L’Union des Comores se doit d’être cohérente avec l’héritage de son indépendance. Notre diplomatie s’est toujours construite sur un socle moral : le respect du droit international, des résolutions onusiennes et de la solidarité entre peuples en quête de liberté. Or, en soutenant ouvertement la position du Royaume du Maroc sur la question du Sahara occidental, le pays s’expose à une grave contradiction, à la fois morale et diplomatique.
Par AHMED Mohamed alias Ben, Coordinateur Général du ROC
Soutenir le Maroc sur le Sahara occidental, c’est affaiblir la revendication sur Mayotte

Le Conseil de sécurité, pour sa part, n’a jamais reconnu la souveraineté du Maroc ni celle du Front Polisario sur ce territoire. Dès lors, toute reconnaissance unilatérale d’une partie contre l’autre revient à violer le principe de neutralité imposé par la Charte des Nations Unies et les engagements multilatéraux auxquels les Comores ont librement adhéré. Rappelons que la dernière résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental a été adoptée le 30 octobre 2024, par douze voix pour et deux abstentions (Fédération de Russie et Mozambique). Cette résolution proroge le mandat de la mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) jusqu’au 31 octobre 2026.
Comment, en effet, revendiquer le respect du droit international pour Mayotte, tout en ignorant la même exigence pour un autre peuple soumis à une situation comparable ?
Ce double standard fragilise notre parole sur la scène internationale et réduit la portée de notre revendication légitime sur Mayotte. En soutenant la position marocaine, le gouvernement comorien envoie un signal d’incohérence diplomatique et d’opportunisme politique, alors que la tradition diplomatique comorienne s’est toujours appuyée sur la légitimité du droit et non sur les alliances circonstancielles.
Les Comores entretiennent des relations fraternelles et historiques avec le Maroc. Ce lien d’amitié est indéniable et doit être préservé. Mais il ne saurait justifier une rupture avec le droit international. La fraternité entre États ne peut se substituer à la légalité internationale. Ce qui fonde la crédibilité d’une diplomatie, c’est sa constance dans les principes, non sa complaisance dans les intérêts.
L’Union des Comores doit demeurer fidèle à son identité diplomatique : celle d’un petit État respectueux du droit, défenseur de la justice et de la paix. Se taire sur le Sahara occidental, ou pire, s’aligner sur une position contraire au droit, c’est renier notre propre combat pour Mayotte, c’est affaiblir notre cause et trahir la mémoire de ceux qui ont milité pour la dignité des Comores indépendantes.
Une diplomatie sans cap
Aujourd’hui, notre diplomatie semble voguer en haute mer, sans cap ni cohérence, tiraillée entre les intérêts économiques et les fidélités politiques. Or, le rôle d’un État, surtout d’un petit État insulaire, n’est pas de se laisser happer par les courants contraires, mais de maintenir le cap du droit, car c’est là sa seule boussole et sa seule force.
Le cas du Maroc nous rappelle la décision précipitée et non concertée de ce régime en rompant avec le Qatar, pays ami. La rupture avec le Qatar s’est inscrite dans le sillage d’un conflit intra-golfe opposant Doha à ses voisins du Golfe. Plutôt que de maintenir une position de neutralité, les autorités ont choisi l’alignement sans discernement. Cette décision a été prise sans débat national, ni consultation parlementaire, ni concertation avec nos partenaires régionaux africains ou arabes, alors même qu’elle engageait l’image du pays. Une diplomatie sérieuse se nourrit de vision et de concertation, non d’impulsions politiques. Une telle attitude isole le pays, et au final, il ne bénéficie ni du soutien économique escompté ni du respect diplomatique attendu.
La diplomatie comorienne doit retenir trois leçons majeures. Premièrement, un petit État ne peut se permettre de rompre des alliances sans évaluer leurs conséquences sur le long terme. Notre survie diplomatique repose sur la multiplication et la diversification de nos partenariats, non sur leur rupture. Deuxièmement, la diplomatie doit être prévisible, rationnelle et fondée sur des principes. Le respect du droit international, la non-ingérence et la neutralité dans les conflits régionaux doivent redevenir nos repères cardinaux. Troisièmement, la voix des Comores doit s’exprimer à travers des institutions fortes et crédibles : une assemblée impliquée, un corps diplomatique compétent et des consultations nationales avant toute décision majeure.
Ce n’est qu’à ce prix que notre diplomatie retrouvera sa crédibilité et que notre voix, celle d’un peuple attaché à la justice internationale, pourra de nouveau se faire entendre avec respect et légitimité sur toutes les scènes du monde. Notre diplomatie doit sortir des oscillations et retrouver la cohérence qui fut jadis sa marque. Nous devons réapprendre à agir selon nos intérêts et nos valeurs, non selon des injonctions extérieures.















