Me Omar Zaïd était l’avocat de Himidi Hikima, jeune femme de 21 ans, tuée par Nassurdine Ahamada le 31 janvier 2025. L’instruction a duré environ six mois, facilitée par les aveux de l’accusé. Il a été présenté au Tribunal de Moroni le 25 juillet et condamné à la peine capitale.
Par Propos recueillis par MiB
Masiwa – Nassurdine Ahamada alias Mikiro a été condamné à la plus haute peine, en tant qu’avocat, êtes-vous satisfait ? Quels arguments avez-vous présentés à la barre pour obtenir la peine de mort ?

Me Omar Zaïd – La satisfaction ne me paraît pas le mot juste pour décrire l’issue de ce procès très lourd. Ma mission, en tant qu’avocat de la famille, a été de porter sa voix et d’exprimer sa douleur en exigeant la vérité et la justice. J’ai demandé à la Cour la peine maximale prévue par notre Code pénal parce qu’elle est conforme à l’extrême gravité du crime commis, un crime bien prémédité, un crime d’une rare cruauté, un crime bien maquillé qui n’a pas pu résister à de nombreuses incohérences tant dans sa préparation que dans son exécution.
Plusieurs éléments du dossier m’ont permis de démontrer à la Cour la volonté libre et éclairée de l’accusé d’assassiner Himidi Hikima. D’abord, la préméditation est évidente. Nassurdine Ahamada immobilise le véhicule lui servant de transport en commun à la place publique Tera à Mbeni. Il se rend au domicile de la victime, fait croire à sa famille que son véhicule est tombé en panne et qu’il ne va pas pouvoir conduire Himidi Hikima à ses obligations professionnelles à Moroni. Au même moment, il se rend à Moroni à bord d’un bus faisant du transport en commun, loue un véhicule, contacte Himidi Hikima après ses opérations bancaires et l’informe de sa disponibilité à la conduire de Moroni à Mbeni. Il achète des produits toxiques qui vont lui servir à commettre le crime.
Ensuite, il exerce une extrême violence pour une mort lente, progressive et douloureuse. Sur le trajet GTE (Moroni) jusqu’à Itsinkoudi (Oichili), il fait deux arrêts significatifs au cours desquels il pulvérise du Flytox dans les yeux de la victime pour l’affaiblir. Sur le trajet Itsinkoudi (Oichili) – Mnoungou (Hamahamet), il fait deux arrêts déterminants au cours desquels il étrangle Hukima Himidi et lui tord le cou, avant d’immerger le corps dans une citerne en plastique remplie d’eau.
Enfin, le dossier montre une volonté manifeste de dissimuler des preuves. Le mode opératoire de ce crime horrible et le comportement post mortem de l’accusé révèlent la volonté de ce dernier de faire disparaitre les preuves scientifiques et de se forger un alibi. Jusqu’à la dernière minute du procès, l’accusé a offert à la justice un récit cynique et incohérent, un récit médicalement invraisemblable et scientifiquement illogique.
Bref, dans un tel contexte, la peine de mort pourrait paraitre lourde et grave, mais elle est pleinement justifiée au regard des faits et s’est imposée comme la seule réponse à l’intensité du crime commis, la seule réponse à la hauteur de l’irréparable.
Masiwa – Estimez-vous que d’autres auraient dû être condamnés en même temps que Mikiro ?
Me Omar Zaïd – La question me semble pertinente et mérite d’être posée. Mikiro est certainement l’auteur principal. Mais l’affaire ne peut pas être réduite à ses seuls faits et gestes. Il y a eu autour de lui autant de silences étranges que de comportements troublants. Mikiro présentait sur son visage et son corps des égratignures qui auraient pu alerter celles et ceux qui étaient en contact direct avec lui aussitôt les faits accomplis. Des témoins ont révélé avoir eu connaissance de la disparition inquiétante de Himidi Hikima et sa mort la nuit même du crime alors qu’une foule immense s’était déjà lancée à ses recherches. D’autres témoins ont affirmé avoir aperçu le même véhicule dans l’itinéraire du crime et remarqué la présence de plusieurs individus à bord. Au-delà de ces éléments importants dans la chronologie des faits, il était essentiel de s’interroger sur les regards qui se sont détournés et surtout la volonté affichée dès le départ de croire en la version d’un criminel qui n’a eu de cesse de mentir.
Le juge d’instruction avait d’ailleurs inculpé d’autres personnes pour complicité d’assassinat. Mais le défaut d’expertise scientifique et technique n’a pas permis d’approfondir les investigations. Et les éléments recueillis pendant l’instruction n’ont pas permis d’établir leur participation dans l’exécution du crime. Et c’est à ce titre qu’ils ont bénéficié d’un non-lieu.
Quoiqu’il en soit, la chronologie des faits, les nombreuses incohérences des déclarations de l’accusé, les quelques preuves scientifiques analysées laissent supposer l’existence d’éventuels complices.
Masiwa – Pourriez-vous nous rappeler les faits ? Comment l‘assassin connaissait-il sa victime et sa trajectoire ?
Me Omar Zaïd – Il s’agit d’une affaire tragique, de la tragédie d’une confiance trahie. Mikiro était un chauffeur de transport en commun très connu sur la ligne Mbeni-Moroni. Il transportait régulièrement la victime, Himidi Hikima, une jeune fille d’une vingtaine d’années, bien respectée et sans histoires, employée dans une agence de transfert d’argent. Mikiro avait gagné sa confiance et était devenu comme un grand frère.
Le 31 janvier 2025, jour du crime, il prémédite son acte avec une indifférence totale, avec une froideur glaçante. Il simule une panne de sa voiture, informe la famille de sa victime qu’il ne pourra pas la transporter et disparait. En réalité, il prend un transport en commun, se rend à Moroni, loue un véhicule, contacte gentiment la victime pour l’informer qu’il va la ramener à Mbeni, achète des produits toxiques.
La victime, comme à l’accoutumée, était partie à Moroni retirer de l’argent à la banque pour faciliter les opérations du lendemain. Ce jour-là, elle avait retiré 10.370.000 francs comoriens.
Elle suit Mikiro sans se douter un instant qu’il s’apprêtait à lui ôter la vie.
Quelques heures plus tard, Mikiro la tue en lui administrant des produits toxiques et par strangulation. Le 1er février 2025, tôt le matin, le corps inerte de Himidi Hikima a été découvert dans une citerne en plastique remplie d’eau, dans le lieu-dit Handjewou, situé entre Ifoundihe (Hamahame) et Mnoungou (Hamahame).
Masiwa – En tant qu’avocat et à titre personnel, souhaitez-vous que la peine soit exécutée ? Pourquoi ?
Me Omar Zaïd – Cette question me paraît difficile, voire complexe parce qu’elle touche fondamentalement à nos convictions les plus intimes, des convictions d’ordre juridique, éthique et humain.
En tant qu’avocat de la partie civile, mon devoir est d’obtenir justice. Et la Cour, en prononçant la peine de mort, a estimé que cette peine correspondait à la gravité du crime commis. Je respecte donc pleinement la peine prononcée puisqu’elle est légale et proportionnelle à l’atrocité du crime.
À titre personnel, je ne suis pas animé par un désir d’exécution. Mais la peine de mort existe dans notre Code pénal, elle ne peut pas rester lettre morte, elle ne peut pas être purement symbolique. La famille de Himidi Hikima est brisée à jamais. Elle n’aura jamais la paix. Toute sa confiance repose sur l’exécution de la peine prononcée. Autrement, c’est la crédibilité de notre système judiciaire qui sera mise en cause. C’est la crédibilité du Chef de l’État qui s’écroulera à jamais à un moment où critiquer le pouvoir en place apparaît comme plus dangereux que de tuer un être humain.
Masiwa – Connaissiez-vous personnellement la victime ? Qui était-elle ?
Me Omar Zaïd – Oui, je connaissais personnellement la victime. Née le 20 décembre 2003, elle s’appelait Himidi Hikima. À l’âge de 10 ans seulement, elle avait mémorisé le Saint-Coran. Une telle précocité en dit long sur sa discipline, sa foi intérieure, sa vertu et son bon sens.
Elle travaillait dans une agence de transfert d’argent en tant que cheffe et s’était rapidement imposée par son sérieux, son sens de l’écoute et son accueil chaleureux.
C’était une jeune fille brillante, rayonnante, rêveuse et aimée de tous. À la maison, on l’appelait « le dictionnaire » puisqu’elle avait toujours une réponse, toujours une solution. Elle incarnait l’intelligence, la bienveillance, l’espoir. Elle voulait vivre, elle méritait de vivre, pas de mourir dans des circonstances atroces, horribles et violentes. Pour finir, Himidi Hikima a retrouvé sa dignité et son humanité grâce à la peine capitale prononcée contre son assassin. Par cette décision, la justice s’est montrée comme étant la dernière balise de la vérité contre l’horreur, la bêtise humaine, l’indifférence et l’impunité.















