La disparition prématurée, le 24 février dernier, de la talentueuse journaliste Binti Mhadjou, partie à la fleur de l’âge, laisse le monde des médias en deuil et prive le public d’une voix prometteuse.
Par Hachim Mohamed
Depuis l’annonce de la mort brusque de la journaliste Binti Mhadjou, survenue le 24 février, les plus chaleureuses marques d’estime, d’amitié, de compassion et de solidarité se sont multipliées affluant du Sénégal, du Cameroun, de France et de partout aux Comores. Ces marques de sympathie permettent de mesurer à quel point cette icône médiatique fut une femme attachante et combien sa perte est immense pour la profession.

Du ministre des Affaires étrangères, Mbae Mohamed au Secrétaire général du gouvernement, Nour El Fath Azali, en passant par le Rassemblement de l’opposition comorienne (ROC), les hommes politiques de tous les bords ont salué la plénitude de la vocation fauchée de la défunte journaliste Binti Mhadjou.
Une carrière toute tracée
Sur son parcours académique, la défunte est passée d’un Institut au Cameroun à l’Institut Supérieur d’Entrepreneurship et de Gestion (ISEG) à Dakar, au Sénégal. À l’instar du journaliste Said Magaga de l’ORTC, interrogé par Masiwa, la défunte Binti Mhadjou et tant d’autres compatriotes sont passés par cet établissement privé de renom, qui possède plus de 20 campus à l’échelle nationale.
À observer les réactions de ses compatriotes suite à cette disparition, on se rend compte que les témoignages de plusieurs journalistes des médias des Comores et même ceux des proches et amis allaient tous dans le même sens. Mais, celui de son collègue à l’ORTC, Said Magaga, qui garde l’image d’une professionnelle qui abattait un travail colossal là où elle passait, porte une touche particulière.
« Binti Mhadjou est arrivée à Dakar en 2013, en provenance de Cameroun pour s”inscrire à l’ISEG. C’était l’époque où j’avais déjà fini mes études en journalisme dans la même école. À l’ORTC, où elle avait effectué son stage après son retour au bercail, après sa formation, elle a gravi les échelons pour devenir présentatrice du journal en langue française. Ensuite, quelques mois plus tard, à ce poste, elle présentait aussi le journal en langue nationale. Par ses qualités, son engagement inébranlable, elle s’est vue promue à des postes de responsabilité dans la boite. Elle fut, entre autres, rédactrice en chef de la télévision », directrice de l’Information chargée de la rubrique politique », raconte Saïd Magaga avec beaucoup d’émotion.
Il passe ensuite à sa nomination en tant qu’attachée de presse au ministère des Affaires étrangères, où son savoir-faire et sa personnalité ont fait qu’elle a été promue conseillère pour les affaires politiques.
Said Magaga raconte qu’une fois au pays, contrairement à d’autres diplômés Binti Mhadjou n’a pas mis de temps pour commencer son métier à l’ORTC, d’abord en tant que stagiaire.
« Personnellement, j’ai eu la chance, à son arrivée à l’ORTC, en tant que débutante dans le métier, d’être le premier journaliste à faire des reportages avec la défunte Binti Mhadjou. Je me souviens, comme si c’était hier, le premier travail de terrain en collecte d’informations, que j’ai eu à effectuer avec elle. C’était un reportage sur les maisons incendiées à Madjadju. Rien qu’en évoquant ce pan de sa vie ensemble, ça me met en émoi… ». Il eut de nombreux autres reportages réalisés avec la défunte Binti Mhadjou, avant sa sortie du journalisme. Et l’émotion déborde chez Saïd Magaga.
Les opportunités de renforcement des capacités du journaliste.
Du côté du ministère des Affaires étrangères, elle avait su diversifier ses compétences, construire un réseau interne et afficher clairement son ambition lors des « évaluations » de sa valeur ajoutée. Selon Aboubacar Abdou M’madi, fonctionnaire dans le même ministère, la défunte Binti Mhadjou a su également par son professionnalisme entretenir de bonnes relations avec les collègues du département des affaires étrangères.
« Je dirais qu’elle était une femme exceptionnelle par sa discrétion et sa sociabilité. Elle avait de l’amour pour son job. Surtout, qu’elle ne mélangeait pas le travail et d’autres choses. », rapporte-t-il.
La regrettée Binti Mhadjou, qui a exercé comme reporter et présentatrice à la télévision nationale avant d’accéder à des postes de direction, a su renforcer son engagement pendant sa carrière grâce aux formations, qui lui ont permis de mieux traiter les sujets sensibles et de renforcer la fiabilité de ses reportages.
Moments d’anthologie
S’agissant de ce côté gratifiant du travail où les dividendes se traduisent par la reconnaissance, le sentiment d’accomplissement et l’apprentissage continu qui renforcent la motivation, deux internautes portés sur l’insolite, ont montré dans leurs commentaires comment la défunte Binti Mhadjou a découvert le sens du métier qui contribue directement à l’épanouissement personnel.
Si, pour l’un, les multi-voyages de la défunte Binti Mhadjou, de Paris a Beijing, de Dakar à Abu Dhabi, Binti Mhadjou ont laissé des empreintes indéfectibles d’une journaliste accomplie et aguerrie des reportages et distinguée par la qualité de l’écriture et la maîtrise de la parole, l’autre admirateur pointe du doigt l’enjeu d’opportunité d’une rencontre avec un journaliste d’un média autre que les organes de la presse comorienne. Il raconte l’entrevue entre la défunte et le journaliste Christophe Boisbouvier, au siège de RFI à Issy-les-Moulineaux. Un moment de bonheur pour la journaliste.














