Le 25 avril 2026, à Paris, les éditions Coaelacanthe ont organisé une présentation du nouveau roman de Maître Moudjahidi Abdoulbastoi, L’enfant du vent du Nord. L’avocat entouré de ses pairs et une assistance éclairée a fait une présentation passionnante et engagée de son œuvre.
Par Nawal Msaidié
Après L’avis sur les Chagos et la question de l’île de Mayotte, Maître Moudjahidi Abdoulbastoi a publié son deuxième ouvrage, Éditions Coelacanthe : L’enfant du vent du Nord.

Ce roman est d’abord un témoignage, recueilli par l’avocat lui-même lors de l’un de ses nombreux voyages au Rwanda. Le récit est inspiré par l’histoire d’un homme qui a perdu toute sa famille lors du génocide de 1994 perpétré par les Hutus contre les Tutsis au Rwanda. Un drame qui, jusqu’à aujourd’hui, a non seulement marqué l’histoire du Rwanda, mais aussi celle du continent africain et du monde.
« La mémoire est sélective, mais, à force de l’aborder, elle reste intacte » (Me Moudjahidi Abdoulbastoi).
Le narrateur du roman est José, un enfant de dix ans, qui a perdu toute sa famille et dont on suit l’itinéraire à travers le pays, un périple pour survivre aux massacres. Défenseur des Droits des enfants, le romancier a choisi de donner la parole à un enfant et d’en faire son personnage principal. Ce n’est pas anodin : écrire permet de montrer son soutien à toutes les victimes du génocide, adultes et enfants. De même que l’évocation du nord rappelle que le Rwanda a été libéré par le FPR (le Front patriotique rwandais) qui venait du nord du pays.
L’auteur, tout au long du roman, plonge le lecteur dans le drame et le chaos qu’a connu le pays. De l’avis de l’assistance, le roman est facile à lire et permet un éveil de la conscience : ce qui s’est produit au Rwanda peut se produire partout dans le monde.
Pour écrire ce roman, Me Moudjahidi Abdoulbastoi s’est appuyé sur de nombreux rapports publiés par les ONG internationales, l’ONU, des témoignages portés devant la justice ou entendus dans des cercles moins officiels, mais surtout, il s’est appuyé sur les émotions ressenties lors des différentes cérémonies commémoratives auxquelles il a pu participer à Kigali. L’histoire du Rwanda témoigne de l’universalité du mal de l’être humain : le génocide a débuté le 7 avril 1994 pour se terminer (officiellement) le 17 juillet 1994, en 3 mois les rapports s’accordent pour décompter 800 000 victimes, majoritairement des Tutsis, pour des raisons ethniques et politiques avec une intervention très tardive de la communauté internationale. Le roman est donc une façon de vulgariser les connaissances historiques et de lancer des réflexions sur les drames de notre civilisation.
Et pour les Comores ?
Pour Maître Moudjahidi Abdoulbastoi, il est important d’introduire l’histoire du peuple rwandais dans l’espace public comorien afin de prendre conscience que l’union d’un peuple, même issue d’un archipel composé de plusieurs îles elles-mêmes divisées en différentes régions, est primordiale à la survie de son identité et à la stabilité de son territoire.
Dans l’assistance, de nombreux auteurs étaient présents, et ils ont réagi à l’une des problématiques de cette rencontre : quel événement international ils avaient/ auraient mis en avant pour faire un lien avec l’histoire des Comores ?
Dans 104 % Sabena (édité chez Komedit), Mladjao Abdoul Anlym, son auteur, raconte le massacre dont ont été victimes les Comoriens vivant à Majunga, à Madagascar en décembre 1976 : des centaines de morts en trois jours et de nombreuses familles vivant à Majunga depuis plusieurs générations obligées d’émigrer aux Comores. Surnommé par les Comoriens « kafa la Mjangaya », cet événement dramatique a mis en avant à quel point des relents nationalistes dans un pays dit frère peuvent provoquer des massacres et des traumatismes sans précédent.
Mahaffidh-Eddine IBRAHIM, auteur de Charif Mwinyi Hamza, une vie au service d’un idéal et d’une ville, Kwambani (Coelacanthe) et d’Une autre génération (Cœlacanthe), comme son confrère, évoque le massacre de Majunga : « Si je devais aborder un événement international en lien avec les Comores, je choisirais précisément celui-ci. J’estime que toute la lumière n’a pas été faite. Il est temps de dire la vérité et de placer l’État malgache face à ses responsabilités. Celui-ci devrait reconnaître les faits et réparer le préjudice subi, ne serait-ce que symboliquement.
À ce jour, aucun mémorial n’est dédié à cet événement, ni aux Comores ni à Madagascar. En somme, j’aimerais traiter ce sujet sous l’angle de la responsabilité de l’État malgache ».
Maître Omar Zaïd, auteur de Tu as volé mon coeur (Coelacanthe) voudrait mettre en avant les traversées maritimes des migrants : « Le sujet le plus préoccupant me semble être le flux migratoire, notamment les traversées maritimes dans l’océan indien et en Europe, en mettant en lumière leurs drames silencieux. C’est un phénomène international qui touche particulièrement et profondément notre société tiraillée entre pertes des repères, d’identité et quête d’espoir. Il s’agirait pour moi de tenter d’humaniser ces trajectoires et interroger notre responsabilité morale ».
Mmadi Hassan Abdillah a écrit sur les Comoriens pris dans le tourment de ma première guerre mondiale : Les Comores au service de la France (1914-1918) : “Je pense qu’il est inévitable de relier les grands événements internationaux aux réalités de notre communauté insulaire. L’histoire locale ne doit jamais être isolée de l’histoire du monde. D’ailleurs, c’est précisément ce qui motive mes recherches sur les Comores pendant la Grande Guerre.
Le sujet abordé par Moudjahidi dans L’Enfant du vent du nord nous sert également de miroir pour plusieurs raisons, comme cela a été souligné lors de la présentation de son roman.
Ces sujets nous permettent notamment d’établir un lien entre les grands bouleversements internationaux et l’expérience de notre communauté : l’exil, la transmission culturelle, l’engagement des Comoriens dans les conflits mondiaux, ou encore les transformations sociales liées à la mondialisation… »














