Né d’un simple “coup de tête”, le festival Médina célèbre cette année ses 20 ans d’existence. Son fondateur, Mansoib Mohamed Alias Pompidou revient sur une aventure inédite, née de la volonté de donner à Anjouan une place sur la scène musicale régionale.
Propos recueillis par Ousseni Mahamoud
Cette année, pour ses vingt ans, le Festival Médina se déroule entre Ouani et Mutsamudu les 15 et 17 juillet avec des jeunes et de grands artistes confirmés.
Une idée impulsive, un projet structurant
« Je ne suis ni mélomane ni artiste », confie d’emblée le fondateur du Festival Médina, Mansoib Mohamed alias Pompidou. Et pourtant, c’est bien lui qui a imaginé, lancé, et porté cet événement musical majeur aux Comores. C’est “sur un coup de tête”, dit-il, que l’idée de créer un festival a germé. « Je voulais qu’Anjouan, à l’image des autres îles, puisse accueillir un événement d’envergure. »
L’ambition était triple : faire rayonner Anjouan, offrir un espace de divertissement et de rencontre pour la jeunesse, et surtout, faire naître un festival durable.
Pourquoi « Médina » ? Une référence patrimoniale ?
Le nom du festival, Médina, n’a rien d’anodin. Il s’inspire de l’architecture arabe traditionnelle héritée des Chiraziens, visible notamment à Domoni, Mutsamudu ou encore Moroni.
Le mot a été proposé par feu Ali Chéri, à qui le fondateur rend un hommage appuyé, tout comme à Radio Dzialandzé, acteur local ayant soutenu l’événement dès ses débuts.
Deux décennies de défis et de moments forts
Le parcours du festival est jalonné d’étapes marquantes à commencer par la première édition en 2005. En 2011, c’est la première participation remarquée de l’artiste Wawa qui marque les esprits. En 2018, c’est une année critique. En effet, l’événement frôle l’annulation faute de financement. Et enfin en 2023, c’est une édition brillante avec Goulam et Zily, malgré de lourdes contraintes logistiques.
Vingt ans plus tard, le fondateur se dit “très satisfait” et fier du chemin parcouru : « C’est une première aux Comores. Une telle pérennité mérite d’être saluée. Médina est aujourd’hui une institution. »
Le festival est devenu un tremplin pour les artistes locaux. Il n’est pas seulement une scène musicale, mais aussi un véritable catalyseur de carrières. Grâce à lui, plusieurs artistes comoriens ont pu se produire dans les autres îles de l’océan Indien. Ce fut le cas pour feu Papa l’Amour, à La Réunion (2006) puis à Mayotte (2008), Ouvoimoja, au festival de Koungou (2015), Les Watoro, au festival Milatsika à Chikoni-Mayotte (2019 et de nouveau programmés pour l’édition 2025)
Le festival se positionne désormais comme l’un des grands rendez-vous culturels de l’océan Indien.
Un public intergénérationnel fidèle
Ce qui distingue Le Médina Festival, c’est aussi la diversité de son public : jeunes, adultes, familles… tous les âges sont représentés et répondent présents, édition après édition.
Des difficultés persistantes, mais surmontées
Comme pour tout événement de cette ampleur, les obstacles ne manquent pas. En première ligne : le financement, souvent retardé, parfois même débloqué après l’événement.
La sélection des artistes repose sur leur disponibilité, leur notoriété, mais aussi les retours du public, recueillis à travers des sondages informels.
Une édition 2025 exceptionnelle
Dans le domaine de l’organisation, la particularité de cette année a sans doute été le déplacement de la sonorisation depuis Madagascar, un défi logistique supplémentaire, mais réussi.
L’ouverture du Festival s’est faite cette année à Ouani, avant de se poursuivre à Mutsamudu. De grands noms de la musique des quatre îles étaient présent à Anjouan à l’instar de Sourette, Baco Ali et Narice.
Et le bilan est sans appel : « L’édition anniversaire des 20 ans est un succès incontestable. Les images, les réactions, les témoignages des festivaliers en sont la preuve. C’était tout simplement magnifique, à Ouani comme à Mutsamudu. »
Le fondateur adresse ses remerciements chaleureux au public, ainsi qu’aux partenaires : YAS, ACADIE, l’Ambassade de France, le gouvernement comorien, et particulièrement le ministère de la Jeunesse et de la Culture.
Médina, festival né d’un rêve simple, est aujourd’hui un symbole de la créativité, de la résilience et de la fierté anjouanaise.














