Le 12 juin, à Istandra, dans la citadelle, le peintre Seda a exposé un ensemble d’œuvres intitulé « Mshe Mhaza », enraciné dans l’oralité de Ngazidja et les contes de son enfance.
Depuis 1997, Seda, plasticien comorien, formé à l’EMAP de Madagascar, façonne son art en s’appuyant sur ce qui caractérise les Comores. À travers « Mshe Mhaza », il garde intacts ses couleurs et ses signes tout en retravaillant les supports, porté par une conviction : l’art est sa vie et la persévérance des artistes comoriens est sa plus grande leçon.
Propos recueillis par Fatouma Ali Saïd Abdallah

Masiwa – Qui est Seda l’artiste derrière « Mshe Mhaza » ?

Seda – Je suis Seda Artiste plasticien comorien. J’ai fait l’École des Métiers et Arts plastiques de Madagascar (EMAP). Je travaille principalement la peinture, la sculpture et les installations artistiques. Je suis aussi transmetteur en arts visuels.
Masiwa – Depuis 1997, en quoi l’oralité et la langue shingazidja ont influencé votre art jusqu’à « Mshe Mhaza » ?
Seda – J’ai toujours été passionné par les contes que me disaient mes parents et les chansons de twarab des années 70-80 et les chansons du folk comorien de cette époque qui passaient à la radio. Mais, aussi, les chansons de mes cousins Adinani Azihari, Ali Cheikh et notre voisin Abou Chihabi, qui ont bercé mon enfance et ma jeunesse. Et par la lecture, j’ai découvert « Mshe Mhaza » de Ipvesi Bungala par recommandation de mon ami, le poète Kamal Mohamed.
Masiwa – Dans la vie de tous les jours, arrivez-vous à vous déconnecter de l’art ou la culture vous suit partout ?
Seda – Je n’arrive pas à me déconnecter de l’art : c’est ma vie. Si je ne suis pas en train de sculpter ou de peindre, la création artistique habite mes pensées. Je cherche presque à tout moment l’inspiration dans l’environnement qui m’entoure.
Masiwa – Qu’est-ce qui n’a pas changé dans votre façon de travailler depuis 1997, et qu’est-ce que vous faites différemment aujourd’hui ?
Seda – Depuis mes débuts dans l’art, les couleurs, les signes et symboles qui peuplent mes œuvres restent inchangés. Le jaune, le rouge et leurs couleurs secondaires restent les mêmes. Je fais tout pour rester le même Seda, pour que, même si je n’ai pas signé l’œuvre, un connaisseur de mon œuvre saura que c’est une de mes œuvres. Ce qui est différent ou qui change d’une création à l’autre, ce sont les supports, la qualité des peintures ainsi que les composants physiques, les éléments formels et artistiques de l’œuvre, la lumière et l’ombre, les valeurs et la texture.

Masiwa – Qu’est-ce qui vous a poussé à aimer et choisir ce métier d’artiste ? Y a-t-il eu un moment, une rencontre ou une œuvre qui a tout déclenché ?
Seda – Dans mon enfance, en regardant les dessins et broderies de ma mère, j’ai tout de suite pris goût au dessin. Ma mère m’a aidé et soutenu à développer cette passion, une fois au collège, j’ai su que je serai un artiste professionnel.
Masiwa – En 28 ans, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans l’évolution de l’art aux Comores ?
Seda – C’est la persévérance des artistes comoriens qui, malgré les multiples difficultés qu’ils rencontrent dans la création artistique, continuent de créer. Et dans ma discipline, ce qui m’a marqué, c’est l’évolution du FACC (Festival d’Art contemporain des Comores).
Masiwa – Dans votre enfance, qu’est-ce que l’école et la vie sociale vous ont transmis, et que retrouve-t-on encore dans « Mshe Mhaza » ?
Seda – C’est la résistance et la persévérance à lutter contre toute forme d’injustice et mon dévouement pour l’indépendance des Comores dans son intégrité territoriale.
Masiwa – Si Mshe Mhaza était un conte, par quelle phrase ou proverbe comorien commenceriez-vous pour la raconter ?
Seda – Je commencerais par : « Ipvesi Bungala tsi mna pesi pondefu ».














