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Recensement des traducteurs du Saint-Coran. La tentation du contrôle politique.
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Il y a une question que notre société refuse d’affronter avec lucidité : que devient un citoyen comorien lorsqu’il cesse de travailler ? Autrement dit, que vaut aujourd’hui un retraité dans l’Union des Comores ?

Par AHMED Mohamed alias Ben. Coordinateur Général du ROC

Un retraité, en théorie, est un homme ou une femme qui, après des décennies de service rendu à la nation, de sacrifices, de loyauté envers l’État ou le secteur privé, accède enfin à un droit fondamental : celui de vivre dignement le reste de sa vie. Il est censé incarner la mémoire vivante de la nation, un repère moral, un pilier familial et social. Il devrait être respecté, protégé, valorisé. Mais hélas, la réalité est tout autre. Le retraité comorien n’est pas honoré. Il est abandonné par le système.

Le retraité est avant tout un ancien fonctionnaire ou salarié qui a servi sans relâche, souvent dans des conditions difficiles, avec des salaires modiques, parfois irréguliers. C’est un instituteur qui a formé des générations entières. C’est un infirmier qui a sauvé des vies sans moyens. C’est un agent administratif qui a tenu l’État debout malgré son inefficacité chronique. Aujourd’hui, ces hommes et ces femmes vivent dans l’angoisse permanente : celle de ne pas percevoir leur pension à temps, de tomber malade sans couverture adéquate, de devenir une charge pour leurs propres enfants. Leur quotidien est devenu une lutte silencieuse.

Contrairement à ce que certains pourraient penser, le retraité n’est pas un citoyen passif. Il aspire à une vie digne et stable, un accès aux soins de santé adapté à son âge, une reconnaissance sociale réelle, une participation à la vie publique, associative et communautaire et surtout une sécurité économique minimale. Il veut continuer à exister dans la société, et non pas en être exclu.

Que revendiquent les 8 500 retraités comoriens ?

Leurs revendications ne sont ni excessives ni irréalistes. Elles sont tout simplement légitimes et basiques. Il s’agit entre autres de :

  • La valorisation des pensions. Les pensions actuelles sont dérisoires, totalement déconnectées du coût de la vie. Elles condamnent les retraités à la pauvreté.
  • La régularité des paiements. Comment accepter que des retraités attendent des jours, voire des semaines, pour percevoir ce qui leur est dû ?
  • L’égalité entre public et privé dans le traitement de leurs dossiers. Pourquoi cette discrimination injustifiable entre retraités du public et du privé ?
  • La modernisation du statut. Le cadre juridique des retraités repose encore sur des textes hérités de l’époque coloniale. C’est juste une aberration.
  • La prise en compte de la santé du troisième âge. Vieillir, c’est faire face à des maladies chroniques, à une dépendance progressive. Où sont les politiques publiques pour accompagner cette réalité ?
  • Le pouvoir d’achat. Inflation, hausse des prix, coût de la vie insoutenable : les retraités sont les premières victimes de cette dérive économique.

A regarder de près, ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une simple défaillance administrative. C’est une négligence politique grave envers les retraités. Les autorités de fait ont fait le choix de détourner le regard. Elles trouvent toujours des ressources pour financer des actions de communications politiques, mais lorsqu’il s’agit de payer dignement ceux qui ont servi la nation, il n’y a plus d’argent. Un État qui abandonne ses retraités est un État sans mémoire et morale.

Une fracture sociale dangereuse

Le retraité comorien est un survivant. Un homme ou une femme qui, après 30 ou 40 ans de service, se retrouve humilié, dépendant, parfois réduit à tendre la main à ses propres enfants pour vivre. Voilà la vérité.

Cette situation n’est pas seulement injuste, elle me semble dangereuse. Elle envoie un message terrible à la jeunesse : « Travaillez toute votre vie, et vous serez oubliés à la fin. » La nation a une dette envers ses retraités : une dette à la fois morale, sociale et historique. Continuer à les ignorer, c’est trahir les fondements mêmes de notre contrat social.

Cette situation fragilise à mon avis la cohésion familiale. Car en réalité, ce sont les familles qui compensent les défaillances de l’État. Et en majorité celles issues de la diaspora. Les enfants sont devenus les pensions de leurs parents. Ils prennent en charge leur santé, au prix de leurs propres sacrifices. Oui, c’est une bombe sociale à retardement.

Il est temps de rompre avec cette indifférence et de regarder le retraité comme étant un citoyen à part entière. Il est temps d’engager une réforme profonde du système de retraite, une revalorisation immédiate des pensions, la mise en place d’un mécanisme de paiement fiable et transparent, une couverture santé spécifique pour les personnes âgées. Mais, au-delà des réformes techniques, c’est une question de dignité nationale. Force est de constater que les pensions versées sont indécentes. Elles ne permettent même pas de survivre dignement dans un contexte où le coût de la vie explose ces dernières années.

Une faillite morale de l’État

Le scandale ne s’arrête pas là. L’État est incapable de moderniser un cadre juridique aussi fondamental. Pourquoi ? Parce que moderniser, c’est reconnaître des droits. Reconnaître des droits, c’est créer des obligations. Et créer des obligations, c’est déranger un système qui prospère dans l’arbitraire. Ainsi, les autorités parlent et promettent. Mais elles n’agissent pas. Elles trouvent toujours des moyens pour financer des projets de façade, entretenir des clientèles politiques et consolider leur pouvoir.

Assez. Il faut nommer les responsabilités. Il est temps de dire les choses clairement : les autorités de fait sont responsables de l’abandon et de l’inaction. Responsables de cette injustice systémique. Il ne s’agit plus d’incompétence. Il s’agit d’un système. Un système qui privilégie la survie politique à la justice sociale.

L’histoire jugera un pouvoir qui aura choisi d’ignorer ceux qui ont construit la nation. Elle jugera un régime qui aura préféré le silence à la justice. Mais d’ici là, une question demeure : combien de retraités devront mourir dans l’indifférence avant que l’État n’agisse ?Croyez-moi, le retraité comorien n’est pas un poids. Il est la mémoire vivante du pays. Et un pays qui méprise sa mémoire est un pays condamné à répéter ses échecs.

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