Réduire les Comores à celles et ceux qui y vivent quotidiennement serait une erreur profonde, presque une injustice. Une nation ne se limite pas à son territoire géographique. Elle vit aussi dans le cœur, les sacrifices et l’engagement de ses enfants, où qu’ils se trouvent. Les Comores appartiennent à tous les Comoriens de l’intérieur comme de la diaspora.
Par Abdourahim Bacari
Depuis des décennies, les Comoriens établis à l’étranger jouent un rôle essentiel, souvent sous-estimé, dans la survie et le développement du pays. Qu’ils soient en France, aux États-Unis, au Canada, en Afrique, en Asie ou en Australie, ils n’ont jamais rompu le lien avec leur terre d’origine. Bien au contraire, ils le nourrissent quotidiennement par des transferts financiers, des investissements, des projets associatifs, et un soutien constant à leurs familles restées au pays.

Il est temps de déconstruire une idée aussi fausse que dangereuse : celle qui voudrait faire croire que seuls les Comoriens vivant sur le territoire national aiment véritablement leur pays. Aimer les Comores ne se mesure pas à la distance géographique, mais à l’intensité de l’engagement. Et sur ce point, la diaspora comorienne n’a de leçon à recevoir de personne.
Dans les faits, une part considérable du fonctionnement du pays repose sur ces contributions venues de l’étranger. Santé, éducation, économie domestique, combien de familles vivent grâce aux envois de fonds ? Combien d’écoles, de centres de santé, de projets communautaires existent grâce à l’implication directe ou indirecte de la diaspora ? Nier cette réalité relève soit de l’ingratitude, soit de la mauvaise foi.
Dans ce contexte, les discours de certains responsables politiques et de certains médias, qui consistent à stigmatiser voire à insulter la diaspora d’une manière permanente, sont non seulement injustes, mais profondément contre-productifs. Ils fragilisent l’unité nationale et ignorent le rôle fondamental que jouent ces millions de Comoriens de l’étranger dans la stabilité du pays.
Il ne s’agit pas de nier les divergences. Elles existent, notamment sur le plan politique, et elles sont légitimes dans toute société vivante. Mais ces différences ne doivent jamais servir de prétexte à la division ou au mépris. Au contraire, elles devraient enrichir le débat national.
Les Comoriens, où qu’ils se trouvent, partagent un destin commun. L’avenir des Comores dépend de la capacité de tous ses enfants à travailler ensemble, dans le respect mutuel et la reconnaissance des efforts de chacun. Opposer diaspora et résidents locaux est un faux débat et un luxe que le pays ne peut pas se permettre.
Il est donc urgent d’adopter un discours plus juste, plus rassembleur. Reconnaître le rôle de la diaspora, ce n’est pas accorder un privilège, c’est simplement reconnaître une réalité. Et c’est aussi poser les bases d’une nation plus forte, plus solidaire, et résolument tournée vers l’avenir.
Les Comores ne sont pas un espace fermé. Elles sont une communauté vivante, dispersée, mais unie. Et c’est dans cette unité, au-delà des frontières, que réside leur véritable force.














