Mère de quatre enfants, Sitti Abdou Bacar Boina a été agent comptable au ministère comorien de la Production pendant sept ans. Elle réside en France depuis 1994.
Ell est membre fondatrice de l’Association des Femmes de la Région de Mitsamihouli en France (AFRMF), ainsi que de l’association RILAMHA, dont elle est la présidente actuelle. Elle est engagée dans la lutte contre l’analphabétisme et contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
Par ailleurs, Mme Sitti ABDOU BACAR BOINA est membre de la Commission ad hoc pour une meilleure organisation des mariages coutumiers des Comoriens de Ngazidja en France.

Aujourd’hui, son principal combat porte sur la reconnaissance et l’effectivité du droit de vote de la diaspora comorienne, qu’elle considère comme un enjeu majeur de citoyenneté et de participation à la vie démocratique de son pays d’origine.
Masiwa – Pourquoi la diaspora comorienne devrait-elle participer aux élections organisées aux Comores ?
Sitti ABDOU BACAR BOINA – La participation de la diaspora aux élections constitue d’abord une question de justice démocratique. Les Comoriens vivant à l’étranger demeurent des citoyens à part entière. Leur éloignement géographique ne les prive ni de leur attachement à la nation ni de leur contribution à la vie du pays.
Depuis plusieurs décennies, la diaspora, notamment celle installée en France, joue un rôle essentiel dans le développement économique et social des Comores. Chaque année, des millions d’euros sont transférés vers les familles restées au pays. Ces fonds permettent de financer l’alimentation, la santé, l’éducation, le logement et de nombreux projets communautaires. Dans plusieurs villages, les écoles, les mosquées, les réseaux d’eau potable, les centres de santé et certaines infrastructures collectives ont été construits grâce aux contributions des associations de la diaspora.
Dès lors, il paraît légitime que ceux qui participent activement à l’essor économique du pays puissent également contribuer à son orientation politique. Le droit de vote représente non seulement un droit fondamental du citoyen, mais aussi une reconnaissance de son engagement envers la nation.
La diaspora n’est pas un corps étranger à la société comorienne ; elle en est l’une des composantes les plus dynamiques. Lui permettre de voter revient à renforcer l’unité nationale entre les Comoriens de l’intérieur et ceux de l’extérieur.
Masiwa – Quel impact le vote de la diaspora pourrait-il avoir sur la vie politique et démocratique des Comores ?
Sitti ABDOU BACAR BOINA – L’intégration de la diaspora dans le processus électoral pourrait avoir plusieurs effets positifs sur la vie politique comorienne.
Premièrement, elle élargirait la base électorale et renforcerait la légitimité des institutions. Un gouvernement élu avec la participation de l’ensemble des citoyens, y compris ceux vivant à l’étranger, bénéficierait d’une représentation plus complète de la nation.
Deuxièmement, la diaspora pourrait contribuer à l’émergence d’une culture politique plus exigeante. Les Comoriens vivant en France ou dans d’autres démocraties sont souvent confrontés à des pratiques institutionnelles fondées sur la transparence, la responsabilité des élus et le respect des règles démocratiques. Leur participation pourrait favoriser la diffusion de ces valeurs dans le débat politique national.
Troisièmement, le vote de la diaspora pourrait encourager les responsables politiques à mieux prendre en compte les préoccupations des expatriés. Aujourd’hui, les questions liées aux investissements de la diaspora, à la protection consulaire, à la double nationalité, à la mobilité des personnes ou à la valorisation des compétences des Comoriens de l’étranger demeurent souvent insuffisamment traitées.
Enfin, la participation électorale de la diaspora renforcerait le sentiment d’appartenance nationale. Elle rappellerait que les Comores ne se limitent pas à leur territoire géographique mais constituent une communauté humaine répartie à travers le monde.
Masiwa – Un membre de la diaspora peut-il être candidat à toutes les élections, y compris à l’élection présidentielle ?
Sitti ABDOU BACAR BOINA – En principe, un membre de la diaspora devrait pouvoir prétendre à toutes les fonctions électives dès lors qu’il est citoyen comorien et qu’il remplit les conditions prévues par la loi.
D’un point de vue démocratique, il n’existe aucune raison fondamentale de considérer qu’un Comorien vivant à l’étranger serait moins attaché à son pays qu’un Comorien résidant sur le territoire national. Beaucoup de membres de la diaspora possèdent une expérience professionnelle, académique et administrative susceptible d’être bénéfique au développement du pays. Sur le plan culturel, c’est un membre de la diaspora qui représente notre pays dans l’international, notre Ambassadeur à l’UNESCO, Mohamed Badjrafel, sur le plan sportif, tous nos joueurs de l’équipe nationale, les Cœlacanthes, sont tous issus de la diaspora comorienne en France, ces jeunes représentent bien notre pays, les quatre îles sont représentées, ils font notre fierté. Ils arrivent à rassembler tous les Comoriens partout où ils se trouvent, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Cependant, la situation est plus complexe concernant l’élection présidentielle. Depuis les réformes institutionnelles engagées après la révision constitutionnelle de 2018, les textes relatifs à l’éligibilité présidentielle ont été interprétés comme excluant les citoyens possédant une double nationalité de la candidature à la présidence, sauf renonciation préalable à leur nationalité étrangère.
Cette disposition fait l’objet de nombreux débats. Ses partisans estiment que le chef de l’État doit posséder une allégeance exclusive à la nation comorienne. Ses opposants considèrent au contraire qu’elle prive le pays d’une partie importante de ses élites et de ses compétences, alors même que la diaspora constitue l’un des principaux soutiens économiques de l’archipel.
On peut donc soutenir qu’un membre de la diaspora devrait pouvoir se présenter à toutes les élections locales, législatives, insulaires et nationales, y compris à la présidence de l’Union. Une telle ouverture permettrait d’élargir le champ des compétences disponibles pour gouverner le pays et de reconnaître pleinement la contribution historique de la diaspora au développement national.
Masiwa – Pouvez-vous résumer votre point de vue sur ce droit de vote des Comoriens de l’extérieur ?
Sitti ABDOU BACAR BOINA – La diaspora comorienne, particulièrement celle de France, n’est pas seulement une source de transferts financiers ; elle constitue une force économique, intellectuelle et sociale indispensable à l’avenir des Comores. Lui accorder le droit de vote et garantir sa pleine participation à la vie politique renforceraient la démocratie, l’unité nationale et le développement du pays. Exclure durablement une partie aussi importante de la nation du processus politique risque au contraire de créer une fracture entre les Comoriens de l’intérieur et ceux de l’extérieur, alors que l’avenir des Comores repose sur leur complémentarité et leur solidarité.















