L’éboulement qui a eu lieu le 31 août dernier à Dindrihari, au sud de Mutsamudu (Anjouan) a fait deux morts et a laissé une communauté sous le choc.
Par Riyad Mubarak
Un nouveau drame est venu endeuiller la ville de Mutsamudu. Dimanche 31 août 2025, en fin de matinée, un éboulement s’est produit dans le quartier de Dindrihari, un secteur populaire situé sur les hauteurs de la capitale anjouanaise.

Le bilan est lourd, puisque deux hommes ont perdu la vie, ensevelis sous des tonnes de terre alors qu’ils travaillaient à ciel ouvert dans une carrière artisanale pour extraire de la pouzzolane.
Un dimanche tragique à Dindrihari
Il était environ 11 heures lorsque cinq personnes, habitants de la région, se sont rendues sur un site informel d’extraction afin de prélever de la pouzzolane, une roche volcanique poreuse utilisée depuis longtemps à Anjouan dans le bâtiment.
Parmi ces personnes se trouvaient Maoulida, 32 ans, originaire du Nyumakele et un autre homme, Andhum, 25 ans, père de famille, natif d’Ouzini à Anjouan. Tous deux ne rentreront jamais chez eux.
Le groupe s’était installé dans une fosse à ciel ouvert, comme c’est le cas pour de nombreux habitants qui vivent de ce travail pénible, mais indispensable à leur survie. L’activité, bien que risquée, est souvent la seule source de revenus pour de nombreuses familles entières de cette ile où la pauvreté dicte les choix du quotidien.
Soudain, sans signe avant-coureur, une masse de terre instable s’est détachée et a englouti les cinq travailleurs. Les cris des survivants ont alerté les riverains qui se sont précipités pour tenter de porter secours. Trois personnes ont pu être dégagées rapidement, indemnes, mais choquées. Pour Maoulida et son compagnon d’infortune, le sort fut tout autre : ils restèrent piégés plusieurs heures sous les décombres.
Les habitants, armés de simples pelles et de leurs mains nues, ont multiplié les efforts pour dégager les victimes. Mais face à l’ampleur de la tâche, il a fallu attendre l’arrivée de la sécurité civile qui a mobilisé une pelleteuse. Malgré les renforts, l’opération de sauvetage a duré près de neuf heures. Ce n’est qu’aux alentours de 21 heures que les deux corps sans vie ont été extraits et transportés par les pompiers à l’hôpital de référence de Hombo.
Une pauvreté qui tue
La pouzzolane, abondante sur l’île d’Anjouan, est très prisée par les habitants. Elle constitue une alternative bon marché au sable concassé, de plus en plus rare et onéreux. Sa facilité d’extraction attire de nombreux habitants, notamment ceux des quartiers défavorisés, qui voient dans cette activité un moyen de gagner leur vie. Ils peuvent gagner entre 10000 à 15000 FC (20 à 30€) par jour s’ils vendent un camion de pouzzolane destinée à la construction.
Cependant, les sites d’extraction artisanale sont le théâtre régulier d’accidents parfois mortels. Faute de réglementation stricte et de mesures de sécurité adaptées, hommes, femmes et même enfants s’y exposent quotidiennement. Les carrières improvisées ne respectent aucune norme : elles sont creusées à la main, sans étayage ni signalisation, sur des terrains instables où le moindre glissement de terrain peut s’avérer fatal.
L’accident de Dindrihari ravive le débat sur les conditions de vie précaires dans lesquelles évolue une grande partie de la population anjouanaise. Les habitants dénoncent l’absence de solutions alternatives et de soutien des autorités. Beaucoup affirment que s’ils continuent à risquer leurs vies dans ces carrières, c’est avant tout par nécessité, pour pouvoir survivre.
« Nous savons que c’est dangereux, mais nous n’avons pas d’autre choix », confie le dénommé Latété, un des trois rescapés de l’accident. Une dame à côté renchérit : « Le sable vendu par les concasseurs est trop cher, et il n’y a pas de travail. La pouzzolane est gratuite, alors nous venons ici malgré le danger. »
« C’est la troisième fois qu’une telle tragédie se produit dans cette zone si ma mémoire est bonne », nous affirme le maire de la capitale, Amri Elarisse Mohamed, qui était sur les lieux pour assister aux opérations de secours.
Les limites de la production industrielle
Selon plusieurs témoignages, de nombreux accidents se sont déjà produits dans la région ces dernières années. Certains ont coûté la vie à de jeunes pères et mère de famille, laissant derrière eux des veuves, des célibataires et des orphelins. Pourtant, aucune mesure radicale n’a été prise pour sécuriser ces zones d’extraction ni pour proposer des alternatives économiques aux habitants.
Les rares concasseurs encore en activité à Anjouan ne suffisent pas à répondre à la forte demande en matériaux de construction. Leur capacité de production reste limitée et les coûts de vente du sable découragent les ménages à faibles revenus. Résultat, la majorité des habitants se tournent vers la pouzzolane ou le sable de mer malgré les risques bien connus.
Ce paradoxe illustre le dilemme dans lequel se trouve l’île. D’un côté, la nécessité de construire et de développer les infrastructures, de l’autre, la pauvreté qui pousse les populations à adopter des pratiques dangereuses.
Un drame de plus, et après ?

Le double décès de Dindrihari s’ajoute à une longue liste d’accidents similaires survenus ces dernières années. Chaque fois, l’émotion est vive, les promesses de réagir fusent, mais la situation reste inchangée. Les familles des victimes, elles, continuent de pleurer leurs morts dans le silence et l’indifférence.
Ce nouvel éboulement rappelle l’urgence de repenser l’exploitation des matériaux de construction sur l’île. Les autorités locales et nationales sont interpellées pour trouver un équilibre entre la demande croissante et la sécurité des citoyens. Car derrière chaque colline de pouzzolane se cache un danger mortel, et derrière chaque victime, une famille qui sombre un peu plus dans la misère.
En attendant, les habitants de Dindrihari s’organisent pour soutenir les familles endeuillées. Mais tous redoutent qu’un autre drame ne survienne bientôt. Car, tant que les conditions de travail resteront les mêmes, la terre continuera de s’effondrer sur les plus vulnérables.
Les pelles, barres à mine et seaux sont déjà de retour, quatre jours après le drame, pour creuser en espérant quelques milliers de francs pour subvenir aux besoins des familles.















