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lundi 19 octobre 2026 | Édition n° 601 | Moroni, Union des Comores
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Mohamed Daoudou alias Kiki : « Toute perspective de discussion doit aboutir à une transition politique »

"il ne saurait être question de parler d’organisation de nouvelles élections dans les mêmes conditions institutionnelles, politiques et sécuritaires que celles qui ont conduit à la crise actuelle."

Lecture 7 min

Masiwa – Début octobre 2026, l’opposition parlementaire a été reçue par les Nations Unies. Vous reconnaissez cette opposition ?

Mohamed Daoudou alias Kiki – L’opposition politique est parlementaire ou extraparlementaire selon qu’elle exerce au sein ou en dehors de l’Assemblée nationale. Je vous remercie donc de m’avoir donné cette opportunité de m’exprimer sur un sujet aussi important. Je dois dire que ce n’est pas à moi de reconnaître ou pas l’opposition politique de notre pays encore moins l’opposition parlementaire. Je rappelle qu’il faut entendre par opposition politique le parti politique ou le groupement des partis politiques qui ne participent pas à l’exécutif et/ou ne soutiennent pas son programme.

Propos recueillis par Hachim Mohamed

Masiwa – Qu’attendez-vous concrètement de l’intervention de l’ONU à trois ans du prochain scrutin de 2029 ?

Mohamed Daoudou – D’abord pourquoi Azali a demandé la venue de cette mission du département des affaires politiques des Nations Unies à trois ans des élections ? Je pense l’histoire mondiale a montré, à maintes reprises, que les Nations Unies constituent le principal forum pour résoudre les crises. Les Nations Unies œuvrent notamment au maintien de la paix et à la protection des droits de l’homme. Notez que l’un des fondements même des droits de l’homme est le respect de la souveraineté populaire et la liberté d’expression. Donc, nous attendons que l’ONU joue son rôle de facilitateur pour trouver une issue pacifique à la crise postélectorale sans précédent que connaît notre pays depuis le 14 janvier 2024.

Masiwa – Est-ce un aveu d’impuissance sur le plan national que de devoir internationaliser votre démarche, face à un paysage politique verrouillé à Moroni ?

Mohamed Daoudou – S’il y a un aveu d’impuissance, je pense que c’est du côté d’Azali. Car, c’est lui qui a demandé la venue de cette mission des Nations Unies aux Comores. Et nous n’avons fait que répondre favorablement à leur invitation. C’est ce qui nous a permis de leur exprimer nos préoccupations et notre vision des choses pour trouver une solution pacifique à cette crise. L’opposition a massivement rejeté les initiatives de réconciliation du pouvoir, notamment les Assises de Fomboni, les qualifiant de manœuvres pour légitimer la présidence actuelle.

Masiwa – Pourquoi refuser catégoriquement le dialogue de réconciliation proposé par le gouvernement ? N’est-ce pas fermer la porte à une décrispation politique ?

Mohamed Daoudou – Nous n’avons pas rejeté les initiatives de réconciliation, au contraire, nous avons rempli notre devoir politique et agi en responsables au lendemain de la crise électorale. À la demande d’Azali Assoumani, et à travers le Coordinateur résident du Système des Nations unies, nous avions accepté un dialogue politique avec le candidat Azali Assoumani dont l’objet était de trouver une solution à la crise postélectorale avant l’investiture. Nous avions accepté, car nous considérons que la sortie d’une crise, quand il y a des tensions politiques, doit passer par la politique, mais pas par la violence et les affrontements. Nous avions accepté, car nous croyons au dialogue, puisque le dialogue a porté ses fruits dans toutes les contrées et les civilisations depuis la Grèce antique jusqu’à nos jours. À cette époque nous avons accepté, surtout, parce que les discussions ont été menées par le coordinateur résident. Des discussions ont eu lieu et les parties prenantes ont travaillé plusieurs jours dans les locaux du Système des Nations Unies et un document a été produit. Mais, à la grande surprise de tous, le jour de la signature de l’accord, les représentants d’Azali sont venus avec des exigences et ont refusé de signer le document. C’est donc Azali qui a fermé la porte pour décrisper la situation politique.

Masiwa – Vous revendiquez le retour à l’ordre constitutionnel de 2001 (Accord de Fomboni). Quelles sont vos conditions pour vous asseoir à la table des négociations ?

Mohamed Daoudou – Notre position demeure la même. Notez que le refus de la pluralité des opinions, du débat démocratique, des règles démocratiques et l’autoritarisme sont la marque de fabrique du pouvoir d’Azali Assoumani. En effet, la violation flagrante des lois en vigueur dans notre pays et des chartes internationales par Azali Assoumani a, profondément, entamé la confiance des citoyens. Et toute perspective de discussion doit aboutir à une transition politique afin de faire les réformes nécessaires pour pacifier le pays, et restaurer la confiance avant tout autre chose. Pour nous, il ne saurait être question de parler d’organisation de nouvelles élections dans les mêmes conditions institutionnelles, politiques et sécuritaires que celles qui ont conduit à la crise actuelle.

Masiwa – En janvier 2026, un « gouvernement en exil » a été lancé à Paris. Les initiatives des opposants en exil ont-elles un impact réel au pays ?

Mohamed Daoudou – À l’heure où je vous parle, comme je l’ai soulevé plus haut, il y a une convergence des luttes et une mutualisation des actions de toutes les plateformes de l’opposition aussi bien ceux qui sont en exil et nous qui menons la résistance ici au pays sur l’ensemble des trois îles. Il n’y a donc pas de déconnexion.

Masiwa – Face aux divisions internes, comment comptez-vous garantir une union sacrée d’ici 2029 ?

Mohamed Daoudou – À l’heure actuelle nous avons un objectif commun et une convergence des luttes. Il est donc prématuré de parler de 2029. Nous avons d’abord, le devoir d’arrêter les graves dérives d’Azali qui comportent des risques évidents d’implosion de notre pays. Il est primordial de pacifier le pays, et restaurer la confiance avant tout autre chose.

Masiwa – Les communiqués de l’opposition dénoncent de manière constante un climat de répression et des restrictions des libertés… Quelle est votre position ?

Mohamed Daoudou – J’observe plutôt une régression, un état décadent et un état de délabrement des infrastructures éducatives, sanitaires et des transports.

Notez que les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas respectés. Les journalistes et les opposants continuent de subir des intimidations et des arrestations arbitraires avec une instrumentalisation des institutions judiciaires et des forces de sécurité. Les Comores se classent au dernier rang en matière de perceptions de liberté d’expression, d’association et de vote.

Vous savez, il y a 51 ans, notre pays a été admis à l’Organisation des Nations Unies. C’était le point de départ de la manifestation de notre volonté commune de construire un État de droit souverain et démocratique, et de défendre, aux côtés des autres peuples et Nations, les principes et les ambitions à l’origine de la création de l’ONU. Nous sommes, aujourd’hui, confrontés à un sérieux problème. En effet, le chef de l’État est en train de piétiner le rêve comorien et les sacrifices qui ont été consentis pour bâtir et pérenniser notre Nation. Tout ce qui constitue l’essence même du Comorien et du peuple comorien est en train d’être foulé aux pieds par Azali Assoumani.

Masiwa – Comment mobiliser la population locale dans un contexte où les manifestations passées ont été sévèrement réprimées ?

Mohamed Daoudou – Nous savons ce que nous voulons faire, comment le faire, et quand le faire pour libérer notre pays des mains de la dictature.

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