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Le « 17 février » et les assoiffés de pouvoir
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Les Comores doivent, après cinquante années d’indépendance, trouver enfin le chemin qui mène vers la prospérité. Les éléments nécessaires pour réaliser cette ambition existent bel et bien. Nous ne sommes plus dans les années 1940, 1960 ou au début des années 1970, des décennies durant lesquelles peu de Comoriens étaient instruits et capables de penser à un véritable développement social, culturel, politique et économique. À cette époque, rappelons-le, les Comores vivaient sous administration française. Jusqu’en 1975, le faible nombre de cadres comoriens ne peut être tenu responsable des difficultés que connaissait alors notre peuple.

Par Abdourahim Bacari

Au contraire, ces hommes et ces femmes se sont organisés au sein de mouvements et de partis politiques afin de sortir l’archipel de l’administration coloniale. Le Parti MOLINACO et le PASSOCO, pour ne citer qu’eux, ont choisi la voie du combat pour l’indépendance de notre pays. Il ne s’agit pas ici de revenir longuement sur l’histoire de l’indépendance, mais ce rappel est nécessaire pour comprendre une chose essentielle : malgré le faible niveau d’instruction de beaucoup d’entre eux, certains n’ayant même pas le niveau du baccalauréat, ces cadres et intellectuels de l’époque ont pensé aux générations futures que nous sommes aujourd’hui. Ils ont porté la voix du peuple comorien et décolonisé l’archipel pour rendre sa dignité à une nation qui ne méritait pas de vivre sous la domination d’un autre pays.

En 1975, ils obtiennent de la France notre indépendance sans effusion de sang. Depuis cette date, ce sont les enfants des Comores qui ont pris le destin du pays entre leurs mains. Des cadres et des intellectuels ont été formés en grand nombre avec l’espoir de venir au secours de leurs aînés et de sortir notre peuple de l’ignorance et de la pauvreté qui freinaient tout développement possible. Malheureusement, les sacrifices et les efforts de nos anciens ont souvent produit une génération de cadres et d’intellectuels davantage préoccupés par leurs intérêts personnels que par l’intérêt général.

Pourtant, avec un minimum de patriotisme et de sens du devoir, les Comores auraient sans aucun doute trouvé la voie d’un développement harmonieux permettant aux Comoriens de vivre dignement. Notre pays possède des terres fertiles favorables à diverses cultures agricoles. Il est entouré par une mer poissonneuse encore largement préservée de la pollution. Ses paysages magnifiques, ses plages, ses montagnes et sa richesse culturelle pourraient attirer des milliers de touristes venus du monde entier. À cela s’ajoute une diaspora dynamique et profondément attachée à son pays, qui transfère chaque année des millions d’euros pour financer des projets communautaires : construction de routes, de dispensaires, d’hôpitaux, d’écoles, électrification des villes et des villages, soutien aux familles et aux associations locales.

Pour développer réellement notre pays, il suffirait de réunir la matière grise intègre que possèdent aujourd’hui les Comores et l’apport considérable de notre diaspora, notamment celle installée en France, toujours prête à accompagner les projets d’intérêt général. En plus de cette contribution financière essentielle, notre pays bénéficie également de l’aide de plusieurs nations amies, parmi lesquelles la Chine, les pays du Golfe et la France, qui demeure encore aujourd’hui un partenaire important dans de nombreux domaines.

Il est désormais temps que les futurs dirigeants des Comores réfléchissent sérieusement à un développement capable de rendre notre pays véritablement autonome. Les dirigeants de demain, car ceux d’aujourd’hui ont largement montré leurs limites, devront former une jeunesse consciente de ses responsabilités. Ils devront lui inculquer l’idée qu’un peuple ne peut se construire durablement qu’en comptant d’abord sur ses propres forces avant d’espérer les aides venant de l’extérieur.

La jeunesse comorienne doit comprendre que la mondialisation doit être un moyen de coopération et de partenariat équilibré avec les autres nations, et non une occasion permanente de tendre la main. Aucun pays au monde ne s’est développé dans la dépendance et la mendicité. Ce qui développe une nation, c’est avant tout l’éducation. Lorsqu’un peuple possède un haut niveau intellectuel, son développement suit naturellement. Mais lorsqu’un système éducatif est affaibli, aucun développement durable n’est possible.

Or, dans notre pays, l’école a été progressivement détruite par des politiques irresponsables, tandis que l’on continue de parler d’« émergence ». Une émergence sans une éducation solide reste une illusion. Ceux qui dirigent aujourd’hui le savent parfaitement, mais préfèrent vendre du rêve à un peuple qui souffre encore de pauvreté, de chômage et du manque de perspectives. Pourtant, l’avenir des Comores ne dépend ni des discours, ni des slogans politiques, mais de notre capacité collective à reconstruire l’école, valoriser le travail, encourager le mérite et placer enfin l’intérêt national au-dessus des intérêts personnels.

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