À moins de 11 mois des Jeux des Iles de l’océan Indien 2027, le site qui devait incarner le cœur de l’événement est toujours une friche. Le village olympique de Moindzaza, prévu pour accueillir les athlètes, n’a toujours pas vu le premier coup de pioche. L’information, confirmée sur le terrain, jette une lumière crue sur les déclarations optimistes du gouvernement.
Par Fatouma Ali Saïd Abdallah
En avril 2025, lors de la réunion du Comité International des Jeux (CIJ, qui organise les jeux) à Moroni, 18 disciplines sportives ont été notées et sélectionnées. C’est dans ce contexte de retard abyssal que deux annonces sont venues s’entrechoquer cette semaine, entre espoir diplomatique et bricolage logistique.

D’un côté, le 15 septembre, au ministère des Affaires étrangères, le président Azali Assoumani et le ministre Mbae Mohamed ont convié tout le corps diplomatique accrédité aux Comores pour solliciter l’appui des pays amis. « Collectivement, offrons à la jeunesse de notre région l’opportunité de se rassembler, de partager, de s’affirmer et de se transcender », a plaidé le ministre. La veille, une convention-cadre pour un UniPod à Nvouni destiné à l’innovation des jeunes a été signée pour montrer que l’héritage des Jeux sera durable.
Dans une interview diffusée le 15 septembre, Mohamed Issimaïla, président du Comité International des Jeux (CIJ) a tenté de rassurer. Il est « convaincu que les Jeux se passeront aux Comores ». Et pour le prouver, il a détaillé son plan logement : une société chinoise construira 160 maisons et une société comorienne en construira 40. Précisant même, pour cette dernière. « Si la pluie lui permet, d’ici octobre, la société comorienne construira 20 maisons » avec « des briques faites à la main ».
Et il a ajouté qu’au cas où tout ne se passerait pas bien, il y aurait deux grands foyers (bâtiments construits pour les cérémonies traditionnelles dans les villages) à Bangwakuni.
Moindzaza, le grand vide
Moindzaza a été désigné pour être la vitrine, le village olympique, le lieu où toutes les délégations vivent ensemble, symbole de l’unité indianocéanique. Sur les maquettes présentées il y a un an, on voyait des allées, des logements modernes, un réfectoire géant.
Sur le terrain, en ce 16 septembre 2026, il n’y a rien. Pas de terrassement, pas de fondations, pas d’engins. Juste un terrain vague. Ce retard n’est pas un simple contretemps, c’est une faute stratégique majeure. Un village olympique ne se construit pas en dix mois, même avec la meilleure volonté du monde. Il faut les voiries, l’eau, l’électricité, l’assainissement, la fibre optique, la sécurité. Même si les maisons sortaient de terre demain, il faudrait encore des mois pour viabiliser le site.
L’absence de travaux à Moindzaza explique pourquoi le gouvernement a dû lancer un appel à l’aide internationale le 15 septembre dernier. Sans partenaire financier capable d’injecter des millions en urgence, le village ne verra jamais le jour. La crédibilité des Comores auprès du Comité International des Jeux (CIJ) est en jeu. Comment convaincre les six autres îles que les athlètes seront bien logés quand le village olympique n’existe que sur le papier ?
200 maisons à construire
Pour colmater la brèche de Moindzaza, le président de la CIJ a donc dégainé son plan : 200 maisons. Il annonce 160 maisons pour une société chinoise, réputée pour sa rapidité d’exécution et 40 maisons pour une société comorienne.
Nous sommes en septembre 2026. D’ici octobre, soit en quinze jours, une entreprise doit construire vingt maisons, avec des briques fabriquées à la main, et cela dépend de la météo. Nous sommes en pleine saison des pluies aux Comores. Chaque averse arrête un chantier en briques de terre.
Même si cet exploit artisanal est réalisé, vingt maisons en octobre, cela représente 80 athlètes logés au maximum. Il en reste 1920 à loger. Aucun calendrier n’a été donné pour le reste. Aucun contrat n’a été montré à la presse. Aucun premier coup de pioche n’a été annoncé.
On est loin des standards d’un village olympique. On est dans du logement d’urgence, construit en matériaux précaires. Le contraste est saisissant entre l’UniPod high-tech de Nvouni promis le 14 septembre dernier et les briques faites à la main de Moindzaza.
Bangwakuni : deux foyers qui ne servent à rien… ou à tout
Le président de la fédération nationale reprend le fameux « si ». Et « si tout ne se passe pas bien », ils auraient recours aux deux foyers de Bangwakuni, au nord de Ngazidja. Mais, même ces deux foyers ne régleront pas l’équation, ils ne pourront pas loger toutes les équipes.
En réalité, l’annonce des foyers de Bangwakuni est un aveu d’impuissance. C’est la preuve que le comité d’organisation sait que Moindzaza ne sera pas prêt et que les 200 maisons ne suffiront pas. Alors, on prévoit un troisième site, à Bangwakuni.
Si ces annonces se réalisent, les délégations seront dispersées entre Moindzaza, Bangwakuni et un hôtel. C’est la fin du concept même de village olympique, qui est censé rassembler les athlètes sur un même lieu.
Comment, dans ces conditions, organiser le transport, la restauration, la sécurité sur trois sites éloignés ? Comment assurer l’équité entre les athlètes logés dans les 160 maisons chinoises potentiellement modernes et ceux logés dans les 20 maisons en briques ou dans les foyers de Bangwakuni ?
L’heure de vérité
En réalité, l’interview du président de la fédération, le 15 septembre dernier, est une catastrophe en termes de communication, mais elle a le mérite de dire implicitement la vérité sur l’état du chantier.
Le gouvernement a eu raison de solliciter les partenaires. Il ne peut pas y arriver seul. Mais il a tort de continuer à affirmer que tout va bien. Sur le lieu, la réalité est que le chantier de Moindzaza, prévu comme village olympique, n’a toujours pas démarré. Que le plan de 200 maisons repose pour 20% sur une fabrication artisanale dépendante de la pluie. Et que les deux foyers de Bangwakuni sont un pansement sur une jambe de bois.
À moins d’un an des Jeux, les Comores ne sont plus dans la préparation, elles sont dans la survie organisationnelle. La promesse de 160 maisons par les Chinois est le seul espoir crédible. Sinon, les Jeux des Iles 2027 aux Comores resteront dans l’histoire non pas pour leurs médailles, mais pour leurs athlètes logés dans des foyers de villages.














