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Younoussa Hassani continue dans ce second volet à décortiquer la biographie écrite par l’historien Mahmoud Ibrahime sur Saïd Mohamed Cheikh en 2015 aux éditions Cœlacanthe.

Par Younoussa Hassani. Étudiant en génie informatique. Fondateur du mensuel Al-Mashawiri et passionné d’histoire

L’entrée en politique d’un notable

En 1945, Saïd Mohamed Cheikh est élu député, représentant des Comores à l’Assemblée nationale française.

Dans une société où la politique se fait « par le haut », où la grande masse de la population est peu concernée par la gestion des affaires publiques, seuls ceux qui disposent d’une légitimité « aristocratique » peuvent prétendre à représenter leurs concitoyens. Cheikh, par ses origines familiales, entre autres, mais aussi par son statut de médecin, cumule tous les attributs de la notabilité. Mais l’élection de Cheikh ne doit pas tout à ses qualités propres. Elle doit aussi beaucoup à l’administration coloniale, qui voit en lui un candidat acceptable. Cheikh est devenu plus prudent. Il ne remet plus en cause le système colonial, il cherche à l’aménager de l’intérieur. Cette attitude, que Mahmoud Ibrahime qualifie de « conservatrice », n’est pas un renoncement, mais une stratégie.

L’historien insiste sur ce point : Cheikh n’est pas un anticolonialiste, mais il n’est pas non plus un simple collaborateur. Il a une vision : celle d’une émancipation progressive, dans le cadre d’une association étroite avec la France.

À l’Assemblée nationale française, Cheikh décide d’intégrer l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance (UDSR). Ce parti, dirigé par René Pleven et François Mitterrand, se situe au centre de l’échiquier politique français. Un choix qui correspond bien à la personnalité de Cheikh, peu enclin aux extrêmes.

Les premières années à Paris, il découvre les arcanes du parlementarisme. Il siège à la Commission des Territoires d’Outre-mer, où il côtoie d’autres figures de la future élite africaine : Senghor, Houphouët-Boigny.

Mahmoud Ibrahime note que Cheikh intervient moins que ses illustres collègues, mais il le fait avec efficacité. Il fait deux interventions : l’une visant à « promouvoir dans l’avenir à ces îles un véritable progrès social et culturel », l’autre pour accorder « l’autonomie administrative et financière à l’Archipel des Comores ». Cette dernière aboutit à la loi du 9 mai 1946, qui détache les Comores de Madagascar.

La loi Houphouët-Boigny (abolition du travail forcé) du 5 avril 1945, dont il est un des signataires, lui vaut une admiration durable dans la région du Nyumakele, où il se présente comme un libérateur. Mahmoud Ibrahime rapporte le témoignage de Saïd Mohamed Djohar, qui affirme que Cheikh tenait des réunions politiques au domicile d’un notable de Domoni. Un soir, des représentants de la région seraient venus le voir pour parler du problème agraire, et la discussion arriva à la question de l’indépendance. Selon Djohar, Cheikh leur aurait dit que son but en tant que député était l’indépendance, mais qu’il s’agissait d’un « combat de la parole », et non d’une lutte armée.

L’historien reste prudent face à ce témoignage. Mais il note qu’il existe des traces dans les archives coloniales évoquant des paroles jugées « indépendantistes » de la part du député. Une phrase d’un rapport administratif mentionne « la campagne faite sur place par le député Saïd Mohamed Cheikh, au cours de laquelle il aurait fait aux habitants des promesses inconsidérées, laissant même entrevoir la possibilité d’une indépendance totale ».

La guerre des notables (1951-1956)

Au-delà de son travail parlementaire, Cheikh se distingue par son allure et son caractère. Sur les photos de l’époque, il porte fièrement le fez rouge, symbole de son identité arabo-musulmane, tout en étant vêtu du costume-cravate des députés. Il aime sa fonction à Paris.

En janvier 1951, quelques mois avant les élections législatives, François Mitterrand, alors ministre de la France d’Outre-mer, se rend aux Comores. Une visite qui constitue, selon Mahmoud Ibrahime, une forme de soutien implicite à Cheikh, dans un pays où la proximité avec les autorités métropolitaines est un atout politique majeur.

La deuxième législature est marquée par l’exacerbation des affrontements entre Cheikh et le prince Saïd Ibrahim. Mahmoud Ibrahime analyse cette période comme une rupture du consensus des notables.

En 1945, la notabilité comorienne avait établi un accord tacite : Cheikh, en tant qu’aîné, serait le candidat unique, et il céderait sa place à Saïd Ibrahim après un mandat. Mais Cheikh ne respecte pas cet engagement. Il se représente en 1951.

Saïd Ibrahim, qui avait pris une disponibilité de son poste de gouverneur autochtone pour se consacrer à la politique, voit sa candidature invalidée par l’administration pour un problème de signature. Ses partisans dénoncent des irrégularités et appellent à l’abstention.

Les résultats donnent Cheikh vainqueur avec 78% des voix, mais l’analyse fine que propose Mahmoud Ibrahime révèle des disparités significatives. À Ngazidja, son île natale, Cheikh obtient environ 95% des voix. À Mayotte, il recueille 93% des suffrages – un résultat que l’historien juge significatif, car il contredit l’image d’un Cheikh « ennemi originel des Maorais », véhiculée ultérieurement. À Anjouan en revanche, où se présente Mohamed Ahmed, un candidat local, Cheikh n’obtient que 55,5% des voix.

Le programme électoral de Cheikh en 1951, que Mahmoud Ibrahime analyse en détail, est révélateur de sa stratégie politique. Il mêle des propositions concrètes et des promesses plus floues. Cheikh se présente comme le garant de la continuité et de la stabilité.

Vers l’autonomie interne (1956-1962)

La fin des années 1950 voit Cheikh consolider sa position tout en évoluant idéologiquement. En 1956, il se réconcilie avec Saïd Ibrahim sous l’égide de l’administration coloniale.

La loi-cadre Defferre de 1956 ouvre la voie à l’autonomie des territoires d’outre-mer. Après la vague gaulliste de 1958, Cheikh, devenu gaulliste convaincu, travaille avec ses trois compagnons – Saïd Ibrahim, Mohamed Ahmed et Ahmed Abdallah – pour obtenir un statut d’autonomie interne pour les Comores.

Mahmoud Ibrahime montre comment ce « quatuor » fonctionne comme une équipe soudée, malgré des dissensions internes. Lors des discussions à Paris, ils sont tous présents. Leur unité apparente permet de faire avancer le dossier comorien.

La loi du 22 décembre 1961 accorde enfin l’autonomie interne aux Comores. Le 30 décembre, Mohamed Ahmed, qui avait été le premier président du Conseil de gouvernement pendant quelques jours, présente sa démission. Le lendemain, Cheikh est élu président par 29 voix et une abstention. Même les députés maorais, pourtant hostiles au nouveau statut et favorables à la départementalisation, votent pour lui.

Dans son premier discours, Cheikh, ému, remercie « du fond du cœur », mais refuse de faire une déclaration-programme, arguant que l’Assemblée allait être renouvelée.

Le président du Conseil de gouvernement (1962-1970)

Dès son élection, Cheikh entreprend une tournée des îles pour présenter le nouveau statut. Mahmoud Ibrahime note le faste dont il entoure ses déplacements : « Réceptions, honneurs, pavillons s’inspirent fidèlement du protocole fixé pour les visites du représentant de la République. » Cheikh cherche ainsi à montrer à ses compatriotes qu’il a remplacé le chef de la colonie, qu’il est désormais le plus haut personnage de l’archipel.

Partout, il est reçu avec enthousiasme, sauf à Mohéli où l’opposition locale, autour du colon Alexandre Legrand, se montre réticente. À Mayotte, après un accord avec le Parti du Congrès, les Mahorais semblent ranger leurs idées séparatistes en échange de la promesse d’un poste de Conseiller économique pour l’un des leurs.

Mais très vite, Cheikh se heurte à la réalité du sous-développement. Dans une lettre du 15 juin 1962, il décrit les conditions précaires dans lesquelles il exerce ses fonctions : sans bureau, sans secrétariat, sans papier à en-tête. Il supplie les autorités métropolitaines de débloquer des fonds pour créer « un choc psychologique » et prouver que le nouveau statut correspond à une volonté réelle d’aider les Comores à rattraper leur retard.

Face aux lenteurs de l’administration française, Cheikh laisse planer la menace de l’indépendance. En août 1962, les services de renseignement signalent que les dirigeants comoriens envisagent de se rendre à Dar es Salaam pour rencontrer Sékou Touré, le leader guinéen devenu symbole de l’indépendance africaine.

En novembre 1962, Cheikh entre dans une colère noire en apprenant que le ministre refuse une subvention d’équilibre. Il dénonce « l’esprit mesquin de la rue Oudinot » et menace de ne plus collaborer. Le même jour, le haut-commissaire télégraphie à Paris : si on demande aux Comoriens de choisir entre le statu quo et l’indépendance, ils sont prêts à choisir l’indépendance.

Pour maintenir la pression, Cheikh inspire une lettre de fonctionnaires comoriens publiée le 21 novembre, qui se termine par « Vive M. Saïd Mohamed Cheikh, père de l’indépendance des Comores. Vive la République comorienne ! » Ses proches réalisent également des tracts en faveur de l’indépendance.

Une rencontre décisive avec le Général de Gaulle

La réponse de Paris ne se fait pas attendre : Cheikh est « invité » à rencontrer le Général de Gaulle. La rencontre a lieu le 12 décembre 1962. Mahmoud Ibrahime en propose une analyse détaillée à partir des archives.

De Gaulle demande d’emblée à Cheikh s’il souhaite l’indépendance. Cheikh répond que ce n’est pas ce qu’il a demandé, mais qu’il veut pour les Comores un statut d’État. De Gaulle, selon le compte rendu, lui aurait alors répondu : « Vous voulez donc l’indépendance. Prenez-la. Mais sachez que si vous prenez l’indépendance, vous ne pouvez pas espérer que la France continuera à vous donner l’aide qu’elle apporte aux Comores. »

Les menaces ont leur effet. Cheikh se dépêche de dire que « les Comores n’avaient pas l’intention de quitter la France ». Les deux hommes conviennent qu’il s’agit d’une demande d’aménagement du statut existant.

Raymond Groussolles, directeur de cabinet de Cheikh et Marcel Henry, tous deux présents à Paris, confirment que de Gaulle a traité Cheikh avec un certain mépris, lui offrant l’indépendance d’une façon qui ressemblait plus à une humiliation qu’à une réelle proposition. Le rappel du haut-commissaire Yves de Daruvar, qui soutenait les revendications comoriennes, achève de convaincre Cheikh qu’il n’a pas d’autre choix que de se soumettre.

Le conservateur au pouvoir

Mahmoud Ibrahime consacre de nombreuses pages à analyser la pratique du pouvoir de Cheikh. Il le montre tiraillé entre deux modèles : le notable traditionnel et l’homme politique occidental.

D’un côté, Cheikh cultive l’image du sage, du patriarche incontestable. Lorsqu’il s’adresse à l’opposition en langue comorienne, il déclare : « Qui pourrait me faire face ? S’il aborde avec nous la coutume, nous lui répondrons par la coutume. S’il nous prend par la modernité, nous lui dirons qu’il n’est nullement plus moderne que nous. »

De l’autre côté, il peine à se situer entre la tradition et la loi. « L’affaire de la vache » de Ntsudjini est révélatrice. En décembre 1964, Cheikh avait ordonné aux paysans d’abattre les animaux errants qui détruisaient les cultures. Des notables du village de Ntsudjini appliquent cette directive et abattent une vache. Le propriétaire porte plainte. Cinq notables sont condamnés à un mois de prison. Cheikh vit cette décision comme une humiliation personnelle. Pour lui, « la décision judiciaire contre laquelle il s’élevait lui avait fait perdre la face dans un village qui constituait sa citadelle même ».

Le contrôle des institutions

Pour se maintenir au pouvoir, Cheikh met en place un système de contrôle étroit des institutions. Mahmoud Ibrahime décrit avec précision les rouages de ce système.

Le gouvernement d’abord. En huit ans, Cheikh forme cinq gouvernements, mais ce sont presque toujours les mêmes hommes qui reviennent : Mohamed Dahalani (son parent), Ahmed Dahalani, Affane Mohamed, Madi Sabili, Saïd Mohamed Djohar. La stabilité gouvernementale est due au fait que Cheikh est limité par les traditions dans ses choix : “éliminer un membre de sa famille ou un notable très influent dans une région, c’est un désaveu qui risque de le couper d’une partie de ses soutiens”.

La Chambre des députés ensuite. Cheikh contrôle la composition des listes électorales. En 1962, sur 31 élus, 19 sont des nouveaux, tous désignés par le président. En 1967, il introduit même des jeunes technocrates potentiellement opposants – Mouzaoir Abdallah, Ali Soilih, Mohamed Taki – pour éviter qu’ils ne constituent une liste autonome.

Il maintient le scrutin de liste à un tour, qui permet à la liste victorieuse de remporter tous les sièges d’une île. Ce système, combiné à des pressions sur les opposants et à des irrégularités électorales, lui assure la quasi-totalité des sièges à la Chambre de 1962 à 1970.

L’administration, enfin. En tant que chef de la fonction publique, Cheikh utilise les postes administratifs pour récompenser les fidèles et punir les opposants. Le docteur Martial Henry est muté à Anjouan pour avoir soutenu le Mouvement populaire mahorais. Soidiki Hadji, qui avait rompu avec Cheikh en 1967, perd son poste. Ce n’est qu’après s’être soumis qu’il est réintégré.

Mahmoud Ibrahime montre que le pouvoir de Cheikh repose sur un réseau complexe d’alliances et de fidélités.

Le premier cercle est celui du « quatuor » historique : Cheikh, Saïd Ibrahim, Mohamed Ahmed et Ahmed Abdallah. Malgré des tensions récurrentes, cette équipe reste soudée jusqu’à la fin des années 1960. Le chef des renseignements note en 1968 : « Le président Saïd Mohamed Cheikh ne peut prendre aucune décision importante sans avoir reçu l’accord préalable des deux leaders anjouanais. »

Le deuxième cercle est celui du « clan Dahalani », une famille de notables de Moroni, sharifs et membres de la shadhiliyya, dont est issu son père et qui fournit plusieurs ministres et hauts fonctionnaires.

Le troisième cercle est celui des relais dans les îles. À Anjouan, Cheikh peut compter sur Saïd Mohamed Djohar, Daniel Salim, Affane Mohamed. À Mayotte, il soutient la famille Sabili (Madi, devenu ministre de l’Éducation, et Souffou, député).

Mahmoud Ibrahime qualifie le système mis en place par Cheikh d’« autocratie tempérée ». Tempérée parce que l’autonomie interne laisse entre les mains du Haut-commissaire deux moyens essentiels de l’exercice du pouvoir : la justice et la gendarmerie.

L’orgueil comme valeur politique

Un des apports les plus originaux de l’analyse de Mahmoud Ibrahime est de mettre en lumière le rôle de l’orgueil dans la psychologie et la pratique politique de Cheikh. En 1968, pour expliquer le conflit qui l’oppose aux gens du Mbude, Cheikh présente lui-même l’orgueil comme une caractéristique des Grands-Comoriens : « Les gens de ce canton se sont repliés sur eux-mêmes avec leur orgueil, se disant que leur protecteur les avait oubliés. Et moi, je suis resté également replié sur moi-même parce que je suis Grand-Comorien. »

L’orgueil de Cheikh va parfois jusqu’à la mégalomanie. En octobre 1963, l’ambassadeur d’Allemagne à Madagascar, le Dr Friedensburg, après un entretien avec lui, déclare au haut-commissaire : « Je vous plains d’avoir à travailler avec un schizophrène. » Le haut-commissaire, plus nuancé, parle de « mégalomanie et de tracassin ».

Les mariages : une stratégie d’alliances

Mahmoud Ibrahime consacre un chapitre aux mariages de Cheikh, qu’il analyse comme des stratégies d’alliance.

À Madagascar, Cheikh avait épousé une Malgache dont il eut une fille, Kalathoumi. Revenu aux Comores en 1962, il n’a pas renoncé aux avantages du statut civil de musulman et poursuit ses alliances matrimoniales.

Dans les années 1960, il épouse Bari binti Abdilahi Msafumu, une femme du quartier de Shashanyongo à Moroni, petite-fille du sultan Msa Fumu. Un mariage qui le place au croisement des deux plus puissantes familles de Ngazidja.

En 1964, il épouse une femme d’Anjouan, issue d’une famille aristocratique de Mutsamudu, dont il aura deux enfants, Dahlila et Husny. Mais ces enfants, nés peu avant sa mort, ne connaîtront pas leur père.

Parallèlement, Cheikh vit officiellement avec son épouse française, Renée, qu’il présente fièrement lors des réceptions. Mahmoud Ibrahime voit dans ce mariage un « faire-valoir », une garantie donnée aux autorités coloniales sur ses « sentiments français ». Renée, discrète et peu intéressée par la politique, reste en retrait lors des rendez-vous politiques de son mari à Paris.

L’opposition maoraise

L’opposition la plus durable et la plus virulente que Cheikh ait eu à affronter est celle des Maorais. Mahmoud Ibrahime consacre de nombreuses pages à analyser les racines et le développement de ce conflit.

Contrairement à une idée répandue, le déplacement du chef-lieu de Dzaoudzi à Moroni, décision prise en 1958 par l’Assemblée territoriale et l’Administrateur supérieur, n’a fait que cristalliser un mécontentement plus profond.

Dès 1945, les dirigeants mahorais refusent un système politique qui n’accorde de l’importance qu’aux représentants des deux plus grandes îles. Leur mot d’ordre, « Nous voulons être français pour rester libres », exprime à la fois leur attachement à la France et leur crainte d’être dominés par les autres îles.

Marcel Henry, le leader du mouvement, met en avant le « particularisme mahorais » : Mayotte serait plus française dans sa culture, ou même plus malgache, que les autres îles. Une argumentation que Mahmoud Ibrahime voit comme une stratégie politique visant à justifier la séparation.

Cheikh, de son côté, réagit avec son orgueil habituel. En août 1966, après l’échec d’une tentative de dialogue, il renvoie à Mayotte dix-huit fonctionnaires maorais avec leurs familles, signifiant ainsi qu’ils ne sont plus chez eux dans le reste de l’archipel. En novembre, après que des femmes aient décroché son portrait du bureau de poste, il fait enlever tous ses portraits des bâtiments publics de Mayotte.

En novembre 1966, il décrète un « blocus » économique, interdisant l’entrée du riz à Mayotte. L’importation du riz étant contrôlée par ses amis Kalfane (à Ngazidja) et Ahmed Abdallah (à Anjouan), il obtient facilement que l’île rebelle soit privée de sa nourriture de base. L’embargo ne dure qu’un mois, interrompu à cause du ramadan, mais il marque durablement les esprits.

La situation se dégrade encore en octobre 1969, lorsqu’une femme du Mouvement est tuée lors d’une manifestation. Le Mouvement tient sa première « martyre ». Un tract violent accuse Cheikh de tous les maux, évoquant même pour la première fois les accusations de vol portées contre lui dans les années 1930.

Mahmoud Ibrahime montre comment Cheikh, par son intransigeance et ses coups de colère, a lui-même exclu Mayotte du champ de ses compétences. Dès la fin 1966, il n’est plus, de son propre fait, le président des Mahorais.

L’opposition des jeunes technocrates

En décembre 1964, après l’interdiction du Parti Socialiste pour la Libération des Comores (PSLC), formé par de jeunes technocrates, Prince Saïd Houssein dépose les statuts du Parti Démocrate Comorien, dont l’objectif affiché est de « rendre intangibles l’amitié et la collaboration entre la France et les Comores ». En octobre 1967, Cheikh lui écrit pour lui rappeler les lois sur les associations. Saïd Houssein lui répond avec fermeté, dénonçant une « intimidation inadmissible ». En 1969, malade et aidé par Cheikh, il décide de ne plus s’opposer au gouvernement.

Mais, à la fin des années 1960, émerge une nouvelle génération politique, qui conteste le pouvoir des notables. Ali Soilihi, ingénieur agronome formé en France, perçu comme marxiste, organise des réunions de cadres et d’intellectuels. En 1967, il entre à la Chambre des députés, mais démissionne rapidement pour partir en stage à Paris.

Mouzaoir Abdallah, Abbas Djoussouf, Ali Mroudjaé créent en août 1968 le Rassemblement Démocratique du Peuple Comorien (RDPC). Les objectifs – “consolider l’unité des Comores”, “dénoncer tout abus de pouvoir”, “valoriser le concept de mérite” – sont une critique à peine voilée du gouvernement Cheikh.

Le pouvoir réprime durement cette opposition. Omar Tamou, vice-président du RDPC, est muté à Tananarive sur intervention personnelle de Cheikh auprès de son employeur, Shell. Les réunions publiques sont empêchées, les membres harcelés.

La révolte des lycéens (1968)

L’épisode le plus spectaculaire de l’opposition à Cheikh est la grève des lycéens de 1968. Mahmoud Ibrahime en fait un récit détaillé.

À l’origine, la manifestation des lycéens qui débute le 29 janvier est dirigée contre la colonisation, et particulièrement contre le journaliste de l’ORTF, André Sabas, qui les a insultés.

Cheikh réagit avec fermeté. Il licencie six contractuels, renvoie définitivement un élève et suspend treize autres. Les élèves refusent toute médiation et, le 13 mars, saccagent les salles de classe et érigent des barricades. Cheikh fait appel à la gendarmerie, puis à la Légion étrangère. Le 16 mars, 1 200 à 1 500 personnes manifestent devant le lycée. Finalement, Cheikh décide de renvoyer définitivement 280 lycéens, ne gardant que les enfants d’expatriés et une centaine de Comoriens.

Mahmoud Ibrahime note avec ironie : « Ainsi, par un comportement intransigeant, le président réussit à transformer une manifestation anticoloniale en un mouvement contre lui-même et son gouvernement. »

Les derniers jours d’un roi

Le 7 février 1970, Cheikh est pris d’une crise de congestion cérébrale. Le haut-commissaire Mouradian décrit dans une lettre du 18 février l’état d’énervement constant du président dans les semaines précédentes : altercation avec un opposant, fuite d’un agitateur politique avec la complicité des gendarmes, manifestation du RDPC annoncée pour le soir…

« L’avant-veille de son attaque, j’allai le voir, il était avec ses ministres : éclats de voix et trépignements. Ce soir-là j’ai eu de la peine à le ramener à une sereine appréciation des choses. Le lendemain, ses ennuis étant d’ordre privé, il n’a pas osé me faire appeler. Un vol domestique l’avait exaspéré. Quelques heures plus tard, il était frappé. »

Évacué à Tananarive, Cheikh semble d’abord se rétablir. Mais le 16 mars, il meurt d’une crise cardiaque avec complication pulmonaire.

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