Contrairement à l’image que cherche à projeter le pouvoir, les Comores s’enfoncent dans une crise sans précédent. Les transferts de la diaspora demeurent l’un des rares piliers qui empêchent l’effondrement total.
Par Said Yassine Said Ahmed
L’euphorie affichée par ceux qui occupent les plus hautes sphères de l’État contraste violemment avec la réalité du pays : tant qu’ils parviennent à soutirer quelques miettes au peuple, le reste leur importe peu. Le pays est au bord du gouffre.

Certes, il était déjà endetté, mais jamais à ce niveau. Pendant que certains dansent, chantent ou s’emploient à tromper l’opinion, d’autres se complaisent dans des séminaires, ateliers et cérémonies de louanges adressées à des responsables politiques qui, depuis des années, contribuent à l’assombrissement du petit archipel politiquement comme économiquement. Aujourd’hui, la situation économique est alarmante : la dette publique atteint 36,8 % du PIB, une progression rapide pour un pays à si faible capacité budgétaire. Le FMI et la Banque mondiale classent désormais les Comores parmi les nations exposées à un risque élevé de surendettement. Ce n’est pas seulement le niveau de la dette qui inquiète, mais la fragilité structurelle de l’économie : recettes publiques insuffisantes, dépendance massive aux importations, croissance limitée et incapacité à absorber les chocs, qu’ils soient internes ou externes. Face à cela, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale continuent de manipuler les chiffres pour éblouir une population lasse, fatiguée, mais toujours en quête d’un minimum de bien-être. Pendant ce temps, la crise s’étend : flambée des prix, insécurité alimentaire, dégradation des conditions de vie… autant de signes que le pays glisse dangereusement vers l’inévitable.
Et s’il n’y avait la diaspora comorienne ?
Les Comores semblent s’engager sur une voie menant à une extinction programmée. La crise qui frappe le pays n’empêche en rien les hauts salaires des ministres, directeurs et autres figures dociles du cercle du pouvoir, lesquels continuent de prospérer pendant que la majorité sombre. Dans ce paysage assombri, les transferts de la diaspora demeurent l’un des rares piliers qui empêchent l’effondrement total.
Au cours de la dernière décennie, ils ont représenté en moyenne 11,3 % du PIB : une source essentielle de devises et un soutien vital pour des milliers de ménages. Sans cet apport, on en serait sans doute à ramasser des corps dans les rues pendant que d’autres célèbrent chaque nouveau lever de soleil dans une insouciance indécente. Ces envois de fonds permettent de contenir, dans une certaine mesure, les déséquilibres macroéconomiques, les déficits commerciaux chroniques, la faiblesse de l’activité locale, la pauvreté généralisée, tandis que le pouvoir, lui, semble avoir abdiqué toute responsabilité dans la gestion du pays.
Mais, cette bouée de sauvetage, la diaspora, ne peut masquer l’essentiel : les faiblesses structurelles demeurent. Le pays manque de diversification économique, dépend toujours plus de l’endettement extérieur et voit sa vulnérabilité se renforcer au fil des années. La combinaison d’une dette croissante, d’une économie fragile et d’une dépendance excessive à la diaspora souligne l’urgence absolue de réformes structurelles, d’une gestion rigoureuse de l’endettement et d’une vision claire pour une croissance durable et inclusive.
Pourtant, il y a plus d’une décennie, le pouvoir se félicitait bruyamment et proclamait que les Comores étaient devenues un « pays à revenu intermédiaire ». Un slogan qui résonne aujourd’hui comme une ironie amère face à la réalité d’un pays au bord du précipice.
D’un pays à revenu intermédiaire à une économie en surendettement
À la fin de l’année 2024, la dette publique de l’Union des Comores atteignait environ 221 milliards de francs comoriens (KMF), soit près de 467 millions de dollars américains. Rapportée à la taille très réduite de l’économie nationale, cette dette prend une ampleur très préoccupante.
La structure de cette dette révèle une écrasante domination de la dette extérieure, estimée à 383 millions de dollars, essentiellement composée de prêts préférentiels fournis par des partenaires bilatéraux et multilatéraux. À cela s’ajoutent la dette intérieure, d’environ 27 millions de dollars, et divers instruments de trésorerieavoisinant 57 millions de dollars, notamment des bons du Trésor émis par le gouvernement.
Et pourtant, malgré ce niveau d’endettement, rien ne va : aucune infrastructure digne de ce nom, aucune autosuffisance alimentaire en vue, un système de santé défaillant, un enseignement abandonné…
Pour ne citer que ces manquements-là. La dette représente aujourd’hui 36,8 % du PIB, un ratio en augmentation rapide au cours des dix dernières années. Cette dynamique a conduit le FMI et la Banque mondiale à classer les Comores parmi les pays à haut risque de surendettement. Leur inquiétude ne tient pas seulement à la dette elle-même, mais à la fragilité structurelle d’une économie en régression : recettes publiques faibles, dépendance extrême aux importations, croissance insuffisante pour absorber les pressions budgétaires. Dans un pays de si petite taille, cette dette pèse lourd trop lourd sur des marges de manœuvre déjà extrêmement étroites. Et pendant que le pays s’enlise, silence au sommet : on gouverne à coups de fanfares, de célébrations inutiles et de voyages interminables du chef de l’État, pendant que la population observe, subit, et s’épuise.














