Moroni, l’hôpital Al-Maarouf est à l’arrêt depuis le 9 mars 2026. Le personnel en grève dénonce des conditions de travail « désastreuses », l’absence de couverture santé, des dossiers de retraite non régularisés, des primes de garde trop faibles et une inégalité salariale. Face au mouvement, la direction de l’hôpital Al-Maarouf a acté le licenciement des grévistes et refuse le dialogue.
Par Fatouma Ali Saïd Abdallah
L’hôpital Al-Maarouf est à l’arrêt depuis le 9 mars. La direction a décidé de licencier les meneurs de la grève qui paralysent l’établissement et refusent toute négociation. En face, les grévistes maintiennent cinq revendications et alertent sur des conséquences graves pour les patients.

La décision de la direction est « déjà prise et reste inchangée », a souligné Zainoudine Ahamada, technicien en imagerie médicale, porte-parole du syndicat et vice-président du comité constitué par les contractuels, interrogé par Masiwa. Les grévistes demandent l’abandon des licenciements et l’ouverture d’un dialogue. Une proposition que la direction refuse catégoriquement.
La grève, entamée il y a plus de six semaines, bloque l’accès aux soins pour des milliers de patients. Les services d’urgence, la maternité, la chirurgie et les consultations externes tournent au ralenti. Seul un service minimum est assuré par de jeunes stagiaires et quelques volontaires recrutés après le début du mouvement. Cette situation inquiète les familles qui ne trouvent plus de prise en charge adaptée dans la capitale.
Sur place, des témoignages font état d’une désorganisation. Un patient anonyme affirme avoir dû guider de jeunes stagiaires recrutés en renfort. « On m’a demandé comment on prépare une perfusion, alors j’ai expliqué », confie-t-il. D’autres malades hospitalisés racontent devoir attendre plusieurs heures avant d’obtenir un soin de base. Les proches sont parfois sollicités pour aider aux tâches techniques, faute de personnel qualifié disponible dans les services.
Des contractuels pour casser la grève
Plus grave : une mère de famille rapporte les confidences de sa fille, sage-femme à l’hôpital Al-Maarouf. Selon elle, trois nouveau-nés seraient décédés dans des couveuses. Elle met en cause le manque d’expérience des nouvelles sages-femmes recrutées après le début du mouvement. Ces informations n’ont pas pu être vérifiées de source indépendante. Contactée, la direction n’a pas donné suite. Plusieurs familles rencontrées devant la maternité expriment leur angoisse et disent redouter de venir accoucher dans l’établissement. Elles évoquent un climat de peur et d’incertitude qui pousse certaines femmes à chercher d’autres structures, souvent éloignées et coûteuses.
Le mouvement lancé le 9 mars s’appuie sur cinq points. Les grévistes dénoncent d’abord des conditions d’exercice « désastreuses » : vétusté des locaux, manque de matériel de base, surcharge de travail. « Le quotidien met en danger agents et patients », alerte Zainoudine Ahamada. Le syndicat exige un plan d’urgence pour rénover et équiper.
Selon le porte-parole du syndicat évoque la deuxième revendication des grévistes : la couverture santé. Le personnel réclame une mutuelle fonctionnelle avec un accès réel aux pharmacies. Aujourd’hui, beaucoup avancent les frais ou renoncent aux soins. Des agents témoignent avoir contracté des dettes pour se soigner ou soigner leurs enfants. La prise en charge promise n’est pas effective dans les officines partenaires, ce qui crée un sentiment d’abandon.
Il en vient au troisième point dans les revendications : la retraite. Une partie des agents n’est pas inscrite à la caisse de retraite. Des années de cotisation manquent. Les syndicats demandent une régularisation immédiate et le versement des arriérés. Des infirmiers et techniciens proches de la retraite découvrent des carrières incomplètes. Ils craignent de ne pas percevoir de pension malgré des décennies de service.
La direction refuse toute négociation
Le porte-parole poursuit avec le quatrième point : les primes de garde, jugées trop faibles pour les nuits et les week-ends. Les grévistes estiment qu’elles doivent être revalorisées pour compenser la pénibilité. Les équipes assurent des tours de garde de douze heures sans matériel suffisant et avec des effectifs réduits. La prime actuelle ne couvre pas, selon lui, les risques ni la charge de travail.
L’équité salariale est la dernière revendication évoquée par le porte-parole. Les contractuels veulent l’alignement de leur traitement sur celui des fonctionnaires à poste et ancienneté équivalents. À tâches égales, l’écart de rémunération crée des tensions entre collègues. Des sages-femmes et des techniciens contractuels disent accomplir les mêmes actes que les titulaires pour un salaire inférieur de près de moitié.
Depuis l’annonce des licenciements, le climat s’est tendu. Les grévistes organisent chaque jour des assemblées générales. Ils disent vouloir maintenir la pression jusqu’à l’ouverture de négociations. La direction de l’hôpital, de son côté, s’appuie sur les nouvelles recrues pour assurer un service minimal. Aucune médiation n’a été engagée par le ministère de la Santé à ce jour. Les tentatives de rapprochement menées par la société civile il y a quelques jours n’ont pas abouti.
Dans un communiqué écrit, la sécurité civile a souligné qu’elle organisera une marche pacifique cette semaine et un sit-in devant l’hôpital pour dénoncer cette situation qu’elle juge « inacceptable ». Des organisations de la société civile préparent aussi des actions pour exiger une solution rapide.














