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Sambi. Évacuation refusée

Mots clés: A la uneEdition 588
22 juin 2026
Temps de lecture : 8 mins
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Sambi. Évacuation refusée
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Les autorités comoriennes s’opposent à l’évacuation d’Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. Au terme de débats qui ont lieu depuis deux semaines, le procureur général a annoncé qu’aucune urgence ne justifiait le départ de l’ancien président pour des soins à l’extérieur.

Par MiB

Les conclusions du Procureur de la République, Ahamada Hamidou, sur le rapport des médecins chargés d’examiner la santé de l’ancien chef de l’État, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, étaient attendues depuis plus d’une semaine. Après avoir joué au chat et à la souris avec les journalistes depuis la remise du rapport, il a tenu une conférence de presse le 16 juin. La véritable surprise de cette conférence de presse, c’est qu’il n’était pas seul. Il est venu avec Dr Saïd Moussa, chef du service anesthésie-réanimation de l’hôpital Al-Maarouf, hôpital référence des Comores.

Une commedia dell’arte inquiétante pour la justice

Avant de présenter le rapport des cinq médecins qui ont examiné l’ancien président, le procureur est revenu d’une manière indirecte sur le rôle joué par les médias dans cette affaire et notamment les arrestations d’Elhad Saïd Omar et Toufé Maecha, respectivement Directeur de publication et secrétaire de rédaction-journaliste de La Gazette des Comores. Il a notamment reproché aux journalistes d’avoir divulgué le rapport qu’il avait demandé, avant même qu’il n’en prenne connaissance. Alors que, dès les premiers articles, Toufé Maecha avait indiqué sa source, et qu’il n’y avait aucune possibilité que ce soit une autre, le Procureur a « révélé » comment il a mené une enquête minutieuse pour découvrir qu’il s’agissait du médecin personnel de Sambi, indiquant même qu’il a évité de l’arrêter pour ne pas que les journalistes lui en fassent reproche. En guise de conclusion, il a lancé une boutade en shikomori : « Puisque les journalistes ont publié ce rapport, qu’ils prennent les décisions ! »

Ce n’était que le début d’une conférence de presse qui, au fur et à mesure de la prise de parole du Procureur général, devenait kafkaïenne et même souvent commedia dell’arte. En effet, même en citant des généralités pour ne pas dire des banalités (« le rôle d’un magistrat n’est ni de plaire ni de déplaire » ou « le Coran recommande de juger les hommes selon l’équité »), le procureur Ahamada Hamidou n’a pas réussi à donner un brin de sérieux à ses paroles, à aucun moment, ni dans son intervention en français ni en comorien. En français, il a donné l’impression d’essayer d’interpréter un texte écrit pour lui et dont il ne pouvait se départir, en comorien, il a laissé apparaitre son côté « amuseur public », donnant parfois la réplique à des journalistes qui s’amusaient à lui répéter ce qu’il attendait.

Un prisonnier « privilégié »

Il a rappelé que la maison dans laquelle se trouve Mohamed Sambi est celle qu’il avait choisie et que l’État lui a accordée, comme tout ancien chef d’État à l’issue de son mandat. Il a décrit pendant plusieurs minutes ce qu’il a présenté comme des avantages accordés à l’ex- président : la présence d’une voiture, d’un terrain de basket, d’arbres fruitiers, d’une terrasse…

Le procureur a aussi indiqué que Mohamed Sambi bénéficie d’une « sécurité assurée par des gendarmes » et de services d’un cuisinier et d’un employé pour les tâches ménagères. Il bénéficie également de la présence de son neveu pour « son approvisionnement et ses besoins à l’extérieur », ainsi que de celle d’un « ami proche… présent de manière régulière ». Il a aussi indiqué que « médecins et dentistes peuvent intervenir à tout moment » dans ce domicile.

Cette description minutieuse de l’endroit où vit Mohamed Sambi avait pour objectif de montrer que l’ancien président est bien loti et qu’il bénéficie de certains privilèges que d’autres prisonniers ne peuvent avoir. Au terme de son inventaire à la Prévert, le questionnement du Procureur général à destination des journalistes ne laisse aucun doute sur cette intention : « S’agit-il d’une prison ou d’une résidence surveillée ? C’est à vous d’apprécier. »

En shikomori, il a laissé entendre que ces avantages constituent un honneur donné, et que Mohamed Sambi devrait remercier les autorités. En réalité, il n’y avait rien d’original dans les propos du Procureur général. L’ancien ministre de la Justice, Mohamed Ousseine Djamalilail, dans une conférence de presse en 2020, avait déjà présenté les conditions de détention de Mohamed Sambi comme des avantages, et c’était avant son jugement. C’est d’ailleurs ce ministre qui avait, par la suite, pris un arrêté transformant l’une des chambres de cette résidence en prison des Comores, pour régulariser une situation de fait.

Aucune urgence à une évacuation sanitaire

En shikomori, le Procureur général a été beaucoup plus clair sur le fait que, selon lui, il n’y avait aucune urgence à évacuer Mohamed Sambi pour des soins à l’extérieur. Il a affirmé que, malgré tout le bruit qui est fait sur l’état de santé de l’ex-président, personne ne lui a déjà écrit pour lui dire que l’ancien président était gravement malade. Après avoir vu toutes les informations disant que le pronostic vital de Mohamed Sambi était engagé, il est allé, en compagnie de son ministre, le voir pour lui demander ce qui se passait. Les proches du malade ont répondu que dans les réseaux sociaux, il n’y avait que des montages. Mais, ils ont jugé qu’il n’était pas nécessaire d’aller affirmer que tout cela était faux. Le fils Sambi a été lui-même interrogé par le Procureur, après être venu au chevet de son père. Il aurait affirmé que son père allait bien. Mais, lorsque le procureur lui a demandé d’aller rassurer les gens dans les réseaux sociaux, il a dit qu’il ne peut pas « le faire pour ne pas être lynché ». Mohamed Sambi aurait lui-même donné une consigne très claire, selon le procureur : « Si on vous demande si je suis malade, vous ne devez pas dire que je ne suis pas malade, mais ne dites pas que je suis à l’article de la mort. »

Mais, comme pour prévenir l’impensable, le Procureur général déclare qu’« on peut être malade et mourir soudainement. Mais, vous croyez que Sambi ne pourra jamais être malade ou mourir ? » Puis, dans un ton rassurant : « Nous ne pouvons laisser aucun être humain mourir sans soins ».

Ahamada Hamidou a fini son intervention en affirmant que si les médecins émettaient un avis d’évacuation urgente, le parquet exécuterait, mais « personne ne m’intimidera dans l’exercice de mes fonctions ». Il laisse ainsi comprendre qu’aucun médecin n’a jusqu’à présent émis un avis d’évacuation urgente, et c’est ce que le médecin qui l’accompagnait, le Dr Saïd Moussa, s’est employé à démontrer, sur un ton un peu plus sérieux que le Procureur.

Aucune urgence engageant son pronostic vital

Le médecin anesthésiste a commencé par rappeler qu’il n’a pas eu à consulter le malade, mais qu’on lui a demandé de jeter un œil d’expert sur le rapport établi par cinq de ses collègues sur la santé de l’ancien président de l’Union des Comores. Il affirme livrer une expertise sans parti pris, sur « un domaine que je connais et dans lequel j’exerce depuis plus de 20 ans ». Plus loin, il dira même qu’il lui était difficile de discuter d’une manière pointue avec les cinq autres médecins, qui, selon lui, ne sont pas des spécialistes du domaine.

Il est formel, dans le rapport qu’il a examiné, il n’y a aucun endroit où les médecins disent qu’il y a une urgence qui devrait conduire à une évacuation, et il ajoute : « Je l’assume ». Contrairement à ce que disaient certains journalistes, l’anesthésiste affirme, sans aucune hésitation, que les médecins qui ont examiné Mohamed Sambi n’indiquent dans le rapport aucune urgence engageant son pronostic vital. Les médecins avaient toutefois indiqué qu’il était nécessaire d’effectuer une coronarographie, impossible à réaliser aux Comores, faute de matériel. Le médecin a alors prouvé qu’il n’a pas été amené là par les autorités pour rien. Pour lui, les résultats attendus par une coronarographie peuvent être obtenus par d’autres méthodes, et notamment un coronoscanner, réalisable aux Comores, d’autant que le caractère d’urgence n’a pas été établi par les cinq médecins.

Il en conclut que les maladies dont souffre Mohamed Sambi peuvent être soignées sur place. Mais, comme le Procureur général, le médecin se montre prudent en affirmant qu’il se pourrait que l’état de santé de l’ancien président évolue et qu’il faille envisager son évacuation.

Il apprend tout de même aux journalistes que ses discussions avec ces cinq collègues ont abouti à la conclusion qu’il fallait faire intervenir un médecin extérieur au pays pour poursuivre les examens sur l’ancien président. Il n’a pas pu préciser qui allait chercher ce médecin ni quand cela sera possible.

Dans une conférence de presse de l’opposition le samedi 20 juin, les leaders de l’opposition Ahmed Barwane et Mouigni Baraka ont condamné la décision du gouvernement de bloquer l’évacuation de Mohamed Sambi.

Mouigni Baraka s’est même permis une plaisanterie sur le parcours étonnant du Procureur général, ancien receveur de la douane devenu procureur, en lui faisant comprendre que s’il n’est plus procureur, il pourrait toujours retourner à la douane. Il faisait ainsi allusion aux nombreuses évocations sur la vie du Procureur qui ont émaillé les réseaux sociaux depuis sa conférence de presse. Certains se sont rappelé qu’il a même fait de la prison pour usurpation d’identité, qu’il a bénéficié d’une libération provisoire, mais que son jugement n’a jamais été organisé.

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