Cher fundi,
Il y a quelques années, mes amis et proches m’avaient écrit que tu avais été nommé. Toute la communauté et moi avons manifesté notre joie et célébré cette nomination, persuadés qu’elle était méritée. Nous nous en étions réjouis et félicités. Naïvement, nous pensions que tu allais mettre l’Islam au cœur de tes discours, que tu n’aurais pas froid aux yeux pour « nommer un chat un chat » face à ceux qui souillent notre belle religion.
Oh non ! Comme nous nous sommes trompés !

J’ai entendu parler de toi récemment. Attristé par ce que l’on m’a appris, j’ai découvert, avec un mélange de stupeur et de désolation, que toi, grand guide jadis lumineux, tu étais devenu un homme qui vend sa lumière pour quelques pièces ternies. Par respect pour ce que tu fus et pour l’estime que j’avais de toi, je ne puis te féliciter : tout compliment, mon cher fundi, serait désormais une moquerie.
Je m’excuse auprès de ceux qui me lisent de devoir rappeler ce que tu fus autrefois.
Vénéré et respecté, tu portais en toi l’espoir d’un peuple. Tes paroles incitaient à délaisser l’illicite, à rechercher les bonnes œuvres et à aimer Dieu d’un amour pur. Tu allais de ville en ville pour répandre la sagesse que Dieu t’avait confiée. Ton cœur rejetait la haine, et la paix était ta profession de foi.
Mais hélas ! Le temps et la tentation ont eu raison de toi. La faim croissante, le désir d’avoir toujours plus, l’avidité insatiable t’ont poussé à sacrifier ta foi et à troquer tes convictions contre un pain sans saveur. Ton cœur jadis lumineux s’est plongé dans les ténèbres et n’est plus aujourd’hui qu’une coquille vide.
Aïe ! Cette fois-ci, cher fundi, je n’ai rien à dire. Tu as frappé fort. Il paraît que tu justifies désormais ce que tu condamnais hier.
Mais dis-moi, cher fundi : ose-t-on encore entendre de ta bouche parler de Dieu ? Il semble que tu nous aies appris à le chercher seuls. Dans ton désir effréné de pouvoir, tu as abandonné ton âme au diable.
Ce qui m’étonne le plus, et au risque de me moquer de toi, ce que je n’aurais jamais osé faire autrefois, c’est que tu aies osé trahir ce verset du Coran que tu nous rappelais dans tes prêches :
« وَلَا تَشْتَرُوا بِعَهْدِ اللَّهِ ثَمَنًا قَلِيلًا »
(Ne troquez pas l’alliance de Dieu contre un vil prix.)
Oh non ! Comment as-tu pu céder à la tentation d’édulcorer ce verset ?
Oh non ! Comment oses-tu murmurer à voix basse ce que tu étais censé proclamer à cor et à cri ?
Oh non ! Comment peux-tu laisser les mensonges de géants en papier parler au nom d’Allah ?
Oh non ! Comment peux-tu applaudir les forfaits de ceux qui s’acharnent à nous enterrer vivants ?
Mais sache-le, cher fundi : l’histoire n’oublie jamais ceux qui trahissent la lumière qu’ils portaient. Quand ce pouvoir qui t’a corrompu s’effondrera, tu n’auras plus de place dans nos bangwe. Les premiers rangs que l’on t’avait réservés dans les misihiri se détourneront de toi. Ta vraie demeure sera dès à présent dans les poubelles de l’histoire. Que tu le veuilles ou non !
Ma foi ! Moi qui t’avais admiré pour ta sagesse et ta foi profonde, moi qui avais pensé que tu n’allais jamais être ébloui par quelques pièces ternies, je ne pourrai plus jamais t’appeler « guide » ni « modèle ». Ces titres appartiennent à ceux qui demeurent fidèles à Dieu et au peuple, à ces futurs oustadh sincères et pieux de notre pays, dont l’amour pour la religion et la communauté ne s’échangera jamais contre quatre sous.
Ton ancien admirateur,
Mirsoid Ibrahim















