Les préoccupations exprimées par le ROC, relayées par Ahmed Mohamed Ben, coordinateur général du mouvement aux Comores, appellent une réponse institutionnelle fondée sur les principes de transparence, de responsabilité publique et de respect de l’État de droit.
Par Abdou Adame Fouad. Genève
Sur le projet Galawa et la gouvernance des marchés publics

Les interrogations relatives à la gestion financière du projet Galawa, notamment concernant les montants déjà engagés, justifient un examen rigoureux par les autorités compétentes. Tout projet financé sur ressources publiques ou garanti par l’État doit obéir aux règles prévues par le Code des marchés publics, aux procédures de passation transparentes et aux mécanismes de contrôle administratif.
À ce titre, il apparaît nécessaire de rendre publics les contrats et conventions liant l’État aux entreprises concernées, diligenter, si nécessaire, un audit technique et financier indépendant et garantir l’accès des institutions de contrôle aux documents contractuels.
Sur le contrôle parlementaire et la régularité institutionnelle
Dans tout État de droit, les engagements financiers majeurs de l’État doivent s’inscrire dans le cadre des autorisations prévues par la Constitution et les lois budgétaires. Si des emprunts ou garanties ont été accordés hors du contrôle parlementaire ordinaire, il appartient au Gouvernement d’en préciser la base légale et les fondements réglementaires.
Le rôle de l’Assemblée nationale doit être pleinement respecté, non seulement dans l’autorisation budgétaire, mais aussi dans l’évaluation des politiques publiques.
Sur la concession de l’aéroport international Prince Saïd Ibrahim
La gestion d’infrastructures stratégiques, telles que l’aéroport international Prince Saïd Ibrahim engage directement les intérêts souverains de l’État. Une concession à un opérateur étranger peut relever d’un choix économique légitime, à condition qu’elle respecte la préservation des intérêts nationaux, la transparence des procédures de sélection, la publication des clauses essentielles du contrat et la conformité avec les engagements internationaux et les lois nationales.
La question centrale n’est pas l’origine de l’investisseur, mais la qualité du cadre contractuel et la protection effective de la souveraineté nationale.
Sur l’endettement public et la soutenabilité financière
Le recours à l’endettement constitue un instrument normal de financement du développement, dès lors qu’il soutient des investissements productifs et générateurs de croissance. Toutefois, sa légitimité repose sur trois exigences, à savoir la soutenabilité macroéconomique, la rentabilité socio-économique des projets financés et la capacité de remboursement compatible avec les équilibres budgétaires.
Dans le contexte international actuel, marqué par l’augmentation des vulnérabilités financières dans plusieurs États insulaires, les Comores doivent veiller à ne pas s’inscrire dans un modèle de dépendance économique excessive.
Sur l’insécurité et la responsabilité régalienne de l’État
La montée des violences, des trafics illicites et de la criminalité constitue une préoccupation majeure relevant de la responsabilité première de l’État. La sécurité des citoyens demeure une mission régalienne qui ne saurait être déléguée ou abandonnée à des initiatives informelles.
Il est impératif de renforcer la présence territoriale des forces de sécurité, les dispositifs de prévention contre les trafics de drogue, les mécanismes de protection des populations vulnérables, notamment les femmes et les mineurs, et la coordination entre justice, police et autorités locales.
Mise en perspective internationale
Les dynamiques observées aux Comores s’inscrivent dans une tendance mondiale où de nombreux États en développement recourent à des partenariats étrangers pour financer ou gérer des infrastructures stratégiques. Deux trajectoires sont alors possibles : un modèle de modernisation maîtrisée, fondé sur la transparence et le contrôle démocratique et un modèle de dépendance structurelle, caractérisé par l’opacité contractuelle et l’affaiblissement de la souveraineté publique.
Les Comores disposent encore de la capacité institutionnelle de choisir la première voie, à condition de consolider leurs mécanismes de gouvernance.
Nécessité d’un débat national institutionnel
Les interrogations soulevées ne sauraient être réduites à une confrontation politique. Elles exigent un débat public documenté, l’intervention des organes de contrôle, une communication officielle claire et régulière et l’accès des citoyens à l’information publique.
La consolidation de la confiance entre les institutions et la population repose sur la transparence, la redevabilité et le respect scrupuleux des procédures légales. Les Comores ne doivent pas seulement répondre aux critiques, elles doivent démontrer, par leurs actes, leur engagement envers une gouvernance exemplaire.














