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Napalo : « Je me laisse guider par l’imprévu »

Mots clés: A la uneEdition 591
14 juillet 2026
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Napalo : « Je me laisse guider par l’imprévu »
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En marge du vernissage de son exposition au Centre culturel et de Loisirs de Badjanani (CCLB), le samedi 4 juillet, l’artiste plasticien Ali Mroivili dit Napalo a accepté de répondre à quelques questions de Masiwa.

Propos recueillis par Hachim Mohamed 

Un entretien avec le peintre Napalo ressemble à un voyage dans lequel une série d’œuvres picturales et sculpturales sont accrochées aux murs. Les tableaux de Napalo révèlent combien ce créateur visuel a réussi à transformer des matières, utiliser des techniques originales pour matérialiser ses idées. Ali Mroivili devient médium pour traduire une vision du monde.

Masiwa – Avec l’utilisation du châle comorien ou swahili, votre travail dépasse le cadre de la toile, n’est-ce pas un « voyage » créatif ?

Ali Mroivili – Pour moi, la peinture n’est pas qu’une surface plane, c’est une matière vivante. Mon processus créatif s’apparente à un voyage exploratoire où les frontières s’estompent. Pour répondre à votre question, le châle comorien, swahili dans cette pièce, est un support que j’utilise pour mon travail de peintre et qui reflète une diversité culturelle de l’océan indien et de l’Afrique de l’est. C’est curieux parce qu’avec ces bouts de tissu, on relie la culture de l’Afrique de l’Est à celle de l’océan indien, dont celle des Comores. Aux Comores, on appelle ça « leso », à Madagascar « lamba », au Mozambique « lapulana » et au Kenya « kanga ». C’est curieux, car « kanga » est le diminutif d’un grand oiseau qui s’appelle kanga dunge en shikomori. C’est un volatile dont le pelage est garni de petits points noir et blanc. Et c’est ça qui a donné naissance au « shiromani » utilisé beaucoup plus par les anjouanaises.   

Masiwa – On dit souvent qu’un plasticien repousse les limites des matériaux. Comment cela se traduit-il dans vos œuvres ?

Ali Mroivili – Absolument. Je ne me contente pas de peindre, j’intègre des éléments anthropologiques à la toile. Vous savez qu’au départ, la première production de « shiromani » était en noir et blanc avec un fond noir et des petits cercles blancs. Et cela reflétait la peau de Kanga dunge. Donc, ça c’est le fruit de recherches que j’ai menées en Afrique de l’est pour essayer de comprendre. C’est une façon de provoquer le spectateur, de l’inviter à s’interroger sur l’œuvre au-delà de sa simple représentation visuelle. L’art doit interpeller et troubler nos certitudes.                                      

Masiwa – Vous avez trouvé dans la peau du Kanga dunge l’origine du motif du « shiromani » aux Comores. Qu’en est-il dans les autres pays ?

Ali Mroivili – Je pense que, pour le « leso », que ce soit en Tanzanie ou au Kenya, l’image porte le même sens dedans. C’est une sorte de cartouche qui n’est pas nécessaire à l’illustration du motif de la pièce de « kanga ». Sauf qu’à Madagascar, il y a le texte avec un dessin figuratif où on peut identifier facilement les images. Alors qu’au Kenya ou en Tanzanie, les images sont abstraites. Autre chose, aux Comores, on ne produit pas de « leso », mais on en adopte la culture. Le « leso », c’est aussi une tenue qu’on fait porter aux enfants après leur circoncision. C’était mon cas.

Masiwa – Dans un autre tableau, vous revenez sur le pagne africain, pourquoi ce choix ?

Ali Mroivili – Pour cette pièce sur laquelle on voit la plastique de la femme en forme de poupée vêtue du pagne africain, je fais allusion à travers cette figure féminine scotchée en forme de statue au milieu du tableau, aux ficelles de l’art pictural. Il s’agit de ces techniques de production picturale basées sur le paradoxe, le trompe-l’œil, la dérision. C’est une approche qui caractérise le processus de création d’un artiste. Avec ce tissu, majoritairement porté par les femmes, je reviens autour de la thématique de la gent féminine, notamment la culture de pudeur par laquelle on protège le sexe, le corps de la femme, l’intimité… Bref, la philosophie picturale de l’artiste plasticien tourne autour de ça.

Masiwa – On se rend compte que de la toile vierge à l’œuvre finale, c’est une véritable aventure picturale, n’est-ce pas ?

Ali Mroivili – Exactement. Je me laisse guider par l’imprévu. Parfois, un accident de matière ou une couleur (trace laissée sur une surface par une matière qui a coulé) va totalement redéfinir la direction de la toile. Il faut savoir écouter l’œuvre en devenir. Là, pour cette pièce, on est en face d’un tableau qui représente la danse mohélienne traditionnelle. Et ce tableau rejoint les trois versions. En fait, j’aime revenir sur des choses avec un nouveau regard. Et ça, c’est une illustration de cette approche.                                         

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