Deuxième partie : La colonie en crise (1880-1914)
La crise sucrière qui frappe Mayotte à partir de 1883 est à la fois mondiale et locale. Luc Legeard montre comment l’île, confrontée à la concurrence de la betterave et à la surproduction mondiale, ne peut soutenir la comparaison avec les grands producteurs de cannes. En 1885, pourtant année de production record avec 3 635 tonnes exportées, les signes d’effondrement sont déjà perceptibles.
Par Younoussa Hassani. Fondateur du mensuel Al-Mashawiri. Étudiant en génie informatique
La crise sucrière et ses conséquences (1883-1890)
Le gouverneur Perrier note en février 1885 : « Au dire des colons, la récolte de la canne aura été désastreuse cette année. Nombre de nos établissements ne feront pas de revenus suffisants pour couvrir leurs frais d’exploitation ». Le 30 avril, il ajoute : « L’avilissement du prix du sucre continue à causer aux habitants et à l’Administration locale les plus vives appréhensions ». Des propriétaires, ne payant plus leurs engagés, voient « diminuer considérablement leurs produits ».

En 1886, le rapport mensuel de février dresse un tableau accablant : « Plusieurs établissements sucriers sont dans un état de déconfiture à peu près irrémédiable ». Six propriétés ont accumulé des retards de paiement de salaires variant entre six et onze mois. Le Trésorier-payeur doit en arriver jusqu’à la saisie pour décider les propriétaires à acquitter leurs impôts. « Il est question de la fermeture de plusieurs usines pour l’année prochaine », écrit-il.
La situation est aggravée par un cyclone dévastateur en avril 1886. Le gouverneur Gerville-Réache se lamente : « Notre petite colonie, en raison de l’état de crise et de malaise où elle se languissait déjà, est mal préparée pour supporter un tel choc ». Les routes, les ponts, les maisons sont détruits. Les plantations sont dévastées. La métropole accorde 100 000 francs d’aide, insuffisants pour enrayer la spirale du déclin.
Les déboisements et la sécheresse (1880-1890)
La crise économique s’accompagne d’une catastrophe environnementale. Luc Legeard consacre plusieurs pages à l’étude des incendies de forêt qui ravagent l’île dans les années 1880. En 1882, six incendies détruisent 350 hectares à Ajangua. Sept incendies ravagent Dembéni. En novembre 1883, un immense incendie détruit 150 hectares à Ajangua.
Le rapport d’une commission forestière, présenté le 13 septembre 1884, établit que sur 35 000 hectares de superficie totale, 4 515 hectares ont été incendiés. Il ne reste plus que 1 420 hectares de forêt, disséminés sur les plus hauts sommets de l’île. Le document est alarmant : « Tout l’avenir du pays est menacé par un ordre des choses funestes ».
Les conséquences sur le régime des eaux sont désastreuses. En 1882, l’aiguade de Mamoudzou est déclarée tarie. La population de Mamoudzou et Choa a beaucoup souffert du manque d’eau ». En 1884, le propriétaire de Dembéni note que « la rosée qui autrefois était si abondante à Mayotte le matin a complètement disparu depuis deux ans sur toute la côte est ». La sécheresse provoque des maladies cryptogamiques et parasitaires. « Le borer, le bouvier, le pou blanc et autres maladies inconnues jadis à Mayotte sont apparus ».
L’administration coloniale : Conseil d’Administration et organisation des quartiers (1846-1896)
Luc Legeard retrace avec précision l’évolution de l’administration coloniale à Mayotte. Le 6 janvier 1846, un Conseil d’Administration est mis en place, composé exclusivement de quatre militaires et fonctionnaires. Il faut attendre 1861 pour que deux colons y soient admis. En 1868, une pétition évoque l’introduction de membres indigènes, mais l’idée est repoussée : ils « auraient besoin encore d’être plus initiés à nos mœurs, à nos habitudes ».
L’arrêté du 11 mai 1866 divise l’île en circonscriptions, chacune dirigée par un fonctionnaire portant le titre de Commissaire de quartier. En 1869, quatre quartiers sont créés : Dzaoudzi, M’tsapéré, Combani, Miréréni. Les chefs de village, choisis « parmi les indigènes les plus responsables et les plus éclairés », sont nommés, mais ne sont pas salariés. Ils peuvent recevoir une concession gratuite de deux à trois hectares au bout de dix ans de bons services.
Le 23 juin 1896, un décret crée le Conseil consultatif, suscitant les protestations des colons. Le rétablissement du Conseil d’Administration n’est accordé qu’en 1899. Luc Legeard note que cette instabilité administrative reflète les hésitations de la métropole quant au statut à donner à cette colonie excentrée.
L’« annus horribilis » de 1898
Le 28 février 1898, un cyclone d’une violence inouïe frappe Mayotte. Le baromètre descend à 735 millimètres. 59 personnes perdent la vie. 600 autres se retrouvent sans abri. Luc Legeard cite le rapport de l’administrateur Louis Mizon : « Ce cyclone a dépassé en violence tout ce qu’il est possible d’imaginer. Les pentes ont été dénudées, même de l’herbe verte. Tous les villages indigènes ont été complètement rasés, cases et arbres… Les cultures de manioc, les plantations de bananiers sont anéanties. Cinq boutres ont coulé. »
Mais ce n’était là, dira Mizon, que « la première des sept plaies dont doit être affligée cette malheureuse colonie ». Les 22 et 23 avril, un nouveau cyclone frappe l’île. À Combani, 1 600 millimètres d’eau s’abattent en 48 heures. Le 8 mai, un tremblement de terre secoue l’île. Louis Mizon écrit au ministre : « J’ai parcouru l’île de nouveau après le cyclone de pluie. Aujourd’hui, mes encouragements ne sont plus écoutés que par résignation. L’espoir, qui au lendemain du premier désastre s’était fait jour, la poussée d’énergie qu’avait provoqué celui-ci, se sont effondrés devant la continuité des malheurs. »
Une épidémie de variole s’ajoute à la catastrophe. En octobre 1898, Louis Mizon établit le bilan : 356 décès dans le quatrième quartier, 172 dans le troisième, 26 dans le second. Seul le premier quartier (Pamandzi et Dzaoudzi) est épargné. Entre mille et deux mille hommes ont disparu.
Troisième partie : Une colonie en quête de statut (1914-1975)
Les rattachements successifs : La Réunion, Madagascar, les Comores (1896-1925)
La crise de 1898 conduit le gouvernement français à s’interroger sur l’avenir de Mayotte. Le décret du 23 janvier 1896, signé par le président Félix Faure, a déjà placé la colonie et les trois autres îles des Comores sous l’autorité du gouverneur de La Réunion. Mais ce rattachement administratif se révèle rapidement artificiel. Luc Legeard cite le rapport du ministre des Colonies Paul Guieysse : « J’ai remarqué que les difficultés des communications entre cette île et nos possessions du même groupe rendaient peu efficaces les mesures de rattachement étroit prises antérieurement. »
Un nouveau décret, le 11 août 1899, redonne une certaine autonomie à Mayotte, qui redevient le chef-lieu de l’ensemble des Comores. Mais la pauvreté des ressources locales limite considérablement sa marge de manœuvre. En 1908, par décret du 9 avril, les quatre îles sont rattachées à Madagascar. Cette décision, prise sur l’initiative du gouverneur général Victor Augagneur, suscite une vive opposition.
Les colons dénoncent l’éloignement : « Les moyens de communication entre Mayotte et Madagascar sont rares et si l’on a pour Mayotte surtout un mois de délai ou d’absence pour avoir une réponse à la moindre démarche à Tananarive, cela augmente encore pour les autres îles ». L’Inspecteur des colonies Hoareau Desruisseaux note en 1899 : “En fait, à vingt jours de la France par le courrier mensuel, les Comores ont des relations plus fréquentes et plus faciles avec la métropole qu’avec Madagascar ».
Le 23 février 1914, un décret supprime l’autonomie administrative et financière de l’archipel, transformé en une simple province de Madagascar. Le Siège est fixé à Dzaoudzi. Ce n’est que par le décret du 25 janvier 1925 que l’archipel retrouve une administration propre, avec un Administrateur supérieur assisté d’un Conseil consultatif.
Mayotte dans la Seconde Guerre mondiale : entre Vichy et la France libre (1940-1943)
Lorsque la guerre éclate, Mayotte se range dans le camp de Vichy. Un rapport politique de décembre 1940 fait état d’une attitude « excellente dans son ensemble » de la population. Les habitants « préfèrent la France aux autres pays colonisateurs surtout aux Allemands, dont les méthodes plutôt brutales, leur font horreur ».
Mais l’isolement est total. Le riz vient à manquer, les tissus et les conserves se raréfient, l’huile est rationnée. Les productions consommables ne peuvent plus être exportées. Seules les essences à parfum sont durablement conservées.
En mai 1942, les Britanniques déclenchent l’opération Ironclad pour empêcher une occupation japonaise de Madagascar. En juillet, des troupes anglaises débarquent à Mayotte. La propagande vichyste dénonce un « nouveau coup de force britannique ». La garnison de Mayotte, rappelle-t-il, était « absolument inexistante » : une simple force de police indigène de 40 miliciens commandés par un gendarme.
En janvier 1943, Mayotte passe du côté de la France libre. L’île devient une base d’hydravions que gèrent les Anglais. Les Catalina et les Sunderland amerrissent sur la rade de Pamandzi. Luc Legeard décrit la vie quotidienne : « Les relations avec les soldats anglais sont cordiales. La population troque des cigarettes contre des vivres frais. Le tabac devient la véritable monnaie d’échange. Le football et le cinéma sont les nouveaux loisirs ».
Le temps des « Chatouilleuses » : la révolte des femmes (1966-1976)
L’un des chapitres les plus marquants de l’ouvrage de Luc Legeard est celui qu’il consacre au mouvement des femmes mahoraises. Le 2 novembre 1958, plusieurs centaines de Mahorais se réunissent à Tsoundzou et fondent le Congrès des notables. Ils protestent contre le transfert du chef-lieu de l’archipel à Moroni et réclament pour la première fois la départementalisation. La crainte est celle de l’autonomie interne, que la loi du 22 décembre 1961 instaure pourtant.
Le déménagement des administrations vers Moroni, effectif à partir de 1962, provoque un profond ressentiment. Luc Legeard décrit la détérioration des conditions de vie : « Les crédits permettant la réalisation des infrastructures, des routes et des écoles, sont de moins en moins affectés à Mayotte. Quand le Gouvernement des Comores commence à restreindre brutalement les envois de riz, de médicaments, de savon, l’île se sent bafouée et abandonnée ».
Fin juillet 1966, des femmes se réunissent devant la Résidence du Conseil du Gouvernement à Pamandzi. Le ministre Ahmed Soihili, originaire de Pamandzi, rejette leur requête. Le 1er août, Saïd Mohamed Cheikh envoie trois ministres pour entendre les doléances. Les femmes exigent alors sa venue en personne. Le lendemain, 500 à 1 000 personnes sont présentes. Le président du gouvernement refuse le dialogue public. La manifestation dégénère. Saïd Mohamed Cheikh est contraint de reprendre l’avion.
Luc Legeard cite les noms de ces femmes : Zaïna Méresse, Watsumu Djaha, Viata Laza, Aïcha Sidi, Fama Moulimou, Coco Djoumoi, Ma Bolé, Zéna M’Déré.
Les incidents se succèdent. Le 4 février 1967, une centaine de manifestants prennent d’assaut la station de l’ORTF à Labattoir. Le 24 février, 31 prévenus sont jugés pour les manifestations. Quatorze personnes sont condamnées à un mois de prison ferme et à six cents francs d’amende. Le 3 août 1967, Marcel Henry constitue sa liste et organise un congrès à la mosquée de Sada. Les membres prêtent serment sur le Coran pour le rattachement de Mayotte à la France.
Quatrième partie : La départementalisation et ses défis (1975-2023)
Les référendums et l’indépendance des Comores (1974-1976)
Le 22 décembre 1974, une première consultation sur l’indépendance des Comores est organisée. À Mayotte, le « non » l’emporte à 65,30 %. De leur côté, les électeurs des trois autres îles votent à 94,56 % en faveur de l’indépendance. Le 6 juillet 1975, Ahmed Abdallah proclame unilatéralement l’indépendance des Comores. Marcel Henry n’a d’autre recours que de placer « Mayotte sous la protection de la France ».
Le 21 novembre, le nouveau dirigeant comorien Ali Soilih se rend à Mayotte, accompagné d’une centaine de partisans, pour entreprendre « une marche rose » destinée à convaincre les habitants de se rallier. Il doit quitter l’île sous les quolibets et les jets de pierre. Luc Legeard note que la France, embarrassée, entérine le fait qu’un mouvement politique s’insurge à Mayotte au nom du maintien dans l’ensemble français.
Le 17 décembre 1975, le Parlement français vote l’indépendance d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore, effective au 1er janvier 1976, et décide d’organiser à Mayotte un nouveau référendum. La question est claire : « Désirez-vous que Mayotte demeure au sein de la République française ou devienne partie de l’État comorien ? » 17 845 personnes sur 17 949 votants choisissent le bulletin jaune. L’indépendance est massivement rejetée, à 99,4 %.
Un second référendum, organisé le 11 avril 1976, porte sur le statut futur de l’île : « Souhaitez-vous que Mayotte conserve ou abandonne le statut de territoire d’Outremer ? » Le Mouvement Populaire Mahorais (MPM) de Marcel Henry fait éditer un troisième bulletin, partisan du département. Le résultat est sans appel : les Mahorais optent pour la départementalisation.
Une lente mise en œuvre (1976-2011)
La départementalisation ne se fait pas en un jour. La loi du 22 décembre 1979 précise que Mayotte fait partie de la République française et ne peut cesser d’y appartenir sans le consentement de la population. Mais l’écart entre les promesses et la réalité est considérable.
Luc Legeard dresse un bilan sévère de ces années d’attente. En 1981, 67 villages sur 70 n’ont pas l’électricité. En 1976, seuls quatre villages disposent de l’eau courante. Les premières écoles maternelles publiques n’ouvrent qu’en 1993. En 1986, 55 élèves sur 248 candidats obtiennent leur passage en 6e, soit à peine 10,6 %. En 1989, ils sont 611.
En 1996, à la demande du ministre des DOM-TOM, Jean-Jacques de Peretti, le préfet François Bonnelle préside un groupe de réflexion sur l’avenir institutionnel de l’île. Le rapport, rendu en décembre 1998, identifie les défis à relever : l’identité mahoraise, la question démographique, la révision de l’État civil, le problème de l’emploi, l’élimination des bidonvilles. Mais les recommandations ne seront pas toujours suivies d’effets.
Le 31 mars 2011, Mayotte devient officiellement le 101e département français et le 5e département d’outre-mer. Daniel Zaïdani est élu président du Conseil général. L’île accède au statut de région ultrapériphérique de l’Union européenne en janvier 2012.
Les crises sociales du XXIe siècle (2011-2023)
Luc Legeard consacre une large place aux crises sociales qui ont marqué Mayotte depuis la départementalisation. En 2011, une grève générale de 44 jours paralyse l’île. Le mouvement, déclenché le 26 septembre contre la vie chère, provoque de violentes manifestations. Le 19 octobre, Ali Anziz, un manifestant, trouve la mort dans un affrontement avec les forces de l’ordre au rond-point de la barge. Le 31 octobre, 6 000 personnes assistent à son enterrement à M’tsapéré. Le protocole de sortie de crise, signé le 9 novembre, prévoit des baisses de prix sur la viande de bœuf, la tonne de sable et le gaz.
En 2016, de nouvelles grèves éclatent. L’île est totalement bloquée en avril. Le 15 avril, un Européen, Christophe Brousset, est assassiné par un voleur à Kawéni. Une marche blanche rassemble 800 personnes le lendemain. Le mouvement, qui réclame l’égalité républicaine, aboutit à des mesures : 50 millions d’euros pour combler le déficit des communes, un plan « Sécurité pour tous » comprenant une douzaine de mesures.
En 2018, la grève générale reprend. Le 22 mars, Annick Girardin, ministre des Outremers, est bloquée au barrage du Four à chaux. Le 15 mai, un séisme de magnitude 5,8 provoque une psychose. En 2021, le mouvement des gilets jaunes touche aussi Mayotte. Le 8 décembre, le gendarme Yannick Puech est grièvement blessé lors d’affrontements.
La pandémie de Covid-19 à Mayotte (2020-2022)
L’épidémie de coronavirus frappe Mayotte avec une violence particulière, en raison de la pauvreté des infrastructures sanitaires. Luc Legeard reconstitue au jour le jour la progression de la pandémie. Le 12 mars 2020, les premiers cas sont détectés. Le 23 mars, le tribunal de Mayotte est fermé. Le 24 mars, trente cas sont déclarés. Le 25 mars, Mansour Kamardine rappelle sur France Inter que le nombre de médecins est inférieur de quatre fois dans le public et vingt fois dans le privé par rapport à l’Hexagone.
En mai 2021, le variant sud-africain circule massivement. 70 % des contaminés en sont atteints. L’hôpital est saturé. Le préfet Jean-François Colombet annonce un nouveau confinement. En août 2021, 93 191 personnes ont reçu au moins une dose de vaccin, soit 33 % de la population. En septembre 2022, 140 158 personnes ont reçu au moins une première dose (78 % de la population).
La crise de l’eau et l’opération Wuambushu (2022-2023)
La crise de l’eau est devenue, à la fin de la période couverte par l’ouvrage, la question la plus sensible. En septembre 2023, la retenue collinaire de Combani n’est plus remplie qu’à 12 %, celle de Dzoumogné à 7 %. L’eau est déclarée non potable dans plusieurs villages. Le 8 décembre, la Première ministre Élisabeth Borne se rend à Mayotte et annonce la prise en charge des factures d’eau par l’État.
En avril 2023, le gouvernement lance l’opération « Wuambushu » (le réveil en shimaoré) pour démanteler les bidonvilles et lutter contre « l’immigration clandestine ». Luc Legeard analyse les tensions suscitées par cette opération. Le président comorien Azali Assoumani dénonce une atteinte à la souveraineté comorienne.
Conclusion : Une île entre permanences et mutations
En conclusion de son ouvrage, Luc Legeard dresse un bilan nuancé du parcours de Mayotte depuis la colonisation jusqu’à la départementalisation. Il insiste sur la continuité des problèmes structurels qui traversent l’histoire de l’île.
« On constatera que les problèmes d’aujourd’hui existaient déjà hier », écrit-il dans son avertissement. « Ainsi le problème de l’eau, de l’immigration, des communications. Sur une île, les difficultés sont récurrentes. Elles ont seulement, avec le temps, changé d’échelle ».
Cette permanence des défis ne doit pas masquer les transformations profondes qu’a connues Mayotte. La population est passée de 2 900 habitants en 1843 à 32 607 en 1966, 94 410 en 1991, 212 645 en 2012, pour dépasser les 310 000 habitants en 2023. La densité atteint 690 habitants au km². 55 % de la population a moins de 20 ans. L’île a connu une explosion démographique sans précédent.
Les indicateurs de développement restent préoccupants. 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. 66 % des Mahorais vivent dans des quartiers difficiles, contre 8 % en moyenne nationale. Le produit intérieur brut par habitant est de 9 300 euros contre 28 300 en métropole. 10 000 enfants n’ont pas accès à l’école.
Pourtant, Luc Legeard refuse le pessimisme. « Les statuts se sont succédé sans jamais devenir pérennes, jusqu’à ce que le dernier d’entre eux ait fait accéder ce « confetti de l’Empire » au statut de département. Fait unique dans l’histoire ». La départementalisation, si elle n’a pas résolu tous les problèmes, a marqué l’aboutissement d’une revendication portée par des générations de Mahorais.














