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«Un devoir de mémoire»

5 novembre 2018
Temps de lecture : 5 mins
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«Un devoir de mémoire»
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Contre la falsification de l’histoire des Comores, surtout celle liée à des périodes noires, plus particulièrement, les morts suspects des présidents, Hamidou Saïd Ali plaide pour un «devoir de mémoire» et se bat pour connaître la vérité sur le «meurtre» de Mohamed Taki Abdoulkarim.

 

Masiwa : 20 après, le mystère au sujet de la cause du décès du président Taki n’est pas résolu, crise cardiaque ou meurtre ?

Hamidou Saïd Ali : Le mort de l’ancien Président Mohamed Taki dans la nuit du 5 au 6 novembre 1998 reste l’un des plus grands mystères des Comores post-indépendantes. Les raisons de sa mort ont jusqu’aujourd’hui divisé l’opinion nationale. La version officielle fait état d’une crise cardiaque. L’opinion publique et plusieurs de ses proches parlent plutôt d’un meurtre prémédité. Il y a quelques années, un nombre important d’intellectuels et universitaires s’intéressent à élucider ce mystère pour que «l’histoire de la mémoire» ne reste pas dans l’ombre.

Depuis 2011, nous avons organisé 7 conférence-débats, avec la participation de plusieurs personnalités témoins directs ou indirects de ce drame. C’est à la suite des échanges et des témoignages que nous sommes parvenus, dans une première phase, à éclaircir certaines zones d’ombre pour retenir l’hypothèse du meurtre. Aucune de ces personnalités qui ont servi de plus près au régime de Mohamed Taki n’a rejeté cette thèse. Après cette première phase d’investigation basée sur les témoignages livrés par des personnalités ayant vécu de plus près les derniers jours et les dernières heures de Mohamed Taki on est arrivé à un moment où il faut remettre en cause la version officielle sur sa mort.

Masiwa : Vous développez depuis quelques années une thèse, celle d’un complot avec des ramifications au sein même de son gouvernement, quels sont les éléments étayant votre assertion des faits ?

H.S.A : La thèse du complot est liée à la présomption du crime évoqué précédemment. Quand la thèse développée actuellement évoque une infraction formelle de meurtre à l’encontre de feu Mohamed Taki, il fallait chercher à comprendre qui seraient les auteurs et les complices. Tout le mystère est tout d’abord sur son voyage dit « officiel » en Turquie, dont la lettre d’invitation aurait été falsifiée ; ensuite sur son voyage « privé» en Espagne et pourtant non prévu au départ de Moroni. C’est ici, où on a eu à soulever certaines interrogations : la lettre d’invitation émanait-elle du Ministère des Affaires étrangères de la Turquie ? Si voyage officiel il y avait, pourquoi Mohamed Taki a-t-il été reçu par le Premier ministre Turc et non le Président ? Comment a-t-on permis le Président d’effectuer un voyage «privé et imprévu» vers l’Espagne après sa visite en Turquie sans aucune mesure de sécurité ? Quel compte a-t-on utilisé pour payer ce voyage ? Compte public ou privé ? Si c’est un compte public, quelle est l’autorité gouvernementale qui a ordonné le virement et pour quel contexte ? Une fois en Espagne notamment dans la ville de Marbella où il a séjourné à l’hôtel, il a été accueilli par «deux européens». Qui sont-ils ? Et qui payé son séjour ? Compte public ou privé ? En escale de quelques heures à Dubaï et à son retour à Moroni le 5 novembre 1998, beaucoup de ceux qui l’ont accueilli, témoignent avoir constaté l’état de santé en dégradation du Président. Les questions à se poser : à son arrivé à Moroni, a-t-il subi une visite médicale de son médecin officiel ? Si non, pourquoi ? Est-ce cela n’est pas dans la routine protocolaire d’un Président en exercice d’effectuer des visites médicales inopinées surtout lorsqu’on constate quelques signes de faiblesse ? Comment des personnes, connues par leur identité, vivant en France supposaient sa mort 5 heures de temps avant qu’il rende l’âme en appelant leur famille vers 21h du soir pour demander des informations sur ce qui est arrivé au Président ?

Après sa mort aux environs de 00h et 1 heure du matin, un autre témoin nous confirme que la constatation du décès n’a pas été faite par son médecin officiel mais par un autre médecin dépêché ce soir-là. Comment cela pourrait-il arriver ? Pourquoi l’ambulance de l’hôpital militaire s’est-elle précipitée à déplacer le corps du Président, mort subitement, vers son village sans aucun protocole d’Etat et sans autopsie ? Quelle autorité légale et légitime a-t-elle ordonné ce transfert ? Après les funérailles, une enquête aurait été ouverte par un juge d’instruction, cette enquête aurait été suspendue quelques jours après.  Qui l’a ordonnée? Et pour quelles raisons ?

Toutes ces questions nous ramènent encore une fois dans d’autres zones d’ombre qui méritent d’être éclairées au sein de ses membres du Gouvernement, de son Cabinet et de son entourage afin de savoir qui aurait participé de près ou de loin à ces déplacements mystérieux du Président, et cela sans spéculations.

Masiwa : Selon vous, quels étaient les mobiles de ce crime ?

H.S.A : On ne saura pas les mobiles de ce « crime » avant d’approfondir sur les auteurs et les complices. On peut juste affirmer que le Président Mohamed Taki avait des ennemis partout, à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Exemple en 1996, à son accession au pouvoir par la voix la plus démocratique qui n’ait jamais eu lieu dans ce pays, de l’huile a été versée volontairement sur du feu à Anjouan : ainsi est déclenchée la crise séparatiste de 1997.

Masiwa : Quelles sont les personnalités impliquées?

H.S.A : Si vous suivez les questions sur lesquelles je me suis posé dès le début, il n y’a pas lieu d’accuser des gens comme le font certains. La réponse à mes interrogations me dira, dans l’avenir, qui serait impliqué directement ou indirectement à ce « crime ».

Masiwa : 20 après, que faut-il faire pour démêler tout ça?

H.S.A : Encore une fois, au nom de l’histoire de la mémoire, j’estime que l’Etat doit se saisir de ses dossiers qui marquent une période très noire pour le pays. Ce n’est pas seulement le cas de Mohamed Taki. Il faudrait que l’Etat diligente des recherches pour découvrir ce qui s’est passé sur la mort des Présidents Ali SOILIHI, Ahmed Abdallah Abderemane … Il ne s’agit pas forcément de trouver des coupables et les punir. Il s’agit surtout de l’histoire malheureuse d’un pays qu’est les Comores. C’est un devoir de mémoire sur qui on doit être capable de raconter l’histoire contemporaine de ce pays à nos enfants sans aucune falsification.

Propos recueillis par BIM

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