La première édition du Festival littéraire de Chezani a suscité une immense fierté et une mobilisation générale de la part des habitants de cette localité du Nord-est de Ngazidja.
Par Hachim Mohamed
Les résidents et les participants étaient fiers de voir leur ville ou leur quartier s’animer et rayonner les 14 et 15 août 2026, à l’occasion du premier Festival littéraire de Chezani. L’engouement du public a montré que la ville n’a pas fait que consommer un spectacle, elle a été satisfaite de redécouvrir son propre patrimoine et une joie de partager un espace de fête collective. Toute la ville s’est approprié l’événement et l’a fait vivre par sa présence massive

« Cette première édition a été vraiment un projet mobilisateur. Je pense que vous avez pu constater que les auteurs n’ont pas déçu. J’ai vu des auteurs qui ont abandonné des choses qu’ils avaient programmées depuis longtemps. C’est vrai que c’est une opportunité qui est rarement donnée aux auteurs comoriens d’avoir un espace pour s’exprimer, pour dire et partager leurs œuvres avec leurs lecteurs et leurs maisons d’édition. Pour moi, c’est un succès, une réussite », nous confie le directeur du festival, Salim Youssouf, avant d’ajouter : « Bien sûr, il y a des choses à améliorer, mais je peux féliciter les organisateurs, les associations porteurs de ce projet et nos partenaires, au premier rang desquels les éditions Cœlacanthe qui se sont prononcées en premier favorables à ce projet. C’est aussi un des partenaires majeurs de ce projet. »

Le choix du thème du premier festival
Les organisateurs ont souligné l’importance de ces vitrines inédites pour exister sur la scène régionale et au-delà. Pour cette première édition, plusieurs minutes ont été consacrées à un auteur majeur en explorant l’ensemble de sa carrière et son processus créatif. Il s’agit de l’écrivain franco-comorien et docteur en littérature, Mohamed Toihir, qui a été enseignant, journaliste et diplomate.
Son premier roman, La République des Imberbes, paraît en 1985 et reçoit le prix des Mascareignes l’année suivante. « La parution de ce roman écrit par un auteur bien inspiré, emporté par une plume merveilleuse de lumière, constitue un événement marquant, une date fondatrice », a rappelé le président du festival, Ali Abdou Mdahoma dans son discours d’ouverture.
Interrogé par nos soins sur le thème du festival (« le Je et le nous dans le roman et la poésie »), le directeur du festival Salim Youssouf a déclaré que « c’est un thème qui permet à tous les auteurs de se reconnaitre qu’ils soient essayistes, poètes ou encore romanciers. »
Loulou Said Islamou et les danseurs de Sereheni en tête de gondole
Deux séquences du festival ont été particulièrement marquantes : l’entrée en scène de Loulou Saïd Issilamou et la prestation d’un groupe de danseurs de l’association de Sereheni qui s’est produit sur l’estrade.
Loulou Saïd Islamou, journaliste de formation et consultante en communication, a publié début 2026 son premier roman, Le Ventre de l’exil. C’est donc tout naturellement qu’elle a évoqué ce livre avec beaucoup de pédagogie. C’est une œuvre qui s’attache à briser la culture du silence aux Comores. La romancière a raconté la souffrance de son héroïne Haloua qui a connu une descente aux enfers quand son mari l’a répudiée sous le prétexte fallacieux qu’elle était stérile. Cette séparation était d’autant plus difficile que la société a aussi rejeté la jeune femme au lieu de la consoler.

Le groupe de danseurs de l’association de Sereheni était composé de trois filles en tenue bleu et de trois garçons en habillés blanc. Leur chorégraphie a montré une danse sensuelle où des rythmes doux et chaloupés, comme le reggaeton romantique offraient une atmosphère idéale pour des portées et des pas en couple empreints de grâce. Les corps de ces danseurs pas comme les autres exprimaient des histoires mystérieuses avec une maîtrise musculaire impressionnante et une fluidité envoûtante. C’était une harmonie parfaite entre la musique et les pas de danse.
Les livres comme des passeports
Le public a eu droit à un autre moment fort. Sur le sujet « La littérature peut-elle encore changer nos vies ? », un débat animé par la journaliste Faïza Soulé Youssouf, avec Mohamed Toihir, Loulou Saïd Issilamou, Bindjad Ismaël et Abdoulatuf Bacar.
Les éléments de réponses de ces auteurs étaient l’occasion de ressentir avec de approches différentes comment les romans agissent comme des passeports pour explorer d’autres cultures, comment ils développent l’empathie en racontant le quotidien de personnes oubliées ou différentes ou encore comment les livres permettent de s’ouvrir à des réalités sociales éloignées de notre propre vécu.
Par rapport aux Comores, les récits et témoignages de ces auteurs ont servi de catharsis ou de riposte face aux visions stéréotypées ou occidentales.















