Je crois qu’un jour, nous gagnerons. Oui, pourquoi pas ? Ce jour-là viendra ! Nous gagnerons du terrain. Le jour où notre pays regagnera son image d’antan. Ce pays où tout le monde était comme une seule et même famille. Ce pays où la confiance avait une place de choix.
Par Ben Abdallah Kamar Eddine, Animateur culturel et comédien
Oh ! Combien aujourd’hui ce mot est si cher !

Je me rappelle, à l’époque, chez moi, aux Comores, ma chère patrie, ce mot « confiance » était quelque chose de naturel. Je dirais même une habitude. Une chose qui a été cultivée par notre religion et cimentée par notre culture. Je dirais même que ce mot « confiance » était notre identité partout dans le monde.
C’était la belle époque.
Je vais te dire : à la place d’une carte d’identité, il suffisait de dire « je viens des Comores ». Rien que ça, un sésame et tout s’ouvrait pour toi.
Partout, on était chez nous : accueillis chaleureusement, logés et nourris gratuitement, sollicités ici et là, autant de propositions de mariage… Il suffisait d’être Comorien.
On nous reconnaissait à nos habitudes, plutôt religieuses, embellies par la confiance. Avec ce fameux slogan : « Un Comorien est égal à la confiance. »
Mais avec le temps, cette image est menacée. On peut même dire qu’elle est en voie de disparition.
Nous avons le sentiment que beaucoup d’entre nous ont du mal à croire en un Comorien, à faire confiance à un frère comme lui.
Nous constatons tous qu’après avoir donné notre confiance, en retour, c’est souvent le regret.
Une mauvaise habitude s’installe en douceur : celle qu’on appelle l’abus de confiance, jusqu’à nous rendre tous méfiants, à l’infini.
Même entre voisins, entre frères de sang, voire même entre certains couples…
Malgré notre religion qui pèse dans notre société, malgré notre solidarité héritée de nos aïeux, malgré notre culture du partage, malgré notre éducation, symbole d’une société unie et indivisible, les Comores d’aujourd’hui sont frappées par une méfiance absolue.
Mais que dire ? Aujourd’hui, chacun veut de l’argent facile.
Chacun veut être respecté sans raison ni mérite.
Chacun veut, coûte que coûte, être au-devant de la scène…
Aux Comores en général, nous menons un mode de vie qui nous pousse dos au mur. Que ce soit aux Comores ou ailleurs, nous trouvons toujours un bon prétexte pour passer à l’acte.
Je vais te dire :
Nous sommes parmi les meilleurs élèves en dépenses, plus que dans les investissements lucratifs.
Nous excellons en crédits inutiles, plutôt qu’en projets économiques.
La liste est longue…
Un Comorien préfère le paraître à la réalité d’une vie normale.
Chez nous, on est capable de dépenser toutes ses économies sans espérer un bénéfice.
Et pourtant, on est conscient de ce qui va arriver.
Ce phénomène a ruiné beaucoup de familles.
Voilà, sans surprise, dans une société définie par tant de défauts, rien n’est étonnant.
C’est un pays où, pour être élu, il suffit d’appartenir à un parti au pouvoir, à une grande région, à une grande famille, ou d’être un fils à papa, issu d’une lignée royale ou influente…
Mais surtout :
Il faut avoir une grande gueule, être spécialiste de l’hypocrisie, expert en mensonge.
Bref, se définir comme un homme sans foi ni honte.
Et surtout, être capable de manipuler, et être qualifié de « grand monsieur », « Chef » !
Alors, dites-moi franchement : qu’attendons-nous de cette société ?
En conclusion :
Nous avons choisi le négatif à la place du positif.
Pauvres Comores…
D’une jeunesse usée… et laissée sans espoir.















