Dans la société comorienne, la réussite d’un enfant est bien plus qu’un accomplissement personnel : elle est une source de fierté pour toute une famille. Depuis des générations, les parents investissent leurs espoirs, leurs sacrifices et leurs prières dans l’éducation de leurs enfants. Dans ce cadre, une pratique s’est particulièrement développée ces dernières années : la mémorisation du Saint-Coran.
Par AHMED Mohamed alias Ben; Coordinateur Général du ROC
Voir un enfant devenir hafiz, capable de réciter le Saint-Coran de mémoire, est perçu comme un honneur immense pour la famille et pour la communauté. Cette tradition religieuse est profondément ancrée dans notre culture islamique et constitue indéniablement une forme d’éducation spirituelle précieuse. Elle transmet des valeurs importantes : la discipline, la persévérance, le respect et la spiritualité. Certes, cette formation spirituelle est essentielle pour construire des individus moralement solides, malheureusement, elle ne peut à elle seule répondre aux exigences d’un monde en pleine mutation scientifique et technologique. Ainsi, dans le contexte du monde moderne, une question essentielle mérite d’être posée avec lucidité et responsabilité : jusqu’où cette orientation éducative peut-elle répondre aux défis urgents du développement de notre pays ?

Le défi du monde moderne
Le XXIe siècle est marqué par une transformation radicale des sociétés humaines. Nous vivons aujourd’hui à l’ère de la révolution scientifique et technologique. L’intelligence artificielle, la robotique, l’automatisation, les biotechnologies et les technologies numériques transforment profondément les économies et les marchés du travail. Les nations qui investissent massivement dans les sciences, la recherche et l’innovation deviennent les moteurs du progrès mondial.
À l’inverse, les pays qui négligent ces domaines risquent de se retrouver marginalisés, dépendants et incapables de participer pleinement à la nouvelle économie mondiale. Pour les Comores, cette réalité pose un défi majeur. Si notre système éducatif ne prépare pas les jeunes générations aux métiers scientifiques et technologiques de demain, nos enfants risquent d’être exclus de la grande transformation mondiale en cours.
Comme on peut le constater, le système éducatif comorien souffre aujourd’hui de nombreuses faiblesses structurelles. Les infrastructures scolaires sont souvent insuffisantes. Les laboratoires scientifiques sont rares ou mal équipés. Les enseignants spécialisés dans les disciplines scientifiques manquent parfois de moyens pour transmettre leurs connaissances dans de bonnes conditions, etc. Dans ces circonstances, les filières scientifiques restent encore peu valorisées ou peu accessibles pour une grande partie des élèves, notamment les jeunes filles. Pourtant, ce sont précisément ces disciplines qui permettront aux Comores de relever les défis du futur.
Pourquoi les sciences sont indispensables pour le développement ?
Le développement d’un pays repose en grande partie sur sa capacité à produire du savoir, à innover et à maîtriser les technologies. Les disciplines scientifiques jouent un rôle central dans presque tous les secteurs stratégiques : l’agriculture moderne, l’énergie, la santé, l’environnement et enfin le numérique. Sans une base solide dans ces domaines, il sera difficile pour les Comores de construire une économie moderne et compétitive.
Dans l’histoire de la civilisation islamique, la foi et la science ont longtemps avancé ensemble. De nombreux savants musulmans ont contribué de manière déterminante au développement des mathématiques, de l’astronomie, de la médecine ou de la philosophie. Des figures comme Al-Khwarizmi, Ibn Sina ou Ibn Al-Haytham ont démontré que la quête du savoir scientifique pouvait parfaitement coexister avec la spiritualité. L’islam a toujours encouragé la recherche de la connaissance.
Ainsi, la véritable question n’est pas d’opposer religion et science, mais de rééquilibrer notre système éducatif pour préparer nos enfants aux réalités du monde contemporain. Pour préparer l’avenir de nos enfants, plusieurs réformes pourraient être envisagées :
- Renforcer l’enseignement des mathématiques et des sciences dès le primaire. Les bases scientifiques doivent être solides dès les premières années de scolarité.
- Créer de véritables laboratoires dans les collèges et lycées. Les élèves doivent pouvoir expérimenter et manipuler pour développer leur esprit scientifique.
- Former davantage d’enseignants spécialisés. Un système éducatif performant dépend avant tout de la qualité de ses enseignants.
- Encourager les carrières scientifiques. Des bourses, des programmes d’excellence et des partenariats internationaux pourraient stimuler les vocations scientifiques.
- Développer des universités et instituts technologiques. Les Comores ont besoin d’ingénieurs, de chercheurs, d’informaticiens et d’experts capables de porter l’innovation nationale.
Notre avenir ne se jouera pas uniquement dans les débats politiques ou les réformes institutionnelles. Il se joue avant tout dans les salles de classe. Les enfants qui étudient aujourd’hui seront les ingénieurs, médecins, chercheurs, entrepreneurs et décideurs de demain. Ce sont eux qui construiront l’économie et les institutions du futur. Si nous voulons que les Comores participent pleinement au monde scientifique et technologique de demain, nous devons investir massivement dans l’éducation scientifique dès aujourd’hui.
Oui, la fierté d’une famille comorienne restera toujours la réussite de ses enfants. Mais dans un monde en pleine transformation, cette réussite devra aussi passer par la maîtrise du savoir scientifique. Et, il est temps de repenser nos priorités. Notre devoir, c’est de former des croyants éclairés, certes, mais aussi des scientifiques, des ingénieurs, des chercheurs et des innovateurs. Car dans le monde cruel du XXIe siècle, la connaissance scientifique sera l’une des clés essentielles de la souveraineté et du développement des nations.














