Les répercussions de la crise au Moyen-Orient, marquée par les tensions et les affrontements opposant les États-Unis, Israël et l’Iran, bouleversent profondément l’équilibre économique mondial. Cette guerre, aux conséquences géopolitiques et énergétiques considérables, affecte aussi bien les grandes puissances que les pays les plus pauvres. Face à cette crise pétrolière mondiale, chaque État tente de trouver des solutions immédiates afin d’atténuer les effets de la hausse brutale du prix du carburant.
Par Abdourahim Bacari
Comme partout ailleurs, les Comores n’échappent pas à cette réalité. Le gouvernement comorien a décidé d’augmenter considérablement le prix des carburants. Le litre d’essence est passé de 750FC (1,50€) à 1000 francs comoriens (2€), tandis que le gasoil est passé de 650FC (1,30€) à 950FC (1,80€). Une hausse avoisinant les 50%, imposée soudainement à une population déjà fragilisée par la précarité économique et le coût élevé de la vie.

Cette décision a provoqué une colère légitime au sein de la population comorienne. Car derrière les chiffres et les discours administratifs se cache une réalité sociale extrêmement dure : plus de 90 % des Comoriens vivent dans des conditions économiques difficiles et luttent quotidiennement pour survivre. Beaucoup peinent déjà à nourrir leur famille, payer les frais scolaires de leurs enfants ou encore accéder aux soins médicaux les plus élémentaires.
Pourtant, au lieu de chercher des solutions structurelles et équitables, le gouvernement a choisi la facilité. Le Secrétaire général du gouvernement, Nour El Fath Azali, a proposé aux syndicats des chauffeurs de taxi d’augmenter à leur tour les tarifs du transport afin de compenser la hausse du carburant et continuer leurs activités. Une proposition simpliste et profondément déconnectée des réalités sociales. En d’autres termes, le gouvernement augmente les prix, puis demande aux travailleurs de faire de même, sans jamais réfléchir aux conséquences dramatiques que cela aura sur les citoyens les plus pauvres.
Cette crise révèle le véritable visage du régime. Elle met en lumière une classe dirigeante qui semble totalement ignorante ou indifférente à la souffrance quotidienne des Comoriens. Pourtant, ce sont ces mêmes citoyens qui financent l’État à travers leurs impôts et leurs sacrifices permanents. Le gouvernement sait parfaitement que les salaires des fonctionnaires comoriens sont extrêmement faibles. La majorité d’entre eux gagnent entre 50 000 FC (100 €) et 150 000 FC (300 €) par mois.
Or, ces fonctionnaires utilisent quotidiennement les taxis pour se rendre au travail. Comment un employé gagnant 50 000 FC peut-il supporter des dépenses de transport atteignant près de 3000 francs comoriens par jour ? En seulement quinze jours, son salaire est pratiquement épuisé. Même celui qui perçoit 150 000 francs comoriens verra la quasi-totalité de ses revenus absorbée par les frais de déplacement et les dépenses essentielles. Dès lors, comment ces familles peuvent-elles encore payer la nourriture, les frais scolaires, les médicaments, l’électricité ou faire face aux urgences du quotidien ?
La gravité de cette situation explique pourquoi la contestation actuelle dépasse largement les clivages politiques habituels. Cette crise ne divise pas les Comoriens ; au contraire, elle les rassemble dans une même inquiétude et une même colère. Les citoyens ne se mobilisent ni pour un parti politique ni pour un leader particulier, contrairement à ce que tente de faire croire le régime en évoquant une prétendue manipulation politique. La colère est populaire, générale et profondément sociale.
Agriculteurs, pêcheurs, petits commerçants, chauffeurs, salariés et étudiants comprennent tous qu’accepter passivement cette hausse des prix reviendrait à accepter une lente asphyxie économique. Même la diaspora comorienne, déjà fortement sollicitée pour soutenir les familles restées au pays, rejette cette augmentation. Elle sait que cette crise l’obligera à envoyer encore davantage d’argent pour permettre à leurs proches de survivre. Ainsi, les conséquences de cette politique dépassent désormais les frontières nationales et touchent directement toute la communauté comorienne à travers le monde.
Pendant ce temps, les seules forces qui semblent soutenir le régime sont les forces de l’ordre, alors même qu’elles figurent parmi les fonctionnaires les plus mal rémunérés du pays. Depuis plusieurs jours, gendarmes, policiers et militaires sont mobilisés pour réprimer les manifestations et empêcher toute contestation populaire. Une situation tragique où des citoyens pauvres sont opposés à d’autres citoyens pauvres, au service d’un système qui ne profite qu’à une minorité privilégiée.
Depuis longtemps, le pays traverse une crise profonde de gouvernance, de justice sociale et de vision politique. Mais aujourd’hui, de plus en plus de Comoriens commencent à prendre conscience de l’ampleur du problème. Ils réalisent que les difficultés qu’ils vivent ne sont pas uniquement liées aux crises internationales, mais également à des choix politiques internes marqués par une mauvaise gestion des ressources publiques et l’absence de priorités sociales.
Pourtant, le gouvernement dispose d’autres solutions pour éviter une aggravation de la situation. Il pourrait réduire les dépenses inutiles de l’État, souvent extrêmement coûteuses pour les finances publiques. Il pourrait limiter les voyages présidentiels et les délégations composées parfois de dizaines de personnes. Il pourrait également contrôler les dépenses excessives de carburant dans les ministères, les directions et les sociétés d’État, où les tickets de carburant sont souvent distribués et utilisés de manière anarchique.
Mais, malgré l’urgence sociale, le régime ne semble pas prêt à engager de véritables réformes ni à remettre en question ses privilèges. Une attitude qui renforce davantage le sentiment d’injustice et accentue la rupture entre les dirigeants et le peuple comorien.














