La cérémonie organisée ce jeudi 17 au palais de Dar Nadjah a mis à l’honneur des jeunes d’Anjouan bénéficiaires du programme Msomo na Hazi. Derrière les attestations et les discours officiels sur l’éducation et l’insertion professionnelle, une question reste pourtant posée : que se passe-t-il pour ces jeunes une fois la formation terminée ?
Par Ahmed Abdallah
Au palais de Dar Nadjah, à Anjouan, l’ambiance était celle des grandes occasions. Ce jeudi, plusieurs jeunes bénéficiaires du programme Msomo na Hazi ont reçu leurs attestations d’apprentissage, marquant officiellement l’aboutissement d’une étape de leur parcours. La cérémonie s’est déroulée sous la présidence du gouverneur de l’île autonome de Ndzuwani, Dr Zaïdou Youssouf, en présence notamment du ministre de l’Éducation nationale, Bacar Mvoulana, des responsables du programme, du Coordinateur de l’action gouvernementale dans l’île, des maires et de plusieurs personnalités politiques et religieuses ainsi que des acteurs engagés dans le développement de la jeunesse.

À travers cette rencontre, les autorités ont voulu mettre en avant les efforts consacrés à la formation et à la préparation des jeunes à leur insertion dans la vie professionnelle et sociale. Un objectif qui répond à une préoccupation bien réelle : permettre à la jeunesse comorienne de disposer de compétences capables de lui ouvrir davantage de perspectives. Mais une formation, aussi importante soit-elle, ne constitue pas toujours une fin en soi.
L’attestation n’est qu’un début
Pour les bénéficiaires, recevoir une attestation représente naturellement une reconnaissance du travail accompli. Celle-ci vient confirmer les connaissances et les compétences acquises durant le parcours de formation. Elle peut également constituer un élément supplémentaire dans la recherche d’un emploi ou dans la construction d’une activité. Mais, entre la salle de formation et le monde professionnel, le passage n’est pas toujours évident.
Une fois la cérémonie terminée, les jeunes devront retourner à leurs réalités quotidiennes. Certains chercheront un emploi, d’autres tenteront peut-être de mettre en place leur propre activité. D’autres encore devront trouver les moyens de continuer à pratiquer ce qu’ils ont appris. C’est précisément à ce moment que commence une autre partie du parcours, souvent moins visible que la formation elle-même : celle du suivi.
La question mérite d’être posée parce que l’expérience de nombreux projets menés dans le pays montre que l’étape qui suit la formation peut parfois être insuffisamment prise en compte. Des jeunes ont été formés par le passé dans différents domaines, mais une fois les sessions terminées, l’accompagnement s’est progressivement estompé. Sans encadrement régulier, sans conseil ou sans moyens permettant de démarrer une activité, certains acquis peuvent finir par rester théoriques. Le problème n’est donc pas forcément la formation. Il se situe dans la continuité qui lui est donnée.
Des discours aux réalités du terrain
La cérémonie de Dar Nadjah a été rythmée par plusieurs interventions. Le directeur du programme Msomo na Hazi a présenté les différentes actions conduites à Anjouan ainsi que les principales réalisations enregistrées en matière de formation et d’insertion des jeunes.
Le ministre de l’Éducation nationale, Bacar Mvoulana, a pour sa part salué cette étape et insisté sur l’importance de la formation dans l’accompagnement des jeunes et le développement de leurs compétences.
Le gouverneur de Ndzuwani, Dr Zaïdou Youssouf, a également rappelé le rôle central de l’éducation dans le développement de la société. Dans son intervention, il a notamment déclaré que « l’éducation, c’est la plume », tout en présentant la jeunesse anjouanaise comme une richesse pour l’île. Ces paroles traduisent une ambition largement partagée : investir dans la jeunesse pour préparer l’avenir.
Mais entre les déclarations prononcées lors d’une cérémonie et la réalité vécue par les bénéficiaires, il existe parfois un espace qu’il faut combler. C’est celui du suivi.
D’après Nouredine Abdallah, présent lors de la cérémonie, les beaux discours et les belles promesses risquent parfois de rester sans lendemain lorsqu’aucun dispositif concret ne permet de prolonger les engagements annoncés. Son inquiétude rejoint une interrogation qui dépasse le seul programme Msomo na Hazi : que deviennent les bénéficiaires des projets une fois que les projecteurs se sont éteints ?
L’enjeu pour Msomo na Hazi
Pour Msomo na Hazi, la remise des attestations peut donc être considérée comme une étape importante, mais pas comme le point final.
Le véritable test se déroulera progressivement sur le terrain, au fil des mois. C’est là que l’on pourra mesurer si les compétences acquises pendant la formation se transforment en opportunités concrètes pour les bénéficiaires.
Cette période pourrait également permettre aux responsables du programme de recueillir les expériences des jeunes eux-mêmes. Leurs réussites, leurs difficultés et leurs attentes pourraient fournir des informations précieuses pour améliorer les prochaines actions.
Il ne s’agit pas de remettre en cause l’intérêt de former les jeunes. Au contraire, l’importance de telles initiatives apparaît précisément dans un contexte où la jeunesse cherche des possibilités de qualification et d’insertion. Mais une politique de formation gagne à être pensée dans la durée. Car le risque, pour les projets successifs, serait de reproduire le même scénario : former, remettre des attestations, organiser une cérémonie, puis passer à une nouvelle initiative sans savoir précisément ce que sont devenus les bénéficiaires précédents.
Après les applaudissements, le terrain
La cérémonie de Dar Nadjah a permis de mettre en lumière des jeunes qui ont franchi une étape importante. Les discours ont rappelé la place de l’éducation et de la formation dans la construction de l’avenir de Ndzuwani.
Reste maintenant le plus difficile : faire en sorte que cet avenir ne s’arrête pas au lendemain de la cérémonie.
La jeunesse anjouanaise représente effectivement une richesse, comme l’a rappelé le gouverneur. Mais cette richesse ne pourra produire pleinement ses effets que si les compétences acquises sont entretenues, valorisées et accompagnées.
Msomo na Hazi vient de franchir une nouvelle étape avec la remise des attestations. Pour les jeunes bénéficiaires, le parcours, lui, ne fait que commencer. Le véritable bilan du programme ne se mesurera donc pas seulement dans une salle de cérémonie, mais dans les parcours professionnels qui se construiront ensuite sur le terrain.















