L’enfant que l’on qualifie aujourd’hui de délinquant est-il réellement né délinquant ? Certainement pas. Aucun enfant ne vient au monde avec l’intention de devenir criminel.
Par Par Sitti Abdou Bacar
La délinquance et la violence sont souvent les conséquences d’un environnement défaillant, d’un manque d’encadrement, d’éducation et d’accompagnement.

Avant tout, nous devons avoir le courage de reconnaître que les premiers responsables sont souvent nous-mêmes, les parents, mais également les autorités publiques, les communes, les éducateurs et l’État. Trop souvent, chacun rejette la faute sur l’autre, pendant que la jeunesse se perd progressivement dans la violence, la drogue, le banditisme et le désespoir.
Aujourd’hui, notre société semble davantage préoccupée par la manière de punir les criminels que par les moyens d’empêcher qu’ils ne le deviennent. Pourtant, la véritable sagesse consiste à prévenir avant de réprimer. Un enfant abandonné à lui-même, privé de repères, d’affection, de discipline et d’éducation, peut facilement devenir soit un criminel, soit une victime de la criminalité. Derrière chaque jeune délinquant se cache souvent une enfance négligée, une souffrance silencieuse ou une absence totale de perspectives.
Nous devons donc réfléchir sérieusement à des méthodes de prévention : la sensibilisation dans les quartiers, l’éducation civique, l’encadrement des jeunes, le dialogue familial, les activités sportives et culturelles, ainsi que le renforcement du rôle des associations et des structures éducatives. Une nation qui abandonne sa jeunesse prépare malheureusement ses propres crises futures.
Le problème de l’éducation mérite également une profonde réflexion. Les écoles privées se multiplient partout comme des champignons, parfois sans véritable contrôle de l’État. Beaucoup d’entre elles fonctionnent sans suivi rigoureux des programmes éducatifs par le ministère de l’Éducation nationale. Or, l’éducation ne doit pas être considérée uniquement comme un commerce ou un moyen d’obtenir un diplôme. Comme l’a si bien déclaré Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » Il n’a pas parlé de diplôme, mais bien d’éducation, c’est-à-dire de formation morale, intellectuelle et citoyenne.
Les écoles privées peuvent être bénéfiques pour les familles aisées, mais de nombreux enfants issus de familles pauvres restent exclus d’une éducation de qualité. Cette inégalité crée une fracture sociale dangereuse. Lorsqu’une partie de la jeunesse grandit sans espoir, sans emploi, sans repères et sans avenir, la criminalité finit inévitablement par augmenter.
La hausse du taux de criminalité dans notre pays révèle en réalité la faillite progressive de notre système éducatif, social et moral. Ce sont malheureusement des jeunes qui tuent d’autres jeunes. Pendant que certains de nos enfants remplissent prématurément les cimetières, d’autres remplissent nos prisons. Dans tous les cas, c’est notre nation entière qui perd ses forces vives et compromet son avenir.
Face à cette situation inquiétante, une question essentielle doit interpeller chaque parent, chaque éducateur, chaque notable, chaque chef religieux et chaque responsable politique : qu’avons-nous fait, ou pas fait, pour en arriver là ? Car une société qui échoue à protéger et à éduquer sa jeunesse finit toujours par récolter les conséquences de son propre abandon.














