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Mots clés: Edition 584Trending
25 mai 2026
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La leçon de la guerre : réveil nécessaire pour les Comores
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Depuis bientôt un mois, les écoles publiques comoriennes vivent au rythme d’un silence anormal. Un silence lourd. Un silence qui ne traduit ni la paix ni la sérénité, mais l’abandon. Depuis le 17 avril dernier, la grève illimitée de la Fédération des Syndicats de l’Éducation aux Comores (FSEC) paralyse une grande partie du système éducatif national. Les salles de classe, des écoles publiques, demeurent désespérément vides à quelques semaines des examens nationaux. Pendant que les enseignants réclament des droits élémentaires : l’application des avancements, une grille salariale adaptée à l’explosion du coût de la vie, le respect de leur dignité professionnelle. Le pouvoir, lui, semble avoir choisi le mépris, l’attente et l’usure.

Le plus inquiétant n’est plus seulement la grève. Le plus inquiétant est l’indifférence apparente d’un régime qui donne le sentiment de regarder l’effondrement de l’école comorienne comme un simple épisode administratif. Comme si l’avenir de milliers d’enfants n’était qu’un détail secondaire dans un pays déjà étranglé par la pauvreté, le chômage et la défiance institutionnelle.

Depuis des semaines, les enseignants alertent. Ils expliquent que leurs salaires ne suivent plus la réalité économique du pays. Ils dénoncent des carrières bloquées, des promesses jamais tenues, des traitements devenus incompatibles avec les exigences minimales d’une vie décente. Derrière les revendications syndicales se cache une vérité sociale beaucoup plus profonde : l’État comorien n’arrive plus à garantir à ses propres fonctionnaires des conditions de survie acceptables.

Et face à cette détresse, quelle a été la réponse des autorités de fait ? La menace, l’intimidation et les retenues sur salaires. Comme si un enseignant humilié pouvait encore transmettre sereinement le savoir. Comme si l’on pouvait reconstruire l’école par la peur.

Le droit d’aller à l’école

Mais il y a plus grave encore. Alors que le pays traverse l’une des crises éducatives les plus sérieuses de ces dix dernières années, le ministre de l’Éducation nationale est en pèlerinage. Le symbole est terrible. Non pas parce qu’un homme d’État ne devrait pas accomplir son devoir religieux, mais parce qu’au même moment, des milliers d’élèves voient leur avenir suspendu, leurs examens compromis, leurs familles plongées dans l’angoisse, et que l’État donne l’impression de ne ressentir aucune urgence.

Comment comprendre qu’à quelques semaines des examens nationaux, aucune cellule de crise forte, visible et permanente ne soit mise en place ? Comment accepter que les enfants soient laissés à eux-mêmes au point de descendre dans la rue ce mercredi 20 mai 2026 pour réclamer simplement le droit d’aller à l’école ? Voilà où en est arrivé notre pays : des élèves obligés de manifester pour demander ce qui devrait être garanti par la République elle-même.

Quand des enfants quittent les salles de classe pour occuper les rues, ce n’est plus seulement une crise syndicale. C’est le symptôme d’un État qui perd progressivement sa capacité à protéger l’essentiel. L’école n’est pas un secteur parmi d’autres. Elle est le cœur d’une nation. Lorsqu’elle s’effondre, c’est l’avenir collectif qui vacille.

Or ce régime semble fonctionner comme s’il était épuisé politiquement, incapable d’anticiper, incapable d’écouter, incapable de répondre autrement que par le déni ou la répression. Depuis plusieurs mois, les crises se multiplient dans le pays : flambée des prix des hydrocarbures, grèves des enseignants du public (primaire, collège, lycée et université), mouvements des commerçants, colère des transporteurs et des pêcheurs, tensions sociales grandissantes, manifestations de jeunes, dénonciations des violences sécuritaires. Partout, le même sentiment grandit : celui d’un pouvoir déconnecté des souffrances quotidiennes de la population.

Le drame est que cette insouciance gouvernementale finit par banaliser le chaos. Chaque nouvelle crise est traitée comme une simple turbulence passagère, jamais comme le signal d’un malaise national profond. Pourtant, ce que vivent aujourd’hui les enseignants et les élèves dépasse largement les revendications corporatistes. C’est une crise de confiance entre les citoyens et leurs dirigeants, une crise de crédibilité de la parole publique, disons une crise de gouvernance sociale.

Car comment demander aux jeunes de croire en l’avenir lorsque l’école elle-même devient un espace d’abandon ? « Un jeune, un emploi ». Comment parler de mérite, d’excellence ou de patriotisme quand ceux qui forment les générations futures sont méprisés et précarisés ? Comment exiger le calme social alors que l’État semble incapable d’assurer ses responsabilités fondamentales ?

Le plus douloureux reste sans doute le silence politique assourdissant qui entoure cette situation. Peu de compassion, peu d’humilité, peu de remise en question. Comme si le pays s’habituait progressivement à vivre dans la crise permanente. Comme si l’effondrement des services publics était devenu normal.

Mais une nation ne peut survivre longtemps lorsque son école s’effondre. Les Comoriens demandent simplement que les enfants retrouvent leurs classes, que les enseignants retrouvent leur dignité. Car derrière chaque semaine perdue, ce sont des milliers d’élèves qui voient leurs chances compromises. Derrière chaque silence du pouvoir, c’est un peu plus de confiance nationale qui disparaît. Derrière chaque démonstration d’arrogance politique, c’est la fracture entre le peuple et ses dirigeants qui se creuse davantage. Et dans les rues comme dans les familles, une question continue désormais de hanter les consciences : jusqu’où faudra-t-il que le pays s’enfonce avant qu’une véritable réponse politique, sociale et humaine soit enfin apportée ?

Moroni, le 21 mai 2026

AHMED Mohamed alias Ben –Coordinateur Général du ROC

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