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vendredi 16 octobre 2026 | Édition n° 601 | Moroni, Union des Comores
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Naufrage au large de Domoni. La traversée vers Mayotte emporte encore des vies

Lecture 6 min

Dans la nuit du mardi 8 septembre 2026, une embarcation de fortune, communément appelée kwasa-kwasa, a pris la mer depuis les environs de Domoni, à Anjouan, avec à son bord une dizaine de personnes. Destination : Mayotte. Mais la traversée ne s’est jamais achevée. Le lendemain, un naufrage a été signalé. Trois personnes ont perdu la vie, tandis que quatre rescapés ont pu être retrouvés.

Par Riyad Mubarak

À Domoni, la nouvelle du naufrage a rapidement plongé plusieurs familles dans l’inquiétude et la douleur. Parmi les victimes figure une femme originaire de Ngazidja, un adolescent ainsi qu’un jeune homme de 27 ans, originaire de Domoni, Al Mamoune.

Une traversée qui tourne au drame

Pour les proches, derrière les chiffres et les informations rapportées sur le naufrage se trouvent des vies, des familles et des projets interrompus brutalement. Quatre personnes ont été retrouvées vivantes après le drame. Pour les autres passagers, les recherches et les informations disponibles laissent encore plusieurs familles dans l’attente.

Cette attente est d’autant plus difficile pour les proches que la traversée avait, comme tant d’autres avant elle, une destination bien précise : Mayotte. Pour ceux qui prennent la mer à bord de ces embarcations précaires, l’objectif est souvent de rejoindre un territoire perçu comme offrant davantage de possibilités économiques et sociales.

Mais cette quête d’une vie meilleure se transforme parfois en tragédie.

Yasser, proche d’Al Mamoune, peine à accepter la disparition du jeune homme. Pour lui, perdre un être cher dans de telles circonstances est particulièrement douloureux. « C’est insupportable »,témoigne-t-il, en évoquant une personne qui avait pris la mer dans l’espoir de sortir des conditions de vie difficiles et de trouver ailleurs de meilleures perspectives.

La disparition d’Al Mamoune illustre ainsi le dilemme auquel sont confrontées certaines personnes aux Comores : rester sur place malgré les difficultés ou prendre le risque d’une traversée dont les dangers sont pourtant connus.

La mer, un danger connu, mais toujours affronté

La traversée entre Anjouan et Mayotte s’inscrit dans une réalité devenue familière dans l’archipel. Des hommes, des femmes et des jeunes continuent de prendre la mer à bord de petites embarcations dans l’espoir d’atteindre Mayotte.

Cette fois encore, les conditions météorologiques semblent avoir compliqué la navigation. Un résident de Domoni, qui a souhaité conserver l’anonymat, estime que la mer n’était pas favorable au moment des faits. La période est également marquée par des vents tropicaux susceptibles de rendre les conditions de navigation plus difficiles.

Pourtant, selon lui, le problème ne peut pas être réduit à l’état de la mer ou à la prise de risque des passagers. Il pose une autre question : pourquoi certains acceptent-ils de monter dans des embarcations aussi précaires alors qu’ils savent les dangers auxquels ils s’exposent ?

Sa réponse renvoie aux espoirs placés dans la destination.

« Que faire lorsque des commandants rassurent des âmes sensibles voulant se rendre à Mayotte pour espérer ce qui n’est pas aux Comores ? », s’interroge-t-il.

Dans cette phrase se trouve une partie du paradoxe de ces traversées. La mer est dangereuse, les embarcations sont souvent rudimentaires et les conditions de navigation peuvent être incertaines. Mais face à ces risques, certains passagers estiment que les perspectives qu’ils espèrent trouver à Mayotte valent la peine d’être tentées.

Quand l’espoir d’une vie meilleure prend le dessus sur le risque

À Domoni, comme ailleurs dans l’archipel, la question des départs vers Mayotte dépasse largement celle des embarcations et des passeurs. Elle renvoie à une réalité sociale plus profonde.

Pour ceux qui embarquent dans les kwasa-kwasa pour Mayotte, le départ n’est pas nécessairement présenté comme une aventure. Il apparaît plutôt comme une possibilité, parfois la seule qu’ils pensent avoir, pour améliorer leur situation. L’emploi difficile à trouver, le coût de la vie, les revenus insuffisants et les perspectives limitées alimentent chez certains le sentiment qu’il faut chercher ailleurs ce qu’ils ne parviennent pas à obtenir sur leur propre île.

Dans ces conditions, le risque de la mer peut finir par être relativisé.

Le drame du 8 septembre rappelle ainsi que derrière chaque départ se trouve une histoire personnelle. Certains voyagent avec l’espoir de travailler, d’aider leur famille ou simplement de construire un avenir différent. D’autres cherchent à rejoindre des proches déjà installés à Mayotte. Mais tous ne parviennent pas à atteindre leur destination.

Les quatre survivants de ce naufrage ont, eux, échappé au pire. Pour les familles des personnes disparues, la situation reste autrement plus douloureuse. Certaines attendent encore des informations sur leurs proches, avec cette incertitude qui accompagne les naufrages en mer.

Une question qui dépasse les frontières

À chaque nouveau naufrage, l’émotion revient. Les hommages sont rendus aux victimes, les familles pleurent leurs disparus et l’attention se porte momentanément sur les dangers de la traversée. Puis, avec le temps, le phénomène reprend.

Cette répétition pose une question de fond aux autorités comoriennes : comment réduire durablement le nombre de personnes qui prennent la mer au péril de leur vie ?

La lutte contre les traversées clandestines constitue une réponse sécuritaire, mais elle ne règle pas nécessairement les raisons qui poussent certaines personnes à partir. Tant que les difficultés économiques et sociales continueront d’alimenter le sentiment d’un avenir incertain, l’appel de Mayotte risque de rester présent.

Pour le résident de Domoni interrogé, les autorités doivent se préoccuper des conditions de vie de la population. Selon lui, il ne suffit pas de dénoncer les départs ou de rappeler les dangers de la mer. Il faut aussi agir sur les causes qui nourrissent le désir de partir.

Le naufrage de cette semaine rappelle une nouvelle fois le prix humain de ces traversées. Trois personnes ont perdu la vie alors qu’elles tentaient de rejoindre Mayotte. Quatre autres ont survécu. D’autres restent recherchées.

À Domoni, le drame laisse surtout des familles endeuillées et des proches confrontés à une question difficile : qu’est-ce qui pousse un jeune de 27 ans, un adolescent ou une femme à risquer sa vie en mer pour espérer ailleurs ce qu’il ne trouve pas chez lui ?

Tant que cette question restera sans réponse concrète, les kwasa-kwasa continueront probablement de prendre la mer. Et avec eux, le risque de voir d’autres familles comoriennes attendre, un jour, le retour d’un proche qui ne reviendra peut-être jamais.

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