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Un décret, des illusions… et la dure réalité des fonctionnaires comoriens

Mots clés: Edition 550Trending
22 septembre 2025
Temps de lecture : 4 mins
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Un décret, des illusions… et la dure réalité des fonctionnaires comoriens
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Le 19 septembre, le décret n° 25-115/PR est venu bouleverser le quotidien des administrations publiques comoriennes. Présenté comme une avancée vers la modernisation du service public, il impose désormais un rythme de travail calqué sur les standards étrangers.

Par AMP

Depuis le 19 septembre 2025, le décret n° 25-115/PR vient formaliser ce qui n’était alors qu’une rumeur. Désormais le temps de travail dans les administrations comoriennes est organisé ainsi : cinq jours ouvrables, du lundi au vendredi, avec une pause méridienne. Fini la journée continue de 8h à 14h30, place désormais à deux sessions, de 8 heures à 12 heures, puis de 13 heures à 17 heures.

Officiellement, il s’agit d’un pas vers la modernité. Mais derrière se cachent des réalités bien plus sombres, que vivent déjà les fonctionnaires au quotidien.

Une réforme qui pèse lourd sur le portefeuille

Jusqu’ici, la journée continue avait un avantage majeur : elle permettait de travailler le matin, de rentrer déjeuner en famille et d’éviter des frais supplémentaires. Pour beaucoup, c’était un équilibre fragile, mais vital.

Avec ce nouveau système, tout change. Une heure de pause, c’est bien trop peu pour ceux qui vivent en périphérie ou dans les villages reculés. Il est impossible de rentrer à la maison, de déjeuner et de revenir au travail. Les fonctionnaires devront donc se débrouiller pour se restaurer en ville. Mais avec quels moyens ?

Déjà que les salaires peinent à couvrir l’essentiel (payer la nourriture pour la famille, les écolages, l’électricité…), comment imaginer que ces mêmes travailleurs puissent payer un repas de plus par jour ? Le décret met ainsi les familles devant un choix cruel : se priver ou s’endetter.

Travailler dans des conditions indignes

À la contrainte financière s’ajoute un autre problème, tout aussi grave : l’état des infrastructures. Beaucoup de bâtiments administratifs n’ont ni eau courante ni toilettes fonctionnelles. On demande pourtant aux employés d’y passer jusqu’à 17h.

Comment être productif sans pouvoir boire, ou aller aux toilettes dignement ? C’est tout simplement inhumain. La vraie modernisation ne réside pas dans les horaires, mais dans la création d’environnements de travail sûrs, propres et respectueux de la dignité humaine.

La galère des transports

Finir à 17h, c’est aussi affronter une autre épreuve : rentrer chez soi. Les taxis-brousse et autres transports publics ont leurs propres horaires, souvent peu flexibles. Pour ceux qui vivent loin, la nouvelle organisation signifie retards, frais supplémentaires et parfois même l’impossibilité de rentrer le soir.

Entre trajets rallongés, coûts de transport accrus et temps familial réduit à néant, cette réforme transforme le quotidien en parcours du combattant.

La prière du vendredi, un sujet sensible

Le point le plus explosif reste sans doute la question de la prière du vendredi. Traditionnellement, les employés quittent leur bureau vers 11h30 pour se préparer. Avec le nouveau système, les employés doivent quitter les bureaux à 12h, ce qui repousserait la prière à 13h.

Les ulemas ont déjà exprimé un désaccord ferme, rappelant que cette pratique religieuse, profondément ancrée dans la société comorienne, n’est pas négociable. La polémique enfle, et les citoyens ne cachent pas leur indignation. On touche ici à l’intime, à l’identité même du pays.

Une imitation sans adaptation

En fin de compte, ce décret donne l’impression d’une réforme « copiée-collée » des modèles étrangers, sans la moindre prise en compte du contexte local.

Les infrastructures ne sont pas prêtes. Les transports ne sont pas adaptés. Les salaires ne couvriront pas les frais supplémentaires induits par cette nouvelle organisation. Et nous ne pouvons pas sacrifier une pratique religieuse fondamentale.

En voulant « faire moderne », on a oublié la réalité comorienne. On a oublié les salaires insuffisants, les bâtiments délabrés, les difficultés de transport, et surtout les traditions religieuses qui rythment la vie du pays.

La modernisation du service public ne peut pas se décréter sur un papier en ignorant le terrain. Elle passe par de meilleures conditions de travail, des salaires décents et des environnements sains et respectueux.

À ce rythme, au lieu de booster la productivité, ce décret risque surtout d’alourdir le quotidien des fonctionnaires, d’accroître leur stress et de creuser encore plus le fossé entre le gouvernement et ses citoyens.

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