Du 12 au 17 août 2025, la salle de formation de la Radio et Télévision Nationale (RTN) à Mbouyoujou s’est transformée en véritable laboratoire d’images et de sons. Pendant cinq jours, caméras, micros et smartphones ont rythmé le quotidien de vingt jeunes journalistes et aspirants reporters venus de différents horizons médiatiques de l’île d’Anjouan.
Par Abdoulhamid Ibrahim
Cette session intensive, organisée par le Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes Comoriens (CFPJC), s’inscrit dans le cadre du projet Jeunesse et Médias, financé par la Coopération française. Un projet pensé pour renforcer la professionnalisation des acteurs de la presse et, à travers eux, la qualité de l’information produite aux Comores.

Pour Tahamida Mzé, présidente de l’association à l’origine de l’initiative, l’enjeu est clair : « Nous voulons donner aux journalistes les moyens nécessaires de produire des contenus visuels solides, qu’ils soient diffusés à la télévision, sur internet ou sur les réseaux sociaux. » Derrière cette volonté, il y a la conviction qu’un journalisme visuel de qualité peut contribuer à mieux informer la population, tout en offrant aux professionnels de nouvelles perspectives de carrière.
Un programme dense, pensé pour le terrain
La formation a été conçue pour s’adresser à un public varié, allant du journaliste en début de carrière au stagiaire motivé, sans exclure ceux déjà installés dans la profession. Aucun prérequis technique strict n’était exigé, mais l’intérêt pour le reportage et la motivation figuraient parmi les conditions essentielles.
Dès le premier jour, le ton a été donné : alternance de cours théoriques le matin et d’exercices pratiques l’après-midi, avec un objectif précis pour chacun. Les séances matinales étaient consacrées aux notions fondamentales : maîtrise du cadrage, gestion de la lumière, prise de son claire et nette, techniques d’interview. Durant les après-midi, les participants étaient sur le terrain pour réaliser des captations en conditions réelles, qu’il s’agisse de couvrir un événement local ou de raconter une histoire du quotidien anjouanais.
Cette immersion pratique n’était pas anodine. Elle visait à familiariser les stagiaires avec les réalités du reportage : gérer un environnement imprévisible, s’adapter aux contraintes techniques, trouver un angle pertinent, et surtout, rester fidèle aux principes de vérification de l’information et d’impartialité.
Un formateur au parcours riche et engagé
Pour encadrer ce programme, le CFPJC a fait appel à Ousseni Mahamoud, journaliste reporter d’images expérimenté et figure familière du paysage audiovisuel comorien et en particulier, anjouanais. Son parcours, commencé en 2003 à la Radio et Télévision d’Anjouan, l’a rapidement mené vers la télévision nationale ORTC. En parallèle, il a fondé Studio M Production, spécialisé dans les clips musicaux et les documentaires consacrés aux réalités comoriennes.
Au fil des années, il a occupé les postes de chef de production et de rédacteur en chef à l’antenne régionale d’Anjouan, tout en collaborant avec des médias étrangers, dont France 2. Ses reportages ont souvent porté sur des enjeux environnementaux et culturels, avec un souci constant de sensibilisation et de mise en valeur des richesses locales.
Pour lui, le message aux stagiaires était clair : « Ce n’est pas le matériel qui fait le journaliste, mais la préparation, l’angle choisi et la vérification des informations. » Un discours qui reflète sa vision éthique d’un journalisme ancré dans la rigueur autant que dans la créativité.
Des outils adaptés au contexte comorien
L’une des forces de cette formation résidait dans sa capacité à concilier l’usage de technologies modernes simples et l’acquisition de compétences professionnelles. Les participants ont appris à exploiter pleinement les smartphones, tout en se familiarisant avec les caméras professionnelles. Les logiciels utilisés allaient des applications mobiles comme Kinemaster ou CapCut à des solutions plus avancées comme Adobe Premiere Pro, selon le matériel disponible.
Afin d’optimiser l’efficacité de l’apprentissage, un support pédagogique en format PDF a été remis à chaque participant, accompagné de tutoriels vidéo et d’une fiche technique pratique sur les règles de cadrage, les types de plans et la conduite d’interviews.
L’évaluation ne se limitait pas à un examen final. Tout au long de ces cinq jours de coaching, les exercices étaient corrigés et commentés, permettant à chacun de progresser étape par étape. Le point d’orgue de la formation : la réalisation, par chaque participant, d’un mini-reportage de deux à trois minutes, intégrant toutes les compétences travaillées.
Une dynamique qui dépasse la formation
Ce projet final, présenté devant l’ensemble du groupe, était l’occasion pour les stagiaires de mettre en valeur leur créativité tout en respectant les standards journalistiques. Les meilleurs travaux seront prochainement publiés sur les réseaux sociaux partenaires, offrant ainsi une vitrine au savoir-faire acquis.
L’expérience ne s’arrête pas à la remise des attestations de participation. Un groupe WhatsApp a été créé pour permettre aux anciens stagiaires de partager leurs travaux, demander des conseils ou bénéficier d’un accompagnement personnalisé. Cette initiative vise à prolonger la dynamique créée pendant la formation et à encourager la production régulière de contenus visuels de qualité.
Pour Tahamida Mzé, ce suivi post-formation est essentiel : « Former, c’est bien. Mais accompagner ensuite, c’est encore mieux. Nous voulons que ce réseau devienne une force pour le journalisme comorien. »
Un impact attendu sur la scène médiatique
La formation intervient dans un contexte où les images, omniprésentes dans l’espace public, circulent souvent sans vérification ni contexte fiable. En misant sur la compétence technique et l’éthique, le CFPJC espère contribuer à élever le niveau du journalisme visuel aux Comores.
Avec cette initiative, Anjouan envoie un signal fort : celui d’une presse qui investit dans ses ressources humaines pour répondre aux exigences du public et aux standards internationaux. Les vingt stagiaires formés repartent avec un bagage concret, prêt à être mis au service de leur média et de leurs audiences.
À l’heure où les frontières entre télévision, web et réseaux sociaux s’effacent peu à peu, ce type de formation apparaît comme un investissement stratégique à long terme. Car si la technologie évolue rapidement, la nécessité de raconter des histoires vraies, bien construites et visuellement fortes reste, elle, intemporelle. Et dans ce domaine, chaque compétence acquise aujourd’hui prépare déjà le journalisme de demain.















