quelle loi n’a pas été respectée dans ce qui est écrit. Le communiqué n’a pas été capable de citer la disposition légale violée ni démontrer les publications susceptibles de causer un trouble à l’ordre public », a décoché un internaute qui a dénoncé l’absurdité du communiqué officiel.
Un autre internaute a répondu par des détournements ironiques pour souligner l’incongruité des décisions gouvernementales : « Ils voulaient juste que le rapport médical de Sambi leur arrive aux mains en première afin d’en publier ce qui plairait à leur chef de la jungle ».
Avec une pointe d’humour, un autre compatriote, a fait part de son incompréhension du fait que le Directeur de publication du journal, le responsable hiérarchique du journaliste et responsable juridique des publications du journal, a été relâché, mais que le journaliste a été maintenu en garde à vue. Lunaire.
La viralité des réactions a nourri pendant plusieurs jours la fracture numérique entre la parole institutionnelle et l’opinion publique
Certains internautes vont jusqu’à féliciter les responsables du communiqué du parquet pour la catastrophe qu’ils ont provoquée, en présentant un désastre comme un exploit. D’autres exagèrent les faits jusqu’à la caricature.
Mais, tous se rejoignent dans ce constat fait par un Facebooker : « À la lecture de ce communiqué, j’ai surtout le sentiment que l’on cherche à sacraliser toute information relative à Sambi, au risque de déplacer le débat du fond vers la forme ».
La mise en pièces du communiqué des autorités illustre la crise de confiance qui s’étend envers le gouvernement et la montée du débat contestataire dans les réseaux sociaux.
Malgré l’adoption d’un Code de l’information aux Comores, plusieurs professionnels de l’information sont inquiétés par des procédures jugées abusives ou qualifiées d’acharnement.
Pour rappel, les deux journalistes de La Gazette des Comores, Elhad Saïd Omar et Toufé Maecha, ont été libérés et placés sous contrôle judiciaire. Ils avaient été arrêtés et placés en garde à vue le 8 juin 2026 pour avoir publié les éléments d’une enquête concernant l’état de santé de l’ancien président Mohamed Abdallah Sambi.















