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lundi 26 octobre 2026 | Édition n° 601 | Moroni, Union des Comores
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Ahmed Mohamed, alias Ben : « Les Comoriens nous demandent de nous unir et de leur présenter une alternative crédible »

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Ahmed Mohamed, alias Ben, Coordinateur général du Rassemblement de l’Opposition Comorienne (ROC). Au sein du ROC, il a pour rôle de favoriser la coordination des différentes forces de l’opposition et le rapprochement celles-ci.

Propos recueillis par Ousseni Mahamoud et MiB. Le 30 septembre 2026

Il a travaillé pendant de longues années dans le domaine de l’aviation civile.

Masiwa – Quelle est la situation de l’opposition aujourd’hui ?

Ahmed Mohamed – L’opposition comorienne a longtemps souffert de divisions, de rivalités entre formations et d’un manque de coordination. Nous devons avoir l’honnêteté de le reconnaître.  Mais une évolution importante est en cours.

Depuis 2026, plusieurs composantes ont engagé un processus de rapprochement. Le ROC, l’Opposition Unie de Mwali (OUM) et la Convergence des mouvements pour la République et l’État de droit (COMRED) ont notamment engagé une démarche commune. Cette dynamique a été rendue publique lors d’une rencontre tenue à Moroni au début de cette année. 

Récemment nous nous sommes rendus à Ndzuani et nous avons également travaillé au rapprochement avec les forces de l’opposition à Ndzuani.

Notre conviction est désormais claire : les Comoriens ne nous demandent pas seulement de nous opposer au pouvoir ; ils nous demandent de nous unir et de leur présenter une alternative crédible.

C’est précisément le sens de notre démarche aujourd’hui.

Masiwa – De quels partis est composé le ROC ?

Ahmed Mohamed – Le ROC est un rassemblement de formations et de sensibilités de l’opposition qui ont choisi de travailler ensemble autour d’un socle politique commun. Je préfère insister sur cette dimension de rassemblement plutôt que de présenter le ROC comme une simple addition de partis. Notre démarche est précisément de dépasser les logiques de chapelles.

Parmi les formations qui ont participé à sa constitution figurent notamment le Parti Comores Alternatives, Orange, MDA, FUDA, MCRAF, CRCM, M17 et le RDCE.

Mais le ROC est aujourd’hui engagé dans une dynamique beaucoup plus large. Notre objectif est de permettre à toutes les forces qui partagent les principes démocratiques fondamentaux de travailler ensemble, sans demander à chacune d’abandonner son identité.

Nous militons pour construire une plateforme commune de l’opposition, et non une nouvelle compétition entre partis d’opposition.

Masiwa – Quelles sont les autres composantes de l’opposition aujourd’hui ?

Ahmed Mohamed – Il faut distinguer les partis, les mouvements, les regroupements insulaires. Nous avons notamment l’OUM (Opposition Unie de Mwali), le COMRED, les forces de l’opposition à Ndzuani autour de l’OUN (Opposition Unie de Ndzuani) ainsi que différentes formations politiques et regroupements qui poursuivent leurs propres activités tout en participant, selon les circonstances, à des initiatives communes, telles que le Front commun. Il apparait aussi du paysage politique comorien des partis et mouvements indépendants des alliances ci-dessus.

Le paysage de l’opposition reste donc pluraliste. Mais ce pluralisme ne doit plus être une faiblesse. Notre objectif est de transformer cette diversité en complémentarité. C’est pourquoi nous travaillons à la mise en place d’une coordination plus structurée entre les différentes composantes, aussi bien à l’intérieur du pays qu’au sein de la diaspora.

Masiwa – Comment l’opposition joue-t-elle son rôle ?

Ahmed Mohamed – Une opposition responsable doit faire trois choses : alerter (Utanabahisha), contrôler (Utunda) et proposer (Ushawiri).

Nous alertons lorsque nous estimons qu’une décision publique met en difficulté les intérêts de la population. Nous interpellons les autorités sur les questions économiques et sociales : pouvoir d’achat, énergie, carburant, emploi, santé, éducation, retraites, dette publique, fonctionnement des entreprises publiques et qualité des services publics. Mais, nous ne voulons pas être une opposition qui se contente de dénoncer. Nous devons également proposer.

C’est pourquoi le ROC travaille sur des dossiers sectoriels et sur des propositions concrètes concernant notamment la gouvernance, les finances publiques, la lutte contre la corruption, la santé, l’éducation, l’énergie, les retraites et le développement économique.

Notre rôle est également diplomatique. Nous devons expliquer à nos partenaires étrangers ce qui se passe aux Comores et leur présenter une vision responsable de l’avenir du pays.

Masiwa – Le gouvernement actuel vous paraît-il efficace face aux besoins des Comoriens ?

Ahmed Mohamed – Il faut distinguer les indicateurs macroéconomiques des réalités vécues par les ménages. Les chiffres internationaux montrent effectivement certains signes d’amélioration macroéconomique. Le FMI estime la croissance des Comores à 3,8 % en 2025 et prévoit environ 4,1 % en 2026. Mais le même FMI souligne les vulnérabilités liées à la dépendance aux importations, aux faibles capacités productives, à la dette et aux difficultés de gestion des finances publiques.

La Banque mondiale souligne également les pressions budgétaires liées notamment aux dépenses des Jeux des îles et aux subventions aux carburants, tout en maintenant une appréciation de risque élevé de surendettement. 

Notre question est donc simple : la croissance profite-t-elle suffisamment au citoyen ordinaire ?Pour nous, les performances macroéconomiques ne peuvent pas être considérées comme une fin en soi.

Un gouvernement doit être jugé aussi sur la capacité de l’État à fournir de l’électricité, de l’eau, des soins de santé, une éducation de qualité, des emplois, une administration efficace et un environnement économique permettant aux jeunes de construire leur avenir. C’est sur ces résultats concrets que nous devons avoir un débat national.

Masiwa – L’opposition a-t-elle vraiment des solutions aux maux des Comoriens ?

Ahmed Mohamed – Oui, nous ne voulons pas promettre aux Comoriens des miracles.Nous devons commencer par restaurer la confiance dans l’État.

Le FMI lui-même identifie la mobilisation des recettes, la gouvernance, la gestion des finances publiques, la réforme du secteur financier et la lutte contre la corruption parmi les priorités des réformes économiques. 

Notre différence est que nous voulons inscrire ces réformes dans une vision nationale à long terme, et non dans une succession de mesures ponctuelles.

Masiwa – Pourquoi les leaders de l’opposition prennent-ils si peu la parole pour dénoncer les crises qui pèsent sur le quotidien des Comoriens ?

Ahmed Mohamed – Je ne pense pas qu’il soit juste de dire que les leaders de l’opposition ne parlent pas. Ils parlent. Mais je reconnais qu’il faut probablement faire davantage. Par ailleurs, nous devons sortir d’une communication essentiellement réactive.

Le citoyen comorien ne veut pas entendre l’opposition uniquement lorsqu’une crise éclate. Il veut savoir quelle société nous voulons construire, quelle politique économique nous proposons, comment nous allons créer des emplois, comment nous allons réformer l’État et comment nous allons améliorer concrètement sa vie. C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles le ROC travaille à renforcer sa coordination et sa communication.

Nous voulons que l’opposition parle d’une seule voix lorsqu’il s’agit des intérêts fondamentaux du pays, tout en conservant le pluralisme des formations politiques.

Il faut également reconnaître une difficulté : dans un petit pays comme les Comores, les responsables politiques peuvent être soumis à différentes formes de pression. Les manifestations publiques nous sont interdites. Certains de nos militants sont intimidés dans les différentes administrations. Cela impose donc à chacun de parler avec responsabilité, mais cela ne doit jamais conduire au silence.

Masiwa – Quelle est aujourd’hui votre priorité politique ?

Ahmed Mohamed – Notre priorité est de contribuer à la construction d’une opposition nationale unie, responsable et crédible. Nous devons dépasser les querelles personnelles.Les Comores sont confrontées à des problèmes suffisamment graves pour que nous consacrions notre énergie à autre chose qu’à nos rivalités.

Pour nous, l’Accord-cadre de Fomboni (Mwali) du 17 février 2001 demeure un élément majeur de l’histoire politique récente des Comores et du compromis qui avait permis de préserver l’unité du pays. Le ROC, l’OUM et le COMRED ont réaffirmé leur attachement à cet accord dans leur résolution commune de janvier 2026. 

Nous défendons donc un processus politique inclusif, pacifique et respectueux des équilibres entre les îles.

Masiwa – Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Ahmed Mohamed – Je voudrais m’adresser directement aux Comoriens, mais également à nos partenaires internationaux. Les Comores ne sont pas condamnées à la pauvreté, à l’instabilité institutionnelle permanente ou à la dépendance.

Nous avons une population jeune, une diaspora exceptionnelle, une position géographique stratégique dans l’océan Indien, des ressources naturelles, un patrimoine culturel remarquable et des femmes et des hommes hautement compétents. Ce qui nous manque avant tout, c’est la capacité collective à transformer ces atouts en développement.

L’opposition doit donc être capable de changer elle-même. Nous devons passer d’une opposition de réaction à une opposition de construction.

Nous ne demandons pas aux Comoriens de nous faire confiance simplement parce que nous critiquons le pouvoir. Nous devons mériter cette confiance par nos propositions, notre comportement, notre unité et notre capacité à présenter un projet de société.

Notre message est donc simple : nous ne voulons pas seulement changer des dirigeants ; nous militons pour la refondation de notre pays et de ses institutions. Nous volons entretenir la confiance entre les citoyens et la République. Et cette reconstruction devra se faire dans le respect de la démocratie et avec l’ensemble des forces vives de la nation, y compris la diaspora.

Tout compte fait, le ROC ne veut pas être simplement l’opposition au pouvoir en place. Nous voulons être une partie de la solution aux problèmes des Comores. Notre responsabilité est de préparer l’alternative, pas seulement de dénoncer l’existant. Je vous remercie.

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