Le gouvernement français avait promis aux élus de Mayotte de faire avancer le dossier de l’intégration de Mayotte au sein de la COI lors du Ve sommet des chefs d’État et de gouvernement. Finalement, le président français est reparti bredouille face à l’opposition des autres États.
Par Mib
Habituellement, dans les rencontres internationales, les questions les plus importantes ne sont abordées en public par les chefs de l’État que si les diplomates ont trouvé des solutions. Il était donc particulièrement étonnant de voir le président français, Emmanuel Macron, aborder la question de l’intégration de Mayotte au sein de la Commission de l’Océan Indien (COI) publiquement, même si ce fut à la toute fin de son discours. Cela traduit sans doute l’état de tension dans laquelle s’est déroulé le Ve sommet des chefs d’État et de gouvernement à Madagascar.

Pourtant, la question de l’intégration de Mayotte avait bien été abordée entre les chefs de l’État dans les coulisses et elle a crispé quelque peu les échanges. Elle avait aussi été traitée quelques jours auparavant par les diplomates lors du Conseil des ministres de la COI aux Seychelles. À l’issue de ce Conseil, le ministre des Affaires étrangères comoriennes, Mbaé Mohamed, avait résumé la position traditionnelle des Comores par un post sur X : « J’ai fermement rejeté la motion française sur l’intégration de Mayotte à la COI. Mayotte est comorienne conformément à la résolution de l’ONU du 12/11/1975. La COI est une organisation d’États souverains, non des îles de la région ».
La position comorienne se base sur les résolutions de l’ONU, qui dès 1975 condamne la présence française à Mayotte. Elle se base également sur un fait que vraisemblablement la diplomatie française, poussée par certains élus maorais ne veut pas regarder en face : la COI n’est pas une organisation des îles de l’océan indien, mais des États. Il résulte de ce constat qu’aucun État ne peut être représenté plusieurs fois, car à ce petit jeu, ce sont les Seychelles, avec leur centaine d’îles qui sortiraient gagnants. La diplomatie française aime à dire que ce sont les Comores qui s’opposent à l’entrée de Mayotte, mais aucun des autres États ne peut aller à l’encontre de la Charte et donc n’a signalé un jour être favorable à une telle éventualité. Pourquoi d’ailleurs des États comme Maurice et Seychelles accepteraient que la France, seule, soit représentée deux fois au sein de la COI ?
Pourtant, c’est dans une ambiance bon enfant que le président Macron a commencé son discours, semblant même avoir adopté le langage d’Azali Assoumani : « Et permettez-moi de féliciter le président Azali, mon cher frère… ». Mais, ces amabilités pouvaient indiquer que de fortes divergences étaient apparues. Il a passé en revue les thèmes au programme de ce sommet des chefs d’État : sécurité alimentaire, sécurité maritime, gestion des risques naturels (Chido, Garance), puis la nécessité de l’intégration de l’ensemble des îles dans la coopération régionale. Et c’est à ce moment-là qu’il a prononcé la phrase demandant l’intégration de Mayotte, non pas au sein de la COI, mais dans les programmes menés au sein de l’organisation. Il en appelle à l’amitié et à la solidarité qui, selon lui, caractérisent la COI pour dire qu’on ne peut pas laisser de côté Mayotte.
Cette demande nuancée a été qualifiée de « provocation par le chef de l’État comorien. Il a tenu à y répondre, sans équivoque, en s’adressant à son « cher frère, Emmanuel Macron ». Azali Assoumani a lui aussi résumé d’une autre manière la position traditionnelle de la diplomatie comorienne qui se base sur le droit international. « Je dois rappeler ici mes chers frères, puisque nous parlons de droit (…) que l’ADN de la COI c’est le respect du droit international. Ainsi, en vertu du droit international, l’île de Mayotte est une île comorienne. Nos pays en sont les témoins et à plus forte raison la France qui est membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. »
À en juger par le flot des applaudissements qui ont accompagné et suivi le discours du chef de l’État comorien, ses propos étaient très partagés par les différentes délégations.
En réalité, si on laisse de côté ses pitreries (la référence à son « professeur, Louis de Funès), le chef de l’État des Comores a donné une leçon de droit international. Ce n’était pas une découverte pour la diplomatie française ni pour le président Macron. Mais, peut-être pour les élus maorais (dont l’une a même évoqué la possibilité pour la marine française d’aller bombarder les Comores) ou les hommes politiques qui se situent à l’extrême droite en France qui se plaignent régulièrement du fait que la France ne puisse pas faire ce qu’elle veut sur la question de Mayotte. Et peut-être encore aux docteurs en droit international qui ignorent le fonctionnement de l’ONU et particulièrement du Conseil de Sécurité.
En effet, lorsqu’Azali Assoumani a rappelé que la « question de l’île comorienne de Mayotte » (pour citer la terminologie onusienne) fait l’objet de nombreuses condamnations de la France, mais surtout d’une décision du Conseil de Sécurité (prise à l’unanimité en octobre 1975) et qui, en réalité, a tranché sur les frontières des Comores, en y incluant Mayotte. À cette époque, au sein du Conseil de Sécurité, tandis que les membres discutaient et tranchaient sur l’unicité du peuple comorien dans les quatre îles, puis sur les frontières, la France n’a pas trouvé utile de revendiquer Mayotte, ni de mettre son veto avant le vote à l’unanimité du conseil de sécurité. Le représentant français s’est contenté d’aller attendre devant la porte la fin du vote. Azali Assoumani avait donc beau jeu de rappeler au président Macron et à sa délégation qu’en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité la France était garante de l’application des décisions de cet organe. Comment peut-elle faire fi d’une décision du Conseil de Sécurité et de la vingtaine de résolutions de l’ONU sur Mayotte sans entacher sa crédibilité quand elle exige que d’autres pays se conforment aux décisions de l’ONU ?
Azali a aussi rappelé aux autres États membres qu’ils étaient aussi partie prenante des résolutions qu’ils votent au sein de l’Assemblée générale de l’ONU, ce dont a été incapable de faire la diplomatie comorienne en 2011, lorsque Mayotte devenait une région périphérique, alors qu’il aurait suffi de convaincre un seul des 27 États de l’Union européenne de se conformer à son vote à l’ONU (tous ont voté les résolutions affirmant l’appartenance de Mayotte aux Comores). Cette fois, sur la question de l’entrée de Mayotte dans la COI, aucun autre État n’en a parlé, comme si ce n’était pas un sujet.















