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La leçon de la guerre : réveil nécessaire pour les Comores

Mots clés: Edition 574Trending
10 mars 2026
Temps de lecture : 5 mins
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La leçon de la guerre : réveil nécessaire pour les Comores
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Le bouleversement mondial provoqué par la guerre opposant Israël, les États-Unis et l’Iran constitue un signal d’alarme pour l’ensemble de la communauté internationale. Au-delà de ses dimensions géopolitiques et militaires, ce conflit met en lumière une réalité que de nombreux pays préfèrent ignorer : la fragilité extrême des économies dépendantes et la vulnérabilité des États qui n’ont pas assuré leur souveraineté stratégique.

Par AHMED Mohamed alias Ben. Le Coordinateur Général du ROC

Les petits États insulaires comme le nôtre ne peuvent pas se permettre de regarder ces événements avec indifférence ou distance. Les Comores, par leur situation géographique et par la structure même de leur économie, font partie des pays les plus exposés aux chocs internationaux. Lorsque les grandes puissances entrent en confrontation, les premières victimes indirectes sont souvent les économies les plus faibles, celles dont la sécurité alimentaire, énergétique et financière dépend presque entièrement de l’extérieur.

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Notre pays importe l’essentiel de ce qu’il consomme : produits alimentaires, carburants, matériaux de construction, équipements industriels et même parfois certains produits agricoles de base. Cette dépendance n’est pas seulement un problème économique. Elle est une question de souveraineté nationale.

Un simple blocage des routes maritimes internationales, une flambée des prix du pétrole ou une perturbation des chaînes logistiques mondiales suffiraient à plonger notre pays dans une crise majeure. Dans un contexte international instable, cette éventualité n’est plus une hypothèse théorique : elle devient un risque réel.

C’est pourquoi la guerre actuelle doit être pour nous une leçon politique et stratégique. Elle nous oblige à poser des questions fondamentales auxquelles nous ne pouvons plus échapper. Où va notre pays ? Comment est-il gouverné ? Quelles sont nos priorités nationales ? Car gouverner un pays ne consiste pas simplement à gérer le quotidien ou à maintenir un pouvoir politique. Gouverner, c’est prévoir. Gouverner, c’est anticiper. Gouverner, c’est programmer l’avenir.

Or, depuis plusieurs années, force est de constater que notre pays manque de vision stratégique claire. Les grandes politiques publiques censées préparer l’avenir sont absentes ou insuffisantes. Les débats nationaux se concentrent trop souvent sur des questions politiciennes, alors que les véritables défis auxquels notre nation est confrontée sont structurels et existentiels.

La première de ces priorités doit être la souveraineté alimentaire.

Un pays qui ne peut pas nourrir sa population dépend de la volonté des autres. Les Comores disposent pourtant de terres agricoles, d’un climat favorable et d’un savoir-faire traditionnel qui pourraient permettre une production bien plus importante qu’aujourd’hui. Il est impératif de relancer une politique agricole ambitieuse, orientée vers l’autosuffisance alimentaire, la modernisation des exploitations et la valorisation des productions locales. Il ne s’agit pas seulement de soutenir les agriculteurs. Il s’agit de garantir la sécurité nationale.

La seconde priorité doit être la souveraineté énergétique

La dépendance quasi totale aux carburants importés expose notre pays à toutes les fluctuations du marché mondial. Le développement massif des énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie) doit devenir une priorité stratégique nationale. Les Comores ont le potentiel pour réduire significativement leur dépendance énergétique, mais cela exige une vision, des investissements et une gouvernance transparente. D’après nos experts, nos eaux territoriales regorgent des hydrocarbures (pétrole et gaz). Il est temps de songer à son exploitation.

La troisième priorité concerne la planification économique et territoriale.

Les États qui réussissent ne laissent pas leur développement au hasard. Ils planifient. Ils investissent dans les infrastructures, dans l’éducation, dans la formation technique et dans la diversification économique. On ne peut pas se limiter à l’aide au développement. Cela tue les initiatives et de surcroit notre économie. Le pays doit sortir d’une gestion improvisée pour entrer dans une logique de programmation nationale à moyen et long terme. C’est le moment idéal de réouvrir le dossier de la décentralisation et de surcroit de l’autonomie des îles-régions pour développer les potentiels insulaires.

Mais cette réflexion ne concerne pas uniquement les autorités actuellement au pouvoir. Elle concerne toutes les composantes de la société comorienne : en première ligne les responsables politiques, ensuite la société civile, les intellectuels, les universitaires, les entrepreneurs, les agriculteurs, les pêcheurs, la jeunesse et la diaspora. L’avenir de notre pays ne peut pas être laissé entre les mains d’un petit cercle de décideurs, qui ne décident rien d’ailleurs, mais qui tirent profit de leur position institutionnelle. Il doit être le résultat d’un débat national profond et sincère. Evitons les solutions faciles qui viennent des fonctionnaires des institutions internationales. Interrogeons nos experts locaux et nos chercheurs universitaires. Ce qui nous handicape aujourd’hui c’est la volonté manifeste d’un régime politique qui encourage et entretient la médiocrité. Hélas.

Nous devons collectivement prendre conscience de notre vulnérabilité économique, alimentaire, énergétique et institutionnelle. Reconnaître cette vulnérabilité n’est pas un signe de faiblesse. Au contraire, c’est la première étape pour construire une nation plus résiliente. L’histoire nous enseigne que les crises internationales sont souvent des moments de révélation. Elles mettent à nu les faiblesses des États mais elles offrent également l’occasion de repenser les politiques nationales.

Le pouvoir de fait actuel doit admettre ses limites et ses insuffisances. Comme disait feu Omar Bongo du Gabon : « finie la récréation, voyons les choses sérieuses ».  Le moment est venu d’engager une réflexion nationale sérieuse sur notre modèle de développement et sur la manière dont notre pays est gouverné. Nous ne pouvons plus continuer à naviguer à vue dans un monde de plus en plus incertain et instable. Nous devons préparer l’avenir de nos progénitures avec lucidité, responsabilité et courage. Car un pays qui n’anticipe pas les crises finit toujours par les subir.

Les Comores doivent donc tirer les leçons du tumulte du monde. C’est n’est plus une question de choix, c’est un impératif. Nous sommes un petit pays, mais notre destin dépend avant tout de notre capacité à nous organiser, à produire, à planifier et à protéger notre souveraineté. Et croyez-moi nous avons les atouts qu’il faut. Il suffit de les mobiliser.

Face aux incertitudes de notre époque, une seule attitude est possible : la vigilance et l’anticipation. C’est à cette condition que notre nation pourra affronter les défis du XXIᵉ siècle et garantir un avenir digne aux générations futures. Ye tareh ndo hakimu.

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