La Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre, est l’occasion pour les professionnels et les associations de sensibiliser le public quant à la situation de la pandémie et d’encourager les progrès en matière de prévention, de traitement et de soins dans le monde. Pour cette année 2025, la journée a été célébrée au niveau mondial sous le slogan « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au sida » afin de souligner l’impact que les réductions de financement des donateurs internationaux ont eu sur la riposte au SIDA.
Interview de Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak, médecin référent VIH et hépatites virales aux Comores.
Propos recueillis par Fatouma Ali Saïd Abdallah

Masiwa – Quelle est l’évolution du VIH Sida aux Comores ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Dans les années précédentes, nous avions 15 à 20 nouveaux cas par an, mais depuis 2022, nous avons enregistré chaque année, de façon respective, 18, 24,37 et 75 nouveaux cas jusqu’en fin octobre 2025.
La question qui se pose est : est-ce que nous assistons à une augmentation des cas ?
Certains diront oui ! Par contre d’autres diront non ! Car l’augmentation du nombre de cas est due au fait qu’il y a eu d’autres stratégies qui ont été rajoutées pour retrouver les nouveaux cas, à savoir la stratégie du cas index (rechercher des cas autour du cas), les prescriptions médicales, le dépistage de façon systématique chez les donneurs de sang et les femmes enceintes. Et dans toutes les structures qui suivent les femmes enceintes.
Masiwa – Quels sont les chiffres du SIDA aux Comores ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Aux Comores, l’épidémie est faible, portée par le travail du sexe et le multipartenariat de la population générale. Les drogues injectables ont fait leur apparition aux Comores, mais la prévalence reste inférieure à 0,1%.
450 personnes portant le VIH ont été découvertes depuis le début de l’épidémie. Actuellement, la file active compte 117 personnes, dont 12 enfants de moins de 15 ans et 15 femmes enceintes.
75 nouveaux patients ont été découverts rien qu’en 2025, ce qui est une forte augmentation par rapport aux années antérieures.
À titre de comparaison, la prévalence du VHB (virus de l’hépatite B) tourne autour de 3 à 4 % et celle de la syphilis est de 0,20%. 89 % de patients ont une charge virale indétectable.
Masiwa – Quelle est la catégorie la plus contaminée ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Les adolescents et adolescentes. Les jeunes sont plus contaminés. Filles comme garçons !
Les adolescents et les jeunes de 15 ans à 24 ans sont de plus en plus contaminés par le VIH Sida. Les adultes ne sont pas épargnés non plus. Pour les personnes adultes, l’âge varie entre 20 et 49 ans.
Masiwa – Quelle est la voie de contamination la plus répandue ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Nous avons une contamination majoritairement hétéro sexuelle, avec une prévalence un petit peu élevée dans les populations à risques, à savoir les travailleuses du sexe, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et les injecteurs de drogues.
Masiwa – Y a-t-il eu des contaminations par erreur médicale ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Cela fait des années, depuis la mise en place de la sécurité transfusionnelle, aucun cas de transmission par transfusion n’a été enregistré, du fait que systématiquement tous les dons de sang sont dépistés au VIH, hépatite B et C, syphilis et au paludisme.
Masiwa – Les personnes atteintes par le VIH sont-elles suivies physiologiquement ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Oui ! Bien entendu ! Les personnes atteintes du VIH Sida bénéficient de séances d’accompagnent. Il y a des psychologues, des médiateurs sociaux, des patients experts ou /et des médecins référents formés, qui les accompagnent. Tous les accompagnent afin de leur apprendre à gérer le stress, l’anxiété, ou encore la dépression. Ils les aident à gérer les difficultés émotionnelles, comportementales ou relationnelles. Et pouvoir développer l’estime de soi.
Masiwa – Est-ce qu’il y a une discrétion totale qui les protège ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Oui ! En effet, en 2014, sous le mandat du docteur et ancien président Ikililou Dhoinini, une loi a été promulguée, dans le but de protéger toute Personne Vivant avec le VIH (PVVIH).
Masiwa – Quels sont les défis majeurs que vous rencontrez ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Le sous-financement mondial affecte les progrès et pourrait entraîner une augmentation de nouvelles infections.
Des millions de personnes n’ont pas accès aux traitements et la stigmatisation continue d’être un obstacle aux dépistages et aux soins.
Masiwa – Le traitement du SIDA permet-il de vivre longtemps ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – Oui ! Un traitement qui respecte les normes permet aux malades de vivre plus longtemps.
Lorsqu’on prend régulièrement les antirétroviraux et qu’après un certain temps, on arrive à avoir un taux de dosage correct des anticorps, la charge virale peut devenir indétectable. L’espérance de vie devient semblable à l’espérance de vie des personnes négatives. Et en plus on ne devient plus contaminant !
Masiwa – Est-ce qu’une personne séropositive peut épouser une personne non séropositive ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – L’union d’un mariage entre une PVVIH et une personne non atteinte est faisable en suivant deux règles. La première, c’est que la personne séronégative prend une pilule quotidiennement : un comprimé par jour pour éviter d’être contaminée lors des rapports sexuels. Il y aussi l’espoir que bientôt il y aura un antirétroviral sous forme injectable à faire tous les six mois (2 fois par an) pour protéger le ou la partenaire ou les populations à risque et éviter d’attraper le VIH SIDA.
La deuxième règle est le traitement comme prévention. Le fait que la personne positive prend son traitement et à une charge virale indétectable, il ne va plus contaminer son ou sa partenaire ou son bébé lorsque c’est une femme enceinte ou allaitante.
Masiwa – La sensibilisation est-elle appréciée par la population comorienne ?
Dr. Ahmed Mohamed Abdourazak – La sensibilisation de cette maladie est appréciée par la population comorienne.
Néanmoins, ces derniers temps, avec l’amenuisement des fonds de la part des partenaires techniques et financiers, nous n’avons plus les moyens de parcourir toutes les régions et d’aller vers les populations pour une sensibilisation d’envergure. Hélas !
D’où la nécessité de l’apport de tout un chacun, surtout les médias pour une sensibilisation et une prévention efficace contre le VIH SIDA et les autres IST.















