Ces derniers temps, une même onde de choc secoue les pays francophones africains. Les régimes politiques vacillent, les élites traditionnelles s’accrochent, et une nouvelle génération émerge avec une soif de changement et un regard critique sur le modèle hérité de la démocratie occidentale.
Par AHMED Mohamed alias Ben, Coordinateur Général du ROC
En effet, depuis les indépendances, beaucoup de nos États ont hérité d’un modèle de gouvernance copié sur l’Occident. Des constitutions traduites à la hâte, des parlements sans pouvoir réel, des élections organisées plus pour plaire aux bailleurs que pour répondre aux peuples. En apparence, tout y est : urnes, partis, campagnes, commissions électorales, etc. Mais dans la pratique, ce que nous appelons la démocratie s’est souvent réduit à un rituel administratif sans substance.

L’Occident nous a transmis son système, mais pas toujours son esprit. Car la démocratie n’est pas qu’une mécanique électorale ; c’est une culture du dialogue, de la responsabilité et du compromis. Or, dans nos contextes, les élites ont transformé cet outil en instrument de domination. Les lois servent à verrouiller, les institutions à protéger les puissants, et la Constitution devient un texte à géométrie variable. Le peuple vote, mais ne choisit pas. Il parle, mais personne n’écoute. Et quand il crie trop fort, on lui rappelle que « la stabilité » est plus importante que la justice.
L’heure est venue d’interroger le sens de cette mutation. S’agit-il d’un rejet du modèle occidental ? Ou d’une mauvaise appropriation de ses principes dans des contextes sociopolitiques différents ? Faut-il blâmer les peuples du Sud pour avoir mal interprété la démocratie ? Ou faut-il admettre que le modèle occidental lui-même est en crise, et qu’il doit être repensé à la lumière des réalités locales ?
Oui, la démocratie ne peut être réduite à des élections périodiques ou à la séparation formelle des pouvoirs. Elle doit être un contrat vivant entre gouvernants et gouvernés, ancré dans les valeurs locales : solidarité, respect du bien commun, équité, participation citoyenne.
Les anciennes puissances coloniales, notamment en Afrique, ont longtemps entretenu une relation paternaliste avec les États du Sud, alternant coopération et contrôle, aides financières et ingérences politiques. Mais face à la vague de contestation actuelle, elles semblent prises au dépourvu. Ni la diplomatie classique ni les politiques de développement n’ont réussi à endiguer la perte de légitimité des régimes alliés.
Les puissances traditionnelles, tétanisées, assistent à la montée d’une conscience mondiale qui échappe à leurs schémas. L’ère des influences exclusives s’effrite, tandis que la jeunesse mondiale, connectée et informée, redéfinit les règles du jeu.
Oui, l’espoir est permis. Mais il dépendra de la capacité des sociétés du Sud à réconcilier leurs traditions politiques avec les exigences modernes. À inventer leurs propres formes de gouvernance, loin des dogmes importés, mais sans rejeter les valeurs universelles de liberté et de justice.
Le vent de changement qui souffle aujourd’hui en Afrique n’est pas un simple épisode politique : c’est une révolution silencieuse, culturelle et générationnelle. La « génération Z » ne cherche pas la rupture pour la rupture, mais pour redonner du sens à la citoyenneté. Son message est clair : les peuples ne veulent plus être gouvernés, ils veulent participer à leur destin.
Ainsi, le débat n’est plus de savoir si le modèle occidental est bon ou mauvais, mais comment chaque peuple peut en faire un instrument d’émancipation plutôt qu’un carcan institutionnel. Le XXIᵉ siècle sera celui des démocraties enracinées ou ne sera pas.















