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Dernières visites de l’UNESCO avant la reconnaissance internationale des médinas des sultanats des Comores

Mots clés: Edition 589Trending
29 juin 2026
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Dernières visites de l’UNESCO avant la reconnaissance internationale des médinas des sultanats des Comores
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La semaine dernière, des délégations de l’UNESCO et de la Fondation ALIPH ont visité plusieurs lieux historiques des Comores en vue de leur inscription au Patrimoine mondial.

Par Fatouma Ali Saïd Abdallah

Sous un soleil de fin de saison sèche, les délégations de la Fondation ALIPH (Alliance Internationale pour la Protection du Patrimoine, installée à Genève) et celle de l’UNESCO achèvent la première phase de leur mission d’évaluation à Ngazidja ce 24 juin. Pendant une journée entière, la délégation internationale a parcouru trois villes emblématiques de l’île : Ntsoudjini, Itsandra et Iconi. L’objectif était de constater, mesurer et écouter, afin de dresser un diagnostic complet des sultanats historiques avant la signature officielle de leur inscription, prévue le 25 juillet prochain en Corée du Sud lors d’une session internationale.

La mission ne s’est pas limitée à Ngazidja. Le lendemain de leur visite sur ces trois villes, les délégations d’ALIPH et de l’UNESCO ont visité Moroni, capitale de l’archipel où une convention a été signée avec la mairie. Après Ngazidja, la délégation a pris la direction d’Anjouan, plus précisément des villes de Mutsamudu et Domoni, pour poursuivre l’évaluation et rencontrer les communautés.

Cette tournée marque le passage entre le travail d’archives et l’action sur le terrain, car ce que défendent les deux organisations aux Comores, c’est un ensemble vivant : des portes, des palais, des places, des chants, des vêtements, des savoir-faire.

Ntsoudjini : la porte, les tombeaux et la mémoire écrite

La mission a commencé tôt le matin à Ntsoudjini, ville perchée au nord-est de Ngazidja. Premier arrêt : le ngome, l’enceinte fortifiée qui structure encore aujourd’hui le cœur de la cité. Les experts d’ALIPH et de l’UNESCO ont observé l’état des remparts, l’usage des matériaux locaux et la manière dont la ville s’est développée autour de ce noyau défensif.

À quelques mètres, la délégation s’est arrêtée devant une porte symbolique et historique. Sobre, massive, elle n’a rien d’ornemental. Elle a été, pendant des siècles, le seul point d’entrée et de sortie de la ville.

« Ce n’est pas n’importe quelle porte. C’est l’unique porte par laquelle toute la population entrait et ressortait. Elle servait de guide et constituait sécurité. Elle permettait à l’époque de savoir qui est sorti et qui est entré dans notre ville », a expliqué un notable aux membres de la délégation.

Cette porte n’était donc pas qu’une structure en pierre. Elle était un outil de contrôle, de protection et de régulation sociale. En période de troubles, elle était fermée. En temps de paix, elle devenait le lieu des arrivées, des échanges et des retours.

La visite s’est ensuite poursuivie dans un secteur moins connu du grand public : dix-sept tombeaux dans un site, dispersés, en partie recouverts par la végétation. L’hypothèse avancée est que ce sont les tombes de guerriers, mais il est impossible de connaître leurs identités.  Pour les experts, ces sépultures représentent un enjeu de documentation à protéger d’urgence, car elles sont vulnérables à l’érosion et à l’oubli.

Dernier point d’arrêt à Ntsoudjini : dans une médina de la ville où subsistent des écritures anciennes. Encore lisibles par endroits, elles forment un témoignage direct de l’histoire écrite locale. « Toujours vivantes », selon les habitants, ces inscriptions relient la ville contemporaine à ses ancêtres lettrés, copistes et chroniqueurs des sultanats.

Itsandra : Citadelle, palais royal et places du pouvoir

Itsandra, au nord-ouest de Moroni. Ici, le patrimoine nous parle d’autorité et d’urbanisme. La délégation a commencé par la citadelle, ensemble fortifié qui domine la ville. Puis elle est entrée dans le palais royal d’Itsandra, monument exceptionnel construit avec des techniques de maçonnerie traditionnelle encore visibles.

Tout au long du parcours, des femmes et des hommes ont animé la visite par des danses traditionnelles. Les percussions, les chants et les pas rythmés ont donné à la visite une dimension vivante. Car à Itsandra, le patrimoine ne se visite pas en silence : il se traverse en musique.

Après le palais, la délégation s’est dirigée vers les mabangwe, les places publiques de la ville. Dans la tradition comorienne, le bangwe n’est pas un simple espace vide. C’est le lieu de la délibération. C’est là que les citoyens se réunissaient pour décider de la guerre ou de la paix, pour régler les conflits, pour organiser la communauté.

Les experts ont noté l’articulation entre le palais, la citadelle et les mabangwe : un système urbain pensé pour faire coexister le pouvoir, la défense et la parole collective. Itsandra illustre donc un modèle d’organisation sociale et politique que l’inscription au patrimoine mondial voudrait reconnaître.

Iconi : La ville des rois, du Fukuni et d’un peuple patrimoine

Iconi est la ville de la mémoire vivante. Et les délégations l’ont ressenti dès leur entrée. Elles ont été accueillies par des femmes et des hommes en habits traditionnels, interprétant chants et danses.

Le moment le plus symbolique a été le passage par la porte Fukuni, une porte historique, chargée de symboles.

« Fukuni, c’est la porte par laquelle passaient les sultans de la ville. C’est la porte par où les guerriers passaient pour aller à la guerre, et par où ils rentraient lorsqu’ils revenaient de la guerre. C’est une porte historique, un patrimoine parmi les patrimoines d’Iconi. », a expliqué l’un des guides locaux.

Faire entrer les hôtes par Fukuni, c’était les inscrire symboliquement dans la continuité des souverains d’Iconi. C’était leur montrer que la ville ne se visite pas seulement par ses monuments, mais aussi par ses passages et ses rites.

Après Fukuni, la délégation a traversé quatorze sites d’Iconi : les ruelles, les maisons en pierres de corail, de portes sculptées et de cours intérieures. Chaque quartier raconte une époque, une famille… les sultanats.

La visite s’est conclue au palais royal Kaphviri Djéwé. C’est dans ce palais qu’ont vu le jour et qu’ont habité plusieurs rois d’Iconi. Ses murs, ses charpentes et sa cour intérieure portent les marques de l’histoire.

Ali Nahouza, maire de Bambao ya Mboini, s’est exprimé en expliquant que « cette visite montre que notre histoire peut parler au monde. Iconi porte la mémoire de plusieurs siècles. Avec l’appui d’ALIPH et de l’UNESCO, nous préparons le 25 juillet en Corée du Sud comme une étape pour faire reconnaître et protéger durablement ce patrimoine. »

Moroni : Une signature pour engager la capitale

Dans la capitale, une signature a eu lieu entre la Fondation ALIPH et la mairie de Moroni, en présence des autorités municipales et des acteurs du patrimoine.

Le maire a déclaré que « la signature d’aujourd’hui engage la commune à protéger ses médinas et à former les jeunes aux métiers du patrimoine. Avec ALIPH et l’UNESCO, nous voulons que la conservation devienne une opportunité pour les artisans et pour la ville. »

Cette signature complète le volet institutionnel de la mission. Elle lie la capitale aux villes visitées et donne à Moroni un rôle de coordination dans la mise en œuvre du plan de sauvegarde.

Anjouan : La mission se poursuit à Mutsamudu et Domoni

Après Ngazidja, la délégation a quitté Moroni pour l’île d’Anjouan. Elle y a mené des évaluations dans les villes de Mutsamudu et Domoni, deux cités historiques dont les médinas, les ports et les fortifications complètent le dossier national.

L’objectif reste le même : vérifier l’état des sites, rencontrer les habitants, recueillir les récits et documenter les savoir-faire pour constituer un dossier complet à présenter en Corée du Sud le 25 juillet.

Pour les villes visitées, la reconnaissance officielle de la communauté internationale sera un engagement à sécuriser les bâtiments les plus fragiles, former des maçons et des artisans, documenter les portes, les tombeaux, les palais et les places, et aussi transmettre les chants, les vêtements et les gestes qui donnent sens à ces lieux.

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