Par un décret du 6 août 2024, le chef de l’État, Azali Assoumani, a confié à son fils Nour el Fath Azali la direction réelle du parlement, des ministères, de l’administration et des sociétés d’État. Un contrôle total de l’État comorien. Il lui a également confié le loisir de nommer qui il veut dans les entreprises publiques, mais aussi d’en contrôler les stratégies. Il a sous sa coupole la direction du plan, et même la gestion du parc automobile. La fonction de Secrétaire Général du Gouvernement (SGG) avait été détournée de son rôle pour contenter le fils du chef de l’État.
Par MiB
En réalité, après plus d’un an et même après quelques mois d’exercice, au vu des recrutements au sein du Secrétariat général, on s’est vite aperçu que celui qui laissait entendre qu’il avait de nouvelles méthodes ne jurait plus que par la communication. Il s’est entouré de nombreux communicants, comme son père auparavant, pour essayer de cacher les erreurs et se présenter toujours sous le plus beau profil. Azali Assoumani pensait qu’il pouvait cacher ses impasses et ses mauvaises actions par les écrits et les belles vidéos de l’équipe de communication de Beit-Salam, il s’est aperçu que les draps blancs que cette dernière posait soigneusement sur le sang et les chaires suppliciées dans les camps militaires ne suffisaient pas.

À présent, on se rend compte que les images produites par l’équipe de communicants engagés par Nour el Fath Azali ne parviennent pas non plus à dissimuler les échecs, directement ressentis par le Comorien dans son quotidien. La réalité revient au galop. Que ce soit sur le point de vue économique ou même des services basiques, l’amélioration est peu perceptible et l’on voit des blocages un peu partout (eau, électricité, licenciés de l’aéroport, paiement des professeurs d’université, investisseurs, chômage des jeunes…). Mais, le fils d’Azali se présente comme un irresponsable. Il cherche à faire comprendre que de tous ces blocages, il n’est responsable de rien.
Au vu de son contrôle total de l’administration, la réforme des horaires de travail ne pouvait se faire sans son accord, pour ne pas dire sans sa direction. Pourtant, cette réforme, refusée par la quasi-totalité des fonctionnaires dans un silence assourdissant, semble orpheline : aucun ministre, et encore moins un membre du « gouvernement fantôme » constitué par le Secrétariat Général ne la revendique. Pire, lorsqu’il a fallu décaler l’heure de la prière de vendredi pour rendre celle-ci conforme à la réforme des horaires de l’administration, le fils du chef de l’État a même osé écrire que ce changement avait été décidé par le muftorat et que le gouvernement ne faisait que l’appuyer. Alors que le Mufti lui-même avait expliqué que sa fatwa à ce sujet était guidée par la volonté de satisfaire le chef de l’État ou encore qu’à l’origine il y avait une demande du ministre de la Fonction publique. Une demande qui ne pouvait pas être faite sans l’aval du SGG.
L’État, les affaires de l’État ne sont pas des jouets que l’on peut offrir à son fils, sans conséquences. Or, dans la situation des Comores aujourd’hui, si l’on constate la mort de toute vie politique, symbolisée par la neutralisation de l’Assemblée et des Gouvernorats, on a également cette étrange sensation de voir des enfants en train de jouer sur un terrain non limité, sous les ordres d’un chef, ivre de sa toute-puissance. Comme dans « Sa majesté des mouches », ils peuvent casser et même tuer s’ils veulent, il n’y aura aucune conséquence. Ce ne sont que des enfants.
C’est le fils qui, au lieu d’assumer ses erreurs, se cache ou comme pour le cas du décalage de la prière du vendredi, s’écrie : « Ce n’est pas moi, c’est l’autre ». Il est vrai qu’aux Comores, les parents ont tendance à infantiliser leurs enfants, même à l’âge adulte, et qu’on est dans le pays de l’éternelle jeunesse, mais à plus de 40 ans, normalement, on a atteint depuis longtemps l’âge de la maturité et de la responsabilité.
Le Secrétaire Général du Gouvernement, fils du chef de l’État, fait partie de ces personnes qui nous ont joué cette « comédie des sauveurs » qui font croire qu’ils avaient la possibilité de travailler ailleurs, mais qu’ils ont préféré venir sauver leur pays, alors qu’en réalité, ils comptent sur le pays, par un moyen ou un autre, même le plus malhonnête, pour les sauver. Malheureusement, dans le cas de Nour el Fath Azali, la volonté de ses parents de continuer à croire qu’il est un génie risque de tuer le pays. Son père aura beau éloigner les meilleurs serviteurs de l’État pour ne pas qu’ils lui fassent de l’ombre, il n’a pas l’entendement politique, il ne comprend pas le pays et il ne fera pas de miracles, juste des illusions, s’il ne mène pas le pays à la catastrophe.
À relire :
- « De quels pouvoirs hérite le fils Azali », MiB (Masiwa n°493, 19 août 2024)
- « La fatwa du mufti remise en cause », MiB (Masiwa n°552, 6 octobre 2025)
- « Administration comorienne : la nouvelle grille horaire passe mal », Hachim Mohamed (Masiwa n°552, 6 octobre 2025)















