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Les éléments de langage du gouvernement face à la maladie de Sambi

Mots clés: Edition 591Trending
14 juillet 2026
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Le « 17 février » et les assoiffés de pouvoir
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L’affaire Sambi continue de susciter de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique comorienne. Au-delà des considérations politiques et judiciaires, une question s’impose aujourd’hui avec une acuité particulière : pourquoi les responsables du régime semblent tous tenir exactement le même discours lorsqu’il est question de l’état de santé de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi ?

Par Abdourahim Bacari

Une réalité paraît pourtant difficile à contester : l’ancien président est malade. Son médecin personnel l’a affirmé à plusieurs reprises. Plus encore, les médecins désignés par les autorités elles-mêmes pour procéder à une contre-expertise, dont un cardiologue, ont confirmé que son état de santé est préoccupant et qu’il se dégrade progressivement. Il ne s’agit donc pas de simples affirmations partisanes, mais d’avis médicaux formulés par des spécialistes appelés précisément pour évaluer son état.

Pourtant, ces conclusions sont aujourd’hui remises en cause par un médecin anesthésiste qui n’est ni cardiologue, ni neurologue, ni spécialiste des pathologies dont souffrirait l’ancien chef d’État. Lors de sa conférence de presse aux côtés du procureur général, ce dernier a estimé que l’état de santé de Sambi ne justifiait pas une évacuation sanitaire à l’étranger. Cette prise de position a surpris de nombreux observateurs, d’autant qu’elle semble contredire les conclusions des spécialistes sans apporter d’éléments médicaux nouveaux ou d’expertise scientifique permettant d’étayer une telle affirmation. Cette contradiction nourrit inévitablement le doute et renforce les interrogations de l’opinion. Mais, ce qui inquiète davantage encore, ce n’est plus seulement le débat médical. C’est la réaction, presque uniforme, des membres du régime.

Depuis le début de cette affaire, une grande partie des Comoriens a le sentiment que le président Azali Assoumani entretient un contentieux politique personnel avec son ancien rival. Les procédures engagées contre Ahmed Abdallah Mohamed Sambi ont d’ailleurs alimenté cette perception. Arrêté dans un premier temps pour « trouble à l’ordre public », placé ensuite en résidence surveillée pendant plusieurs années avant son jugement dans le cadre de l’affaire dite de la citoyenneté économique, puis condamné pour haute trahison, l’ancien président demeure au cœur d’un débat qui dépasse largement le cadre judiciaire. Ses partisans estiment que les accusations portées contre lui n’ont jamais été suffisamment démontrées et considèrent que sa condamnation est avant tout motivée par des considérations politiques. Ses adversaires soutiennent au contraire que la justice a suivi son cours. Cette profonde divergence d’appréciation continue de diviser la société comorienne.

Aujourd’hui pourtant, la question essentielle n’est plus celle de la culpabilité ou de l’innocence de Sambi. La véritable urgence est d’ordre humain. Elle concerne son état de santé. Or, au lieu de répondre à cette préoccupation, la plupart des responsables du régime semblent adopter une stratégie de communication identique. Ils parlent longuement de la résidence dans laquelle est détenu l’ancien président, décrivent le confort supposé de la villa, évoquent ses conditions d’hébergement, mais évitent soigneusement de répondre à la question centrale : son état de santé nécessite-t-il, oui ou non, une prise en charge spécialisée à l’étranger ? Comme si le fait d’habiter une villa suffisait à préserver un homme de la maladie.

L’histoire démontre pourtant exactement le contraire. Combien de chefs d’État, de rois, de reines, de milliardaires ou de personnalités parmi les plus puissantes de ce monde ont vécu dans les plus luxueuses demeures avant d’être emportés par la maladie ? Le confort matériel n’a jamais constitué un traitement médical. Une résidence, aussi spacieuse soit-elle, ne remplace ni un hôpital spécialisé, ni des soins intensifs, ni des équipements médicaux adaptés.

L’intervention de l’ambassadeur des Comores à Paris sur TV5 Monde illustre parfaitement cette ligne de communication. Interrogé sur l’état de santé de l’ancien président, il a consacré une grande partie de son intervention à décrire la maison dans laquelle réside Sambi. Les arguments avancés reprenaient presque mot pour mot ceux développés quelques jours auparavant par le procureur général. Cette similitude ne peut qu’interroger. S’agit-il dune simple coïncidence ou de l’application d’une consigne commune consistant à déplacer le débat de la santé vers les conditions d’hébergement ? Si tel est le cas, cela soulève une question fondamentale. Pourquoi répondre à une préoccupation médicale par une argumentation immobilière ? Pourquoi parler des murs lorsque l’opinion publique s’interroge sur l’état de santé d’un homme ?

Quelles que soient les convictions politiques de chacun, la maladie ne devrait jamais devenir un objet de confrontation partisane. Le respect de la dignité humaine exige que toute personne privée de liberté puisse bénéficier des soins que son état nécessite, conformément aux principes les plus élémentaires du droit et de l’humanité.

Le philosophe anglais Thomas Hobbes écrivait que « l’homme est un loup pour l’homme ». Cette formule traduit la capacité de l’être humain à faire preuve d’une grande cruauté envers son semblable lorsque les passions, les intérêts ou les rivalités prennent le pas sur la compassion. L’affaire Sambi invite précisément chacun à s’interroger sur cette frontière fragile entre l’exercice du pouvoir, la justice et le devoir d’humanité.

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