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mercredi 4 novembre 2026 | Édition n° 601 | Moroni, Union des Comores
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Moroni : Cinq talents comoriens dessinent leurs mondes

Lecture 6 min

À Moroni, cinq jeunes talents comoriens ont présenté les fruits d’un atelier de bande dessinée encadré par l’autrice camerounaise Joëlle Epé, alias Elyon’s.

Par Hachim Mohamed

Entre noms, paysages, légendes et questionnements intimes, leurs planches donnent à voir un archipel pluriel, loin des images toutes faites.

Connue pour La Vie d’Ebène Duta, une bande dessinée d’abord née en ligne avant de devenir album, Joëlle Epé a salué la force émotionnelle des travaux présentés. L’autrice, également fondatrice du Bilili BD Festival, voit dans ces récits une manière de faire voyager les lecteurs, y compris les Comoriens entre leurs propres îles.

Dayana Aboubacar (33ans) : faire voyager les noms comoriens

Diana a surpris par la manière dont elle relie un personnage à une franchise internationale comme Harry Potter, tout en ancrant son récit dans une matière proprement comorienne. Son point de départ : un nom comorien porteur d’un tissu spécifique aux Comores, qui suscite immédiatement l’étonnement.

« Le pays est connu comme l’île aux parfums, mais je me rends compte que cette image est au pluriel », explique-t-elle.

Le shiromani, par exemple, est propre à Ndzuani. À travers le pagne et les noms, Diana fait déjà voyager les références comoriennes.

Son personnage évolue dans un univers fait de strates sociales, construit en moins de trois jours.

L’histoire n’était pas celle imaginée au départ, mais Diana espère désormais poursuivre cette narration.

Ses planches montrent le personnage sous différents angles, avec son nom, son âge et un résumé de l’histoire. En dessous figurent des extraits de « découpages », proches de storyboards : des esquisses qui testent la manière dont l’histoire peut fonctionner case par case, avant d’aboutir à la planche finale.

Vikma : une enfant face au fléau

Vikma est une adolescente confrontée à un fléau qui s’installe progressivement dans son village et menace les enfants.

Dans ce pays, elle possède une capacité singulière : elle est la seule à avoir la couleur rouge.

Au fil du récit, le lecteur découvrira qu’elle a un chevalier. L’univers évoque volontairement Harry Potter, mais la jeune autrice y déploie surtout une aventure de courage, de différence et de protection.

Mahmoud Bachirou : se réconcilier avec le dessin

Mahmoud Bachirou a été perçu par Joëlle Epé comme l’un des participants les plus insolites de la formation. Malgré des absences liées à la santé, il revenait chaque fois capable de se mettre à jour sur les exercices, allant jusqu’à se renseigner pour ne pas manquer le rythme de l’atelier.

Il raconte avoir longtemps voulu dessiner, avant de craindre que le dessin ne s’éloigne trop vite de lui. « Je vais courir après les mots ; au moins, eux, tu les poses sur du papier », se dit-il alors, avant de commencer par l’écriture.

C’est finalement l’atelier qui l’a conduit à « se réconcilier avec le dessin ». Son personnage, Victor, ne cherche pas seulement à manger : il cherche à lire, à apprendre et à devenir quelqu’un qui contribue à la société. Ce projet avait commencé à prendre forme autour du festival du livre organisé en 2025.

« Je rentre souvent dans le monde de la lecture par le dessin », explique Mahmoud, qui espère désormais pouvoir illustrer un livre. Lorsqu’il a vu l’appel à candidatures, il dit avoir « tout de suite sauté sur l’occasion » pour développer ses compétences de dessinateur de BD.

Hanane Charif (18ans) : l’émotion sans visage

Joëlle Epé a particulièrement cité le travail de Hanane, fondé sur des personnages sans visage, privés d’yeux, de nez ou de traits identifiables, mais capables de faire naître l’émotion chez le lecteur.

Pour Elyon’s, Hanane incarne ce que la bande dessinée peut accomplir : faire voyager les lecteurs, y compris les Comoriens entre leurs propres îles, où les différences culturelles nourrissent parfois moqueries et petites rivalités. Son récit propose une autre manière de voir le monde et d’interroger la société.

Son histoire fait sourire autant qu’elle touche : celle d’une jeune fille passionnée par les corvées, jusqu’à devenir, dans le récit, une « championne nationale » de la discipline. Derrière l’humour, l’autrice y lit un défi lancé aux normes et aux attentes sociales.

Amine Aboubacar Tayffa (31 ans),  dompter son démon intérieur

Aboubacar a puisé dans l’histoire des Comores pour construire son récit.

Selon la légende qu’il mobilise, les îles étaient habitées par des génies avant l’arrivée des humains un point de départ à la fois provocateur et porteur de sens.

« Moi, je le considère plutôt comme une métaphore du potentiel de l’individu », explique-t-il. Lorsqu’une personne parvient à maîtriser son « démon intérieur », elle peut libérer son potentiel : une lecture qu’il rapproche de Naruto.

Cette approche a donné lieu à des échanges, voire à des confrontations, avec Joëlle Epé.

L’autrice y voit précisément l’intérêt de l’atelier : passer de l’esthétique à la remise en question, sortir d’une zone de confort pour interroger son monde, trouver une identité et un ancrage.

Amine Aboubacar a été essentiel pour nous au niveau de l’atelier, parce qu’il a été une des locomotives qui a permis aux autres participants de s’affirmer », a conclu Joëlle Epé.

La restitution des travaux a été accueillie comme une victoire collective. Mwezi Art, avec l’appui de l’ambassade de France et de l’Alliance française, a offert un cadre permettant à des participants comme Mohamed Oumouri (20ans), qui a réalisé plusieurs planches de présenter publiquement un travail commencé comme un handicap à surmonter.

Au-delà des cinq parcours, l’atelier aura surtout permis de révéler une génération de narrateurs comoriens : ceux qui transforment les noms, les tissus, les légendes et les silences de l’archipel en cases, en personnages et en histoires à continuer.

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