Ce lundi, les Comoriens célèbrent les 51 ans d’indépendance de leur pays, encore une fois dans une ambiance morose. L’année dernière, les 50 ans ont été fêtés dans le bling-bling et les m’as-tu-vu qui caractérisent le gouvernement d’Azali Assoumani et son fils Nour el Fath Azali depuis plusieurs années. Des fonds avaient été débloqués et ont été dilapidés dans des opérations de communication visant à montrer que le gouvernement faisait des choses.
Par MiB
En réalité, aucun événement important n’a marqué la célébration du cinquantenaire de l’indépendance des Comores en 2025. Aucune réflexion n’a été conduite ni par le gouvernement ni par ses institutions (Éducation nationale, ministère de la Culture, CNDRS, Université des Comores…) sur le passé, le présent et le devenir de cette indépendance. Sur le sort du pays, tout simplement. Les institutions continuent à vivoter dans un train-train troublant, dans l’illusion que tout fonctionne en attendant… on ne sait quoi !

Le cinquantenaire de l’indépendance aurait pu aussi être l’occasion pour le chef de l’État, qui a eu le pouvoir pendant près de 17 ans sur les 50, de réunir la nation au-delà de ses partisans, qui sont loin de représenter la majorité dans le pays, de tracer les grandes lignes, les perspectives visant à justifier auprès des plus précaires ce qui était devenu en 1975 une nécessité : l’indépendance. En somme, le chef de l’État aurait pu, en 2025, unir véritablement son peuple par des gestes forts (comme la libération des prisonniers politiques pour les uns et l’arrêt des poursuites, pour les autres) et placer un certain espoir à court et à moyen terme pour le Comorien lambda qui ne s’en sort pas, même avec le soutien de la diaspora.
Et lui qui, chaque année, depuis 2016, à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, prétend honteusement qu’il est en négociations bilatérales avec la France, il aurait pu saisir l’occasion de la célébration de ce cinquantenaire pour lancer un vrai plan diplomatique pour réactiver la question de Mayotte avec la France, mais aussi dans les autres instances internationales. Il n’en fit rien. Il laisse donc les élus de Mayotte, au rythme des invectives, frapper aux portes des pays de l’océan Indien. Ils en sont persuadés : elles finiront par céder, quand le discours sera devenu aussi évident que celui de la nécessité de la coopération régionale entre Mayotte et ses voisins.
Mais, il faut l’avouer, il aurait été périlleux pour Azali Assoumani de parler de développement prochain dans un pays où, il a chanté depuis 2016, l’émergence à l’horizon 2029, puis 2029 arrivant à grands pas, il a sorti le fils d’un chapeau pour entonner un nouveau refrain appelé « Renouveau », à coups de photos et de clips vidéos de ses communicants privés, mais payés par le contribuable comorien. Il aurait été difficile pour lui de parler d’unité alors que, depuis 2018, son objectif premier reste de diviser autant que possible le peuple comorien pour espérer se maintenir au pouvoir.
Alors, après avoir tant menti, le gouvernement peine aujourd’hui à porter une voix crédible sur quoi que ce soit, et même sur ce qui devrait réunir tous les Comoriens, le souvenir de la liberté conquise.
Au peuple qui se plaint de ne pas avoir à manger, de l’eau, de l’électricité, de l’Éducation, des moyens de transports et de communication… les politiciens en responsabilité, abreuvés par les slogans des publicitaires, répondent : ce n’est pas la première fois, ceux qui étaient là avant nous n’ont pas mieux fait et puis, qui, dans l’opposition, peut faire mieux que nous… oubliant parfois qu’avant eux, il n’y avait qu’eux et que d’opposants, il ne reste qu’eux.
L’absence d’un discours sur l’indépendance du pays porté par les élites politiques, mais aussi par les cadres qui bénéficient des largesses du régime, installe et impose peu à peu une pensée négationniste et anachronique : à quoi sert l’indépendance si c’est pour vivre dans un état aussi misérable ? Un discours qui fait même oublier aux enfants ce qu’était la réalité brute de la colonisation, ce que ce mot reflète de souffrances, de mépris et d’humiliation. Il arrive même à certains intellectuels de laisser entendre, cinquante ans après, qu’il aurait mieux valu ne pas se précipiter à prendre l’indépendance et de mettre en cause ceux qui, excédés par les vexations quotidiennes, ont décidé de répondre, le 6 juillet 1975, par un acte de fierté.
Que pourrait donc dire d’exaltant le chef de l’État ce 6 juillet 2026 ? Rien.















