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Université des Comores. La grève à Patsy plonge les étudiants dans l’incertitude

Mots clés: A la uneEdition 551
29 septembre 2025
Temps de lecture : 5 mins
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Université des Comores. La grève à Patsy plonge les étudiants dans l’incertitude
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Depuis le 19 juin dernier, l’Université des Comores vit au rythme d’une grève qui semble sans fin. Sur le site de Patsy, à Anjouan, ce sont des centaines d’étudiants qui se retrouvent aujourd’hui paralysés par un blocage dont ils ne voient pas l’issue.

Par Anoir Ahamadi

Plus de trois mois après le déclenchement de la grève des enseignants au centre universitaire de Patsy, l’administration est quasi absente, les salles de classe désertées et les sessions d’examen reportées sine die. Dans les couloirs, l’inquiétude grandit, nourrie par un sentiment de frustration et d’abandon.

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La vie suspendue des étudiants
Naima Allaoui, étudiante originaire de Shissiwani, raconte sa lassitude. « J’ai terminé mes cours depuis le mois de mai et j’attendais de passer les examens. Depuis que la grève a commencé, tout est bloqué. Je vis à Patsy, loin de ma famille, uniquement dans l’attente d’un examen qui ne vient pas. »
Le témoignage de cette jeune fille n’est pas isolé. Faiz Ibrahim, un étudiant mohélien, confie lui aussi son désarroi. « Je suis coincé ici à Patsy. Je ne peux pas rentrer à Mohéli car je ne sais pas quand auront lieu les examens. Chaque jour qui passe est une perte. Nous vivons dans une attente interminable. »
Ces récits donnent un visage humain à la crise. Derrière les murs de l’université, ce sont des vies entières qui se trouvent suspendues. Pour beaucoup, la grève a bouleversé leurs projets : stages retardés, diplômes reportés, inscriptions compromises pour les études à l’étranger. Les familles, elles, peinent à financer de longs mois d’attente improductive.

Les enseignants en colère
À l’origine de la grève, les enseignants de l’Université des Comores dénoncent des arriérés de salaires et réclament de meilleures conditions de travail. Selon leurs syndicats, plusieurs mois de rémunérations n’ont pas été versés, plongeant nombre d’entre eux dans une précarité qui rend difficile la poursuite des activités académiques.
L’administration, pour sa part, affirme avoir effectué des efforts. Le secrétaire général de l’Université a déclaré que trois mois de salaires sur quatre ont déjà été versés. « La balle est maintenant dans le camp des enseignants. S’ils attendaient vraiment leurs salaires pour reprendre, ils devraient revenir au travail », avance-t-il.
Mais sur le terrain, la version est nuancée. Certains enseignants affirment n’avoir perçu que deux mois, d’autres disent que les paiements ne sont pas uniformes. Par conséquent, le malaise persiste et la défiance s’installe. Cette confusion sur la réalité des paiements traduit un problème plus profond : un déficit de transparence dans la gestion de l’Université et de ses ressources.

Un silence qui fait mal
Plus inquiétant encore, l’absence de communication claire des autorités. Le gouvernement central comme le pouvoir insulaire avaient promis de faire de l’Éducation un levier du développement. Mais, face à la crise actuelle, les étudiants comme les enseignants dénoncent une surdité institutionnelle.
« On a l’impression que l’État nous a abandonnés », lâche un étudiant en droit. « Ils savent que nous sommes bloqués, mais ils ne disent rien. Tout est silence, comme si l’université ne faisait pas partie des priorités. »
Ce mutisme nourrit un sentiment de trahison. Alors que les étudiants voient leurs années académiques compromises, aucun calendrier crédible de reprise n’est annoncé. Le silence est devenu une politique de gestion, mais à quel prix ?

Conséquences en cascade
Cette grève illimitée s’inscrit dans un contexte où l’Université des Comores peine déjà à retenir ses étudiants. Ces dernières années, le départ massif des bacheliers vers Madagascar, Sénégal ou encore la Tanzanie s’est intensifié. Le blocage actuel ne fait que renforcer ce mouvement. « À force de nous frustrer, ils poussent les jeunes à quitter le pays », estime Naima.
La paralysie met également en danger la crédibilité de l’institution. Comment convaincre les parents et les futurs étudiants de faire confiance à une université où les examens ne sont pas garantis, où une année peut être perdue du jour au lendemain ? Cette situation risque de fragiliser encore davantage l’enseignement supérieur comorien.
Les conséquences ne sont pas uniquement académiques. Elles touchent aussi l’économie locale : les étudiants bloqués consomment peu, les familles dépensent pour rien, et les commerçants de Patsy subissent une baisse de revenus. La crise déborde donc du cadre universitaire pour atteindre la société entière.

Une université à la dérive ?
Au-delà de la crise immédiate, c’est l’avenir même de l’Université des Comores qui est en question. Entre manque de financement, infrastructures insuffisantes et gouvernance contestée, l’établissement peine à jouer son rôle de moteur du savoir et du développement national.
La grève actuelle en est le symptôme le plus visible. Mais, derrière se cache une question plus profonde : quelle place l’État comorien veut-il réellement donner à l’enseignement supérieur ? Si l’Éducation est un levier du développement, comme l’affirment les discours officiels, pourquoi laisse-t-on des étudiants et enseignants livrés à eux-mêmes dans une impasse prolongée ?

Une jeunesse sacrifiée ?
L’impression qui se dégage, c’est celle d’un État qui détourne le regard, alors que l’avenir de toute une génération est en jeu. L’université est censée être le cœur battant du savoir, le creuset où se forment les cadres de demain. Or, à Patsy comme ailleurs, c’est le vide qui règne.
À force de mépris et de retard, le risque est clair : voir se creuser un fossé irréversible entre la jeunesse et ses institutions. Beaucoup d’étudiants songent déjà à partir, et ceux qui restent n’ont plus confiance. La grève actuelle ne fait que révéler un mal plus profond : l’éducation n’est pas traitée comme une priorité nationale, mais comme une variable d’ajustement.
Le temps presse. Si rien n’est fait, l’Université des Comores pourrait bien devenir le symbole d’un échec collectif, celui d’un pays qui aura sacrifié sa jeunesse sur l’autel de l’indifférence.

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