La CRC a porté plainte contre Mahamoud Hafi, et le premier round devant le juge a tourné à l’avantage de ce dernier. Les cadres du parti gardent un silence prudent, ne sachant toujours pas vers quel camp se tournera au final Azali Assoumani.
Par MiB
Les avocats de la défense et de la partie civile se sont livré à de véritables scènes de comédie à la sortie du tribunal de Moroni jeudi 24 septembre, lors du premier round du procès qui oppose désormais Mahamoud Salim Hafi et le bureau sortant de la Convention pour le Renouveau des Comores, le parti du chef de l’État Azali Assoumani.

Un répit pour Mahamoud Hafi
Me Kaambi Mze, l’avocat de Mahamoud Salim Hafi chantait littéralement et jubilait, versant dans l’éloge politique du parti CRC plutôt que vers le droit, tandis que celui de la CRC, Me Idriss Mzé Mouigni, essayait de cacher sa déception à travers des formules dont il était difficile de percevoir le sens. On apprenait ainsi que ses clients n’avaient pas besoin d’être présents parce qu’ils étaient représentés par le Procureur de la République, censé défendre les intérêts de la société. Pourquoi ont-ils besoin d’un avocat alors ? La semaine précédente, il avait pourtant laissé entendre que Mahamoud Hafi n’allait pas se présenter et que c’était un mépris de la justice qui était inacceptable pour un ancien ministre.
Les propos de Me Idriss semblaient en réalité traduire une certaine gêne, car, comme il l’a reconnu devant les médias, il aurait préféré un jugement ce jeudi et une condamnation immédiate de Mahamoud Hafi, or les juges ont accepté la demande de l’avocat de ce dernier en reportant le jugement au 22 octobre. Un mois pendant lequel la mauvaise publicité continuera à se diffuser dans les réseaux sociaux pour la CRC, mais aussi pour Exim Bank.
Dans cette première comparution, Mahamoud Hafi, accusé de diffamation par les dirigeants de faits de la CRC (le Secrétaire Général, Youssouffa Mohamed Belou et la Responsable des Finances, Najda Saïd Abdallah) s’en sort momentanément en obtenant un répit pour organiser sa défense. Son avocat a également soulevé l’idée que l’ancien ministre évoque depuis qu’il a reçu sa convocation : les plaignants n’ont pas pouvoir à agir en justice au nom du parti CRC. Il fait ainsi allusion au fait que leurs mandats sont arrivés à terme depuis le mois d’août 2026. Le juge devrait se prononcer sur cette demande dès le début de la prochaine comparution.
Les messages prudents d’Exim Bank
Ce jeudi 24 septembre, une absence a été remarquée, celle des avocats d’Exim Bank. Pourtant, dans un communiqué daté du 18 septembre et intitulé « Communiqué officiel de démenti », Exim Bank indiquait qu’elle allait « engager les poursuites judiciaires appropriées ». Mais, finalement, il semble que la plainte n’avait pas été introduite.
Par contre, la banque continue à parloter. Elle a organisé le mardi 22 septembre un point de presse, qui par définition, interdit toute question des journalistes « invités ». La Directrice par interim, Charafate Mohamed, a indiqué qu’il n’a jamais existé de compte CRC à Exim Bank. Elle a affirmé que la banque est victime parce qu’elle a été accusée de blanchiment d’argent, or, en réalité, Exim Bank n’a jamais été directement visée par Mahamoud Hafi. Il a accusé les responsables du parti d’avoir fait du blanchiment d’argent entre 2023 et 2025. Il a dit que la CRC était « une machine à laver » et non la banque. Le seul banquier qui a été mis en cause est le Gouverneur de la Banque centrale, Younoussa Imani, accusé d’avoir eu connaissance des mauvaises pratiques (« twabiya mbi ») de la CRC et de ne pas avoir informé le chef de l’État, alors qu’il est membre fondateur de ce parti. Exim Bank semble en panique, parle à tout vent et n’ose même pas se confronter à des questions importantes des journalistes. Or, il aurait été intéressant de savoir si des mouvements d’argent, tels que ceux qui ont été présentés par Mahamoud Hafi dans l’émission « Face à Face » avec Oubeidillah Mchangama sont possibles. La question des relations entre Exim Bank et la CRC doit être posée d’autant qu’on apprend sur le CV de Nour El Fath Azali (LinkedIn), qui a pris le contrôle du parti depuis plus de trois ans, a travaillé dans cette banque de 2016 à 2018 en tant que Responsable de l’audit interne, un poste créé spécialement pour lui.
Quant à la Banque centrale, elle s’est contentée d’apporter son soutien à Exim Bank par un communiqué signé par son Gouverneur, Younoussa Imani, lui-même mis en cause par Mahamoud Salim Hafi. Elle réfute toute hypothèse de blanchiment d’argent et demande à cette banque de continuer ses activités ordinaires.
Silence à la CRC
Un autre fait troublant est le fait que ni les accusés ni les cadres importants de la CRC, y compris Nour El Fath qui dispose d’un groupe étoffé de communicants, n’apparaissent en public pour défendre le parti ou apporter des éléments pouvant mettre en doute les propos de Mahamoud Hafi. C’est le silence complet. Même de la part de ceux qui sont accusés, ce qui n’est pas une habitude pour Youssouffa Mohamed Belou. Par contre, Hamadi Abdou dit Mrimdu, un membre fondateur du parti, très proche de l’ancien ministre Hamada Madi Boléro, a fait un appel public au Chef de l’État, Azali Assoumani, pour interrompre la procédure judiciaire. Celui qui se proclame « Azaliste de la première heure » justifie sa demande par ce qui ressemble à des aveux : « Si la CRC maintient sa plainte, l’expertise judiciaire qui en découlera ne se limitera pas aux apparences. Elle fouillera les serveurs de la période 2023-2025. Le déballage public d’une quelconque société écran ou de comptes intermédiaires gérés par des cadres sonnerait l’enterrement définitif de notre parti et entacherait gravement l’héritage de votre gouvernance. »
Il résume certainement le sentiment d’un bon nombre de cadres historiques du parti, qui se sont vus dépossédés du parti par le fils du Chef de l’État. Mais, il apporte aussi une réponse détournée à la Directrice par intérim d’Exim Bank qui s’est dépêché de proclamer qu’il n’y a jamais eu de compte de la CRC dans sa banque. N’y a-t-il pas des individus qui ont servi d’intermédiaires ? C’est sur ce point que la Banque Centrale aurait été inspirée de mener une enquête. Mais, comment une telle enquête serait possible quand le Gouverneur de la Banque centrale est aussi un éminent membre fondateur du parti CRC, à qui il doit cette nomination ?
Plus qu’une affaire judiciaire, la procédure qui oppose le bureau de fait du parti CRC à Mahamoud Salim Hafi est, dès le départ, une affaire politique. Elle reflète les tensions au sein du parti gouvernemental. Azali Assoumani a donné le contrôle de l’État et du parti CRC à son fils, Nour El Fatah, en sacrifiant ses compagnons de route et en espérant un nouveau souffle avant de passer le tour de la présidence à un fidèle à Anjouan. Mais, le « Renouveau » affiché depuis deux ans par le fils n’a donné aucun résultat probant malgré les moyens mis dans la communication. Le gouvernement fait face à des crises importantes, comme la grève contre la hausse de l’essence, le manque d’eau (particulièrement dans la capitale) et d’électricité, sans parler de la cession du seul aéroport international du pays à des intérêts étrangers, sans que les Comoriens comprennent les contreparties, sinon les nombreux licenciements.
Et le pire, c’est que l’avenir semble bouché. Le chef de l’État ne pouvant reconnaître l’échec de son fils ne peut le mettre de côté et semble privé de toute initiative d’envergure, alors que les anciens attendent en grognant derrière sa porte.














