Pendant la mobilisation contre la hausse du carburant, Iconi, Vouvouni et Mbachile sont restées coupées de Moroni. Malgré plusieurs interventions des forces de l’ordre avec des tirs de balles à blanc et de gaz lacrymogène, les barrages ont tenu. Les écoles d’Iconi et de Vouvouni sont fermées, à l’instar de l’école Gymnase à Iconi depuis lundi 11 au samedi 16 mai.
Par Fatouma Ali Saïd Abdallah
La ville d’Iconi a maintenu le blocage intégral de ses routes pendant la semaine de mobilisation contre la hausse du carburant. La jeunesse de la ville a interdit toute circulation, même familiale. L’escadron de Mdé est intervenu vers 2 heures du matin, puis la police nationale au matin et à l’après-midi de mercredi 13 mai, à chaque fois avec des tirs de balles à blanc et de lacrymogène. Selon des témoignages recueillis sur place, un homme aurait été blessé à la main par une cartouche lors de l’intervention de 10 heures. Le collectif Walozi wa Comores soutient Wusukani wa Masiwa et réclame un dialogue avec l’État avant ce vendredi. Le mouvement s’est étendu jusqu’à Mbachile au sud de Moroni, qui a appliqué la même stratégie de blocage.

Le sud de Moroni hors contrôle
Iconi a gardé l’ensemble de ses axes routiers fermés. Aucun véhicule n’a circulé entre Mdé, Vouvouni, Mbachile d’une part et Moroni, d’autre part. La route est restée impraticable malgré trois interventions des forces de l’ordre mercredi 13 mai.
À 2 heures dans la nuit de mardi à mercredi 13 mai, les forces de l’ordre de la ville de Mdé ont pénétré au cœur de la ville pour tenter de disperser les jeunes qui barraient la route. Des tirs de balles à blanc ont retenti dans plusieurs quartiers, sans faire reculer les manifestants.
Au lever du jour, à 10 heures, mercredi 13 mai, la police nationale est également intervenue. L’opération s’est accompagnée de tirs de balles à blanc et de l’usage de lacrymogène. C’est à ce moment-là, selon plusieurs habitants présents, qu’un homme aurait été touché à la main par une balle. Mais, aucune confirmation officielle n’a pu être obtenue. En début d’après-midi, à 12 heures, la police nationale est revenue pour une troisième intervention. Comme précédemment, elle n’a pas cherché à lever les barrages et s’est limitée à des tirs de dispersion.
À Vouvouni, au sud de Moroni, la paralysie a conduit à la fermeture des écoles privées dès mercredi, à l’exemple de l’école Gymnase située à Malouzini, une école de référence sur l’ensemble de l’île de Ngazidja. Les élèves venus des autres régions et villes ne parvenaient plus à rejoindre les établissements. Aucun chemin n’est praticable, ni taxi ni transport en commun ne circule sur les axes qui desservent la ville. Contactés, des parents de la ville de Vouvouni ont expliqué que leurs enfants restaient à domicile, sans perspective de reprise immédiate.
À Iconi également, les écoles privées et publiques étaient fermées. Les établissements scolaires ne pouvaient pas accueillir les élèves, faute d’accès sécurisé et de transports. Toutes les entrées et sorties étaient bloquées : des troncs d’arbres, des carcasses de voitures, des pneus, des cailloux, des briques, des pirogues, des murs en pierres ont bloqué les routes de la ville d’Iconi pendant cette semaine d’émeutes.
L’entrée en scène des Walozi Wa Komori
Les habitants ont fait état de difficultés croissantes pour s’approvisionner en produits de première nécessité. Seule, la boulangerie d’Iconi a continué à alimenter les habitants.
À partir de mercredi, Mbachile, localité située au sud de la capitale, Moroni, a emboîté le pas à Iconi. Les jeunes de la ville ont eux aussi barré la route à l’entrée et à la sortie.
La mobilisation reprend les revendications de Wusukani wa Masiwa, à l’origine de la grève des transports. Mercredi matin, des membres du collectif Walozi Wa Komori se sont rassemblés à Iconi. Ils ont dénoncé l’impact de la hausse des prix à la pompe. Pour eux, l’augmentation du carburant rend chaque sortie en mer économiquement intenable et menace directement les revenus de centaines de familles qui vivent de la pêche artisanale.
Le président du collectif a indiqué que le mouvement allait se poursuivre jusqu’à l’ouverture d’un dialogue significatif avec le gouvernement comorien. En précisant qu’ensemble, ils soutiennent et s’alignent avec le collectif de Wusukani wa Masiwa.
Le porte-parole du collectif, connu sous le nom de William, a déclaré, devant les manifestants rassemblés à Iconi, que « si d’ici vendredi 15 mai, l’État ne baisse pas le prix du carburant, le collectif Walozi Wa Komori passera au plan B ».
Sur les barrages, le message est resté inchangé. La jeunesse d’Iconi affirmait ne pas contester l’autorité de l’État, mais agir uniquement contre la hausse du carburant, jugée insoutenable pour le peuple comorien et pour les professionnels du transport. La consigne était stricte : aucune exception n’était tolérée. Des jeunes se relayaient jour et nuit pour maintenir les obstacles et empêcher toute circulation. Leurs épouses, mères et sœurs leur apportaient de la nourriture et des boissons.
Le blocage des axes routiers a été une réponse à l’absence de réaction positive de la part du gouvernement. L’extension à Iconi, puis à Vouvouni et Mbachile montre que la contestation a touché des secteurs de plus en plus larges directement affectés par le coût du carburant.
Les jeunes de la ville d’Iconi ont conditionné la levée des barrages au retour des prix existant avant les émeutes. Ils demandaient une discussion franche sur le mécanisme de fixation des prix à la pompe.
En attendant, aucun véhicule ne doit circuler. L’agence de la société de la télécommunication Comores Télécom qui siège à Iconi, fonctionne seulement avec les agents d’Iconi. Les agents des autres villes voisines et éloignées n’arrivent plus à se présenter.
L’usage répété de la force n’a pas fait reculer la mobilisation. Les trois interventions de mercredi, avec tirs de balles à blanc et lacrymogène, n’ont pas permis de rouvrir la route. Les barrages tiennent et l’organisation semble se renforcer. L’incident signalé à 10 heures, avec cet homme blessé à la main, a alimenté la colère sur place.
Jusqu’à la déclaration du gouvernement suspendant la hausse des prix des carburants, la circulation est restée impossible entre le sud de Ngazidja et Moroni.















