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mercredi 4 novembre 2026 | Édition n° 601 | Moroni, Union des Comores
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Anjouan : Une semaine de terreur, trois drames et une inquiétante insécurité

Lecture 8 min

En l’espace de quelques jours, Anjouan a été secouée par une succession de faits tragiques impliquant de jeunes victimes.

Par Anoir Ahamadi

Une agression particulièrement violente contre un adolescent de 14 ans à Ouani, la découverte du corps sans vie d’un garçon de 15 ans à Mutsamudu et celle d’un jeune homme de 20 ans à Domoni plongent les populations dans l’inquiétude. Entre soupçons d’agressions criminelles, peur dans les quartiers et silence des autorités, une question s’impose : que se passe-t-il réellement sur l’île ?

Une succession de drames qui installent la peur

Anjouan traverse une semaine particulièrement préoccupante. Entre le 23 et le 29 octobre, trois événements tragiques impliquant de jeunes personnes ont profondément marqué plusieurs localités de l’île. De Ouani à Mutsamudu, jusqu’à Domoni, les faits rapportés ont installé un climat de méfiance et d’inquiétude parmi les habitants.

Si les circonstances de ces différents événements restent encore à éclaircir, leur succession dans un intervalle aussi court suscite de nombreuses interrogations. Pour une population déjà confrontée à des difficultés sociales et économiques, cette série de drames vient renforcer le sentiment d’insécurité, particulièrement chez les familles qui voient leurs enfants circuler quotidiennement entre les établissements scolaires, les lieux de formation et leurs domiciles.

Le premier événement s’est produit le vendredi 23 octobre, aux environs de 19 heures, à Tanambao, un quartier de la commune de Ouani. Un adolescent âgé de seulement 14 ans a été violemment agressé alors qu’il rentrait chez ses parents après avoir participé à des cours d’encadrement dans la ville.

À Ouani, un adolescent de 14 ans agressé sur le chemin du retour

Selon les premières informations rapportées par l’entourage de la victime, les agresseurs lui auraient demandé de remettre son téléphone portable. Le refus ou d’autres circonstances liées à cette demande auraient précédé une violente agression. Les conditions exactes de l’attaque restent à établir.

L’état de santé de l’adolescent serait particulièrement préoccupant. Selon les informations communiquées par son entourage, il a été évacué vers Mayotte afin de bénéficier de soins appropriés, son état nécessitant une prise en charge spécialisée.

Au-delà de la gravité de cet événement, c’est le lieu et les circonstances de l’agression qui inquiètent les habitants de Ouani. Certaines zones périphériques de la ville sont régulièrement présentées par des riverains comme des endroits peu sécurisés, notamment à la tombée de la nuit. Des habitants évoquent la présence de jeunes individus qui attendraient le passage de personnes isolées pour leur réclamer de l’argent ou des téléphones.

Des accusations circulent également concernant la consommation de produits stupéfiants par certains individus fréquentant ces secteurs. Toutefois, aucun élément disponible ne permet d’établir que les auteurs présumés de cette agression étaient sous l’influence de substances. Cette question mérite une vérification auprès des services compétents.

Pour les familles, l’affaire rappelle surtout une réalité préoccupante : un enfant qui quitte son domicile pour suivre des cours devrait pouvoir rentrer chez lui sans craindre pour sa sécurité.

Mutsamudu : la mort d’Issiaka soulève de nombreuses interrogations

Deux jours après l’agression de Ouani, soit le dimanche 25 octobre, un autre drame est venu assombrir le climat sur l’île. À Mutsamudu, le corps sans vie d’un adolescent de 15 ans, prénommé Issiaka, a été découvert dans la rivière de Dziakundré.

Les premières informations communiquées autour de cette découverte font état de blessures graves à la tête. Son téléphone portable aurait également disparu. Ces éléments alimentent les interrogations sur les circonstances de sa mort et laissent certains habitants envisager la possibilité d’un acte criminel.

Pour autant, il serait prématuré de conclure à un homicide ou d’établir un lien entre la disparition de son téléphone et les causes de son décès sans les conclusions d’une enquête. Les circonstances dans lesquelles le jeune a perdu la vie doivent être établies par les autorités judiciaires et les investigations médico-légales nécessaires.

La découverte a néanmoins provoqué une vive émotion dans la population de Mutsamudu. La mort d’un adolescent de cet âge, dans des circonstances encore obscures, renforce les inquiétudes des parents et des habitants qui réclament des éclaircissements.

À Domoni, un troisième drame en moins d’une semaine

Alors que les populations de Ouani et de Mutsamudu restent marquées par les deux premiers événements, un troisième drame survient le jeudi 29 octobre à Domoni.

Un jeune homme de 20 ans, prénommé Harouna et originaire de Koni, a été retrouvé sans vie sur la plage de Chavani. Les circonstances de sa mort ne sont pas encore clairement établies.

Une nouvelle disparition qui vient accentuer l’inquiétude dans une île où plusieurs familles commencent à s’interroger sur la sécurité de leurs proches, particulièrement des jeunes qui se déplacent entre différentes localités.

À ce stade, rien ne permet d’affirmer que ces trois événements sont liés ou qu’ils relèvent d’un même mode opératoire. L’agression de Ouani, la découverte du corps d’Issiaka à Mutsamudu et celle de Harouna à Domoni constituent trois affaires distinctes dont les circonstances doivent être établies séparément.

Mais leur proximité dans le temps suffit à alimenter les discussions et les inquiétudes au sein de la population.

Les autorités face à une demande d’explications

Dans ce contexte, le silence des autorités, tel qu’il est ressenti par une partie de la population, devient lui-même un sujet de préoccupation. Les habitants attendent des informations précises sur les investigations engagées, les mesures de sécurisation des quartiers et les dispositions prises pour prévenir de nouveaux actes de violence.

Selon Saidali Moustofa, ces drames doivent également conduire à s’interroger sur les conséquences éventuelles des retours de jeunes expulsés de Mayotte, notamment ceux qui auraient été confrontés à des parcours de délinquance.

Cette interprétation, qui circule dans une partie de l’opinion, ne saurait cependant constituer une explication générale. Aucun élément présenté jusqu’ici ne permet d’établir une responsabilité des personnes refoulées de Mayotte dans les trois affaires évoquées. La question doit être abordée avec prudence, sans stigmatiser une catégorie de jeunes sur la base de leur parcours migratoire.

Pour Zainabou Mohamed Anli, les trois événements peuvent éventuellement présenter un lien, mais il appartient aux autorités de faire toute la lumière sur les circonstances. Elle insiste particulièrement sur la nécessité d’une intervention des services compétents et déplore le silence qui entoure ces affaires.

Son inquiétude rejoint celle de nombreux habitants qui souhaitent obtenir des réponses plutôt que de laisser les rumeurs prendre la place des informations vérifiées.

La sécurité des jeunes, une responsabilité collective

Au-delà des circonstances individuelles, cette succession de drames pose une question plus large sur la sécurité des jeunes à Anjouan. Les déplacements nocturnes, l’insuffisance de l’éclairage dans certains quartiers, les difficultés de surveillance de certaines zones périphériques et les phénomènes de délinquance constituent autant de sujets qui méritent une attention particulière.

Les pouvoirs publics sont notamment attendus sur la prévention, le renforcement de la présence des services de sécurité dans les secteurs signalés par les habitants et la lutte contre les réseaux de revente de téléphones volés ou les éventuels trafics de stupéfiants. Ces phénomènes doivent toutefois être documentés avant d’être présentés comme les causes des événements récents.

La situation appelle également à une réflexion sur l’encadrement de la jeunesse. L’accès à l’éducation, aux activités sportives, aux formations et aux possibilités d’insertion professionnelle constitue un élément important de toute politique de prévention. Mais ces actions ne peuvent se substituer au travail des services chargés de garantir la sécurité et de faire respecter la loi.

Une île en attente de vérité

Trois événements en moins d’une semaine, trois jeunes personnes touchées et plusieurs familles confrontées à une épreuve difficile. À Ouani, Mutsamudu et Domoni, les habitants attendent désormais des réponses.

Les autorités judiciaires et sécuritaires ont une responsabilité essentielle dans l’établissement des faits. Les familles doivent pouvoir connaître les circonstances des drames, tandis que la population a besoin d’être informée des mesures prises pour assurer sa protection. Il ne s’agit pas de céder à la peur ni de transformer des soupçons en accusations. Il s’agit plutôt de comprendre ce qui se passe, d’établir les responsabilités éventuelles et d’empêcher que de nouveaux drames viennent s’ajouter à ceux déjà enregistrés. Car, lorsqu’un adolescent ne peut plus rentrer tranquillement de ses cours, lorsqu’un autre est retrouvé mort dans des circonstances obscures et qu’un jeune homme perd également la vie quelques jours plus tard, la question de la sécurité publique ne peut plus être reléguée au second plan.

À Anjouan, les familles attendent aujourd’hui autre chose que des rumeurs et des condoléances : elles attendent la vérité, des enquêtes sérieuses et des mesures concrètes.

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