L’annonce de la hausse des prix des carburants a été faite ce 9 mai aux Comores. L’essence passe à 1000 FC et le gasoil à 950 FC. Le syndicat des transporteurs, Wusukani wa Masiwa, annonce qu’il n’y aura pas « de blocage dans les rues », mais appelle ses adhérents à ranger leurs véhicules jusqu’à une baisse des tarifs.
Par Fatouma Ali Saïd Abdallah
Le texte officiel annonçant les nouveaux tarifs des produits pétroliers était attendu depuis le discours du chef de l’État du 3 mai dernier. Un arrêté conjoint des ministres de l’Énergie, des Finances et de l’Économie, signé le 5 mai, a été rendu public ce samedi 9 mai. Il fixe le prix de l’essence à 1000 FC le litre, celui du gasoil à 950 FC et le pétrole lampant à 450 FC. Le texte oblige les stations-service à afficher le panneau des prix officiels.

À Moroni, certaines stations-service ont immédiatement procédé à l’ajustement des tarifs. Les nouveaux montants sont visibles à l’entrée des stations.
Un arrêté qui suit un discours présidentiel
La décision d’augmenter les prix des carburants intervient six jours après l’intervention du président Azali Assoumani. Dans un discours à la nation, il avait évoqué une « forte probabilité » d’augmentation des prix des carburants. Il expliquait cette perspective par la guerre au Moyen-Orient et par la nécessité d’éviter la faillite de la société nationale des hydrocarbures. Il n’avait communiqué aucun montant. L’arrêté du 6 mai précise donc le cadre annoncé. Il transforme une probabilité en mesure exécutoire.
Le chef de l’État avait lié la mesure à la hausse des coûts d’approvisionnement sur le marché international. « Ce n’est pas par envie de l’État », avait-il insisté. Il avait aussi promis des « mesures d’urgence » pour limiter l’impact sur le quotidien. Il citait le « panier de la ménagère », l’électricité et l’alimentation. « Nous allons dialoguer afin d’alléger le panier de la ménagère pour une vie stable et épanouie », avait-il déclaré.
Wusukani wa Masiwa met en arrêt les véhicules
La réaction de la société civile s’est précisée dans la journée. Wusukani wa Masiwa, le syndicat des transporteurs, a immédiatement réagi par une déclaration faite à son siège de Moroni. Le mouvement annonce qu’il n’y aura « pas de blocage dans les rues ». Il déclare respecter le décret présidentiel.
Il demande toutefois aux transporteurs de « ranger leurs véhicules » jusqu’à ce que l’État baisse le prix du carburant. Pour le syndicat, la situation économique ne permet pas d’absorber la hausse. « Le peuple comorien n’arrive pas à faire face à la vie misérable. Et l’État annonce la hausse du prix du carburant », dénonce Wusukani wa Masiwa.
Le syndicat explique son choix par l’écart entre le discours et les actes.
« Dans son dernier discours, le président Azali Assoumani nous a parlé d’alléger le panier de la ménagère. Mais, on ne sait pas comment, quand, ni de quelle manière ? En tout cas, avec ce décret, ce n’est pas une façon d’alléger nos paniers. Mais plutôt l’inverse », commente une ménagère.
« Si nous devons travailler, nous serons dans l’obligation d’augmenter le prix du taxi, or la vie de la population comorienne est déjà dure et difficile. Nous refusons de mettre de l’huile sur le feu. Nous refusons de tuer le peuple comorien », précise le syndicat des transporteurs.
La hausse des produits pétroliers a des conséquences sur le transport scolaire, le fonctionnement des générateurs des petites boutiques, le petit commerce et les déplacements ordinaires. L’arrêté publié ce samedi ne se limite pas aux automobilistes, mais agit aussi sur la vie quotidienne.
Wusukani wa Masiwa souligne cette chaîne de conséquences. Pour le syndicat, les chauffeurs sont incapables d’acheter le carburant à ce prix-là. « Ils refusent d’être les assassins du peuple comorien ».
Pour l’État comorien, la question porte sur la viabilité de la Société des Hydrocarbures. Azali Assoumani avait prévenu que, sans ajustement, l’entreprise risquait la faillite. Il avait aussi rappelé le rôle des taxes sur les carburants dans le financement du budget.
Le gouvernement avait promis de traiter le volet électricité, subventionné en partie. Aucun calendrier ni mécanisme précis n’a été détaillé pour le moment. Les ménages attendent donc des précisions sur les « mesures d’urgence » évoquées le 3 mai.
Un choix de mobilisation sans affrontement
Wusukani wa Masiwa a opté pour une forme de pression qui évite la confrontation directe. En excluant le blocage des rues, le mouvement choisit l’immobilisation des véhicules comme levier.
Cette posture vise à protéger les usagers. Le collectif rappelle que toute augmentation du tarif du taxi se traduirait par une charge supplémentaire pour les passagers.
Le collectif préfère donc interrompre l’activité plutôt que de répercuter le coût, ce qui a été fait, dans une moindre mesure, par le gouvernement dans un autre décret rendu public également le 9 mai.
La position du mouvement repose sur un argument simple : « l’État doit baisser le prix du carburant. Tant que cette condition n’est pas remplie, les véhicules resteront au garage ».
Le président avait parlé de « dialogue » et de « vie stable et épanouie. Wusukani wa Masiwa répond par une suspension d’activité.















